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Critiques / Théâtre

Rosa Luxemburg Kabarett

par Gilles Costaz

La révolutionnaire qui aimait les oiseaux

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Bien que beaucoup célébrée par les écrivains, les gens de théâtre et les cinéastes, Rosa Luxemburg reste néanmoins dans l’arrière-plan de l’Histoire. Viviane Théophilidès a tendu la main vers son mythe et sa réalité pour faire d’elle le sujet, le cœur d’un cabaret à l’allemande où tout tournoie autour de la révolutionnaire allemande d’origine polonaise, assassinée à Berlin en 1919. Une pianiste joue sur la partie gauche de la scène, tandis que les acteurs se déplacent selon le fil libre d’un récit qui ne s’appuie pas obstinément sur la chronologie mais sinue selon la volonté de saisir une émotion, d’attraper un moment historique ou le désir de rendre hommage à l’héroïne par une formule, une fiction, une chanson. L’actrice qui interprète Rosa (elle-même ou plutôt sa figure réinventée) intervient plutôt sur le côté court, comme si elle avait une minuscule scène à elle, à l’intérieur du plateau. Mais tous les comédiens vagabondent d’un pas feutré sur l’étroit plateau, formant parfois un chœur uni, parfois des passants désunis. Dans le texte même, Viviane Théophilidès s’octroie des libertés, pousse les portes du temps, se souvient d’un jour où, enfant, elle a sorti d’un grenier un portrait de Pétain (que son grand-père couvrit aussitôt de crachats), fait dire un texte politique attribué à Duras, demande à Rosa ce qu’elle pense du temps présent et tient à souligner que le stalinisme est une dénaturation du communisme.
On apprend beaucoup de choses sur Rosa, bien entendu. Qu’elle fut une journaliste audacieuse, qu’elle dénonça sans cesse les compromis des socio-démocrates, qu’elle s’opposa en vain à la guerre de 1914, qu’elle fut l’une des têtes du mouvement spartakiste
avant de fonder le parti communiste allemand (ce qu’elle paya de sa vie). Mais la soirée n’a rien de professoral, comme si la passion de Rosa pour les oiseaux et la nature conduisait les artisans de cette tendre cérémonie à être dans un souffle rêveur. Sophie de La Rochefoucauld incarne Rosa dans une énergie farouche et charmeuse. Anna Kupfer est une chanteuse d’un grand punch, à la noblesse populaire. Viviane Théophilidès, qui s’est intégrée dans son propre spectacle et y a glissé de fort belles chansons écrites par elle-même, distille sa présence méditative. Bernard Vergne est un diseur discret et touchant. Géraldine Agostini, qui fait surtout parler le clavier, dispose d’un humour évident qu’elle maintient à la frontière de la gravité. Du beau monde donc, porteur d’une nostalgie de l’utopie communiste qu’on prendra, selon ses opinions, comme un message d’avenir ou un recul dans le passé.

Rosa Luxemburg Kabarett, « Je Reviendrai et Je Serai Des Millions », texte et mise en scène de Viviane Théophilidès, lumières de Philippe Catalano, costumes de Joan Bich, arrangements musicaux de Géraldine Agostini, avec Sophie de La Rochefoucauld, Anna Kupfer, Viviane Théophilidès, Géraldine Agostini,
Bernard Vergne et la voix enregistrée de Michel Touraille.

Théâtre des Déchargeurs, 19 h, tél. : 01 42 36 00 50, jusqu’au 1er février. (Durée : 1 h 45).

Photo Cyril Gély.

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