Villeurbanne, Théâtre national populaire jusqu’au 11 décembre 2011
Ruy Blas de Victor Hugo
Deux gamins innocents

A l’opposé de ces metteurs en scène qui cherchent à faire entrer les œuvres dans une autre forme que celle dans laquelle elles ont été conçues, Christian Schiaretti est un passionné des genres théâtraux, dont il suggère subtilement la nature et l’histoire tout en montant tel drame ou telle comédie. Travailleur forcené, il a donné récemment de nouvelles preuves de goût pour les formes scéniques, avec son cycle espagnol (extraordinaire Célestine !) et son diptyque Strindberg. Pour la réouverture du TNP, il aborde le drame romantique avec Ruy Blas. Décor de Rudy Saboungui tout en carreaux de Delft et en azulejos (du moins dans la première partie, avant de passer de la vaste salle de conseil au cabinet secret). Robes longues et lourdes, pourpoints, hautes bottes, lames à la ceinture, bijoux, perruques et tout le décorum des films de cape et d’épée pour les costumes et les accessoires. C’est splendide. L’atmosphère de complot, de tension, de rouerie mortelle est donnée dès la première seconde. Jusqu’au bout on pourra se passionner pour le destin du jeune homme pauvre manipulé par un puissant d’Espagne et qui tente de changer le monde en aimant la reine, avant se faire broyer par la machine mise en place et par le destin…
Le sens, la force, l’éclat de l’oeuvre sont portés par la belle mise en scène de Schiaretti, qui compose avec brio ce feuilleton grandiose. La distribution a de la classe : Robin Renucci, en don Salluste, pourrait être plus machiavélique, mais il est efficacement méconnaissable. Jérôme Kircher est un Don César tout à fait inattendu, doux, jovial, lunaire, bourlingueur portant avec lui la fantaisie des contrées visitées. Roland Monod (Don Guritan), Isabelle Sadoyan (en duègne et en religieuse) et Clara Simpson (en duchesse) ont une présence évidente. Mais on peut être réservé sur les deux jeunes acteurs jouant les rôles centraux d’amants : en Ruy Blas, Nicolas Gonzalès est encore un peu frêle ; trop véhément parfois, trop délicat en d’autres instants, il semble mal équilibrer les moments de force et de douceur. Mais il porte ce long et difficile rôle avec panache. Incarnant la reine, Juliette Rizoud est sans doute victime d’un de ses costumes qui en fait, à certains moments, une poupée blanche et ronde. Elle n’en déploie pas moins une flamme attachante. Le parti pris de Schiaretti d’avoir fait de ce couple des personnages presque adolescents déroutera. Il ajoute du charme mais fait trop de ces protagonistes des gamins innocents.
Dans la galerie des Ruy Blas que l’on a pu voir, après ceux mis en scène par Jacques Rosner (avec Frédéric van den Driessche et Jean-Claude Dreyfus) et Brigitte Jaques-Wajeman (au Français, avec Eric Ruf), celui que propose Christian Schiaretti suit une route différente qui se méfie du mélo, qui plaisait à Rosner, et ne cherche pas à pousser la passion jusqu’à l’élégie, comme le voulait Jaques-Wajeman. Il est romanesque, jeune et, avec ses péchés de jeunesse (ceux de ces interprètes peu aguerris), plutôt emballant.
Ruy Blas de Victor Hugo, mise en scène de Christian Schiaretti, scénographie de Rudy Sabounghi, accessoires de Fanny Gamet, lumières de Julia Grand, costumes de Thibaut Welchlin, coiffures, maquillage de Claire Cohen, son de Laurent Dureux, assistant à la mise en scène Olivier Borle, avec Nicolas Gonzales, Robin Renucci, Jérôme Kircher, Juliette Rizoud, Roland Monod, Yasmina Remil, Clara Simpson, Isabelle Sadoyan, Damien, Gouy, Clément Morinière* (en alternance), Julien Tiphaine* (en alternance), Yves Bressiant, Philippe Dusigne, Gilles Fisseau, Claude Koener, Olivier Borle, Vincent Vespérant, Antoine Besson, Adrien Saouthi, Romain Ozanon, Luc Vernay, Brahim Achhal. Théâtre national populaire, Villeurbanne (Rhône), tél. : 04 Tél. : 04 78 03 30 30,11 novembre – 11 décembre. Reprise du 6 au 29 janvier aux Gémeaux à Sceaux. A lire : Les Aventures du TNP, histoire illustr(é)e de Jean-Pierre Jourdain et Jean-Pierre Desclozeaux, édité par le TNP et le n°XI de la revue Etats provisoires du poème (Cheyne-TNP). (Durée du spectacle : 3 h 10 entracte compris).




