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Critiques / Opéra & Classique

Show Boat de Jerome Kern et Oscar Hammerstein II

par Caroline Alexander

L’éternelle jeunesse d’un ancêtre

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Show Boat de Jerome Kern et Oscar Hammerstein II, l’ancêtre des comédies musicales américaines, retrouve le Châtelet après… 81 ans d’absence ! C’est en effet sur cette scène du cœur de Paris que fut créée la version française - sous le titre Mississipi – de ce Show Boat né deux ans plus tôt au Ziegfield Theater de New York.

Le retour se fait en beauté, en rythmes chaloupés et en images fortes conçues par l’Opéra de Cape Town en Afrique du Sud. Un continent, une ville qui, il y a tout juste un an, nous régalait avec une Flûte Enchantée/Impepe Yomlingo revue mais non corrigée par une troupe sud-africaine. (voir webthea du 13 octobre 2009) Autre bonheur mais plaisir aussi intense.

Et retour à la source. Show Boat pourrait entrer dans un musée, un panthéon de la comédie musicale à l’américaine. S’inspirant d’un roman d’Edna Ferber (1885-1945) relatant la vie à bord d’un bateau théâtre sillonnant les fleuves, Kern et Hammerstein II, allaient inventer la base d’un répertoire inédit. Aux divertissements sans fil conducteur qui constituaient l’axe des « entertainments » des années vingt, ils allaient substituer une véritable comédie, avec des personnages vivant une histoire. A cette nouveauté ils ajoutaient celle d’une conscience politique et sociale en distribuant pour la première fois, sur une même scène, dans une même œuvre des artistes blancs et noirs. Jouant et chantant des musiques de toutes les couleurs : gospels des ghettos, mélopées yiddish, valses viennoises, french cancan, charlestons et ragtime, une palette sonore en arc en ciel d’où allaient émerger des rengaines telles Ol’Man River ou Can’t Help Lovin’dat Man qui jetèrent aussitôt l’ancre dans les mémoires à venir.

Quarante années d’aventures et d’amours

C’est un bateau-théâtre appelé Cotton Blossom, « fleur de coton », ce coton que cultivaient les esclaves venus d’Afrique, avec à bord, Captain Andy, meneur de revue, sa femme bigote, leur fille amoureuse d’un dandy flambeur, l’amie à la peau mate, et ceux qui restent au sol pour travailler la terre. Qui vont vivre quarante années d’aventures, d’amours, de querelles, deux générations d’une Amérique en mue… Créé en 2005 au Cap, là où les aberrations de l’Apartheid régnaient encore il y a moins de vingt ans, ce spectacle de résistance et de fraternité, non seulement met des fourmis dans les jambes et des chansons dans les têtes, il touche et émeut. Mise en scène efficace et vivace, décors et lumières sépia, costumes traversant les modes, chorégraphies du meilleur swing et interprètes -l’irrésistible vieux routier, Malcolm Terrey, la délicate Angela Kerrison, Blake Fischer, Miranda Tini, Otto Maidi -, qui connaissent les chansons et l’art de les servir. Enfin Albert Horne qui réussit à faire tanguer l’Orchestre Pasdeloup comme s’il occupait une piste de danse.

Depuis qu’il est à la tête de ce temple de la musique populaire que fut longtemps le Châtelet, Jean-Luc Choplin a su faire revivre la saveur et l’art de la comédie musicale. Il y eut déjà Candide, A sound of music, A little night music. En attendant My Fair Lady en décembre prochain, ce Show Boat est à ne pas manquer.

Show Boat de Jerome Kern et Oscar Hammerstein II d’après le roman de Edna Ferber, orchestration de Robert Russel Bennett. Production de l’Opéra de Cape Town. Mise en scène Janice Honeyman, décors Johan Engels, costumes Birrie le Roux, chorégraphie Tomothy le Roux, lumières Mannie Manim.
Orchestre Pasdeloup, Cape Town Opera Voice of the Nation Ensemble, direction Albert Horne
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Théâtre du Châtelet, du lundi au vendredi à 20 heures, le samedi et dimanche deux représentations : 15 heures et 20 heures excepté le dimanche 17 octobre à 16 heures.

01 40 28 28 40 – www.chatelet-theatre.com

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