Opéra de Marseille jusqu’au 29 novembre 2011

Roberto Devereux de Gaetano Donizetti

Splendeurs belcantistes

Roberto Devereux de Gaetano Donizetti

A l’âge de 40 ans, le prolifique Donizetti de Bergame avait déjà composé une cinquantaine d’opéras lorsqu’il entreprit de mettre en musique le sort du comte d’Essex, favori d’Elisabeth 1ère, exécuté sur le bûcher de la Tour de Londres en l’an 1601, pour trahison politique… et amoureuse. Une histoire puisée dans l’Histoire. Roberto Devereux succédait aux titres qui allaient assurer sa pérennité, les Lucia di Lammermoor, Anna Bolena ou autre Elisir d’Amore.

Ultime opera seria de Donizetti, composé à un moment crucial de sa vie – il venait de perdre un enfant et son épouse – il le dote de son romantisme à l’italienne, ses grands sentiments et ses conflits d’amour impossible. Tout y est, les pathétiques effusions d’un bel canto virtuose et les hautes voltiges vocales dont les difficultés expliquent sans doute son absence des grandes scènes lyriques.

Ces performances du chant n’ont pas fait peur à l’Opéra de Marseille qui vient de présenter un Roberto Devereux aux voix étoilées. Une merveille à entendre les oreilles grandes ouvertes et les yeux au repos : la version de concert proposée, si elle frustre l’imaginaire par l’absence d’images, elle ne lui inflige pas non plus d’acrobatiques visions ou détournement de sens. Le sur-titrage des textes allié à l’excellence de diction de pratiquement tous les chanteurs permettent de suivre l’histoire en transparence.

Une histoire vraie remaniée, romancée

Une histoire vraie, remaniée, romancée, où Elizabeth 1ère, la femme sans homme, la reine vierge, fille d’Henri VIII et d’Anne Boleyn, s’éprend de son favori Robert Devereux, comte d’Essex. Mais celui-ci, de retour d’Irlande où il a préféré un armistice à une défaite, est secrètement amoureux de Sara, l’épouse du duc de Nottingham, son meilleur ami. Pour n’avoir pas voulu mater dans le sang les rebelles irlandais, Devereux se trouve accusé de trahison. La reine folle d’amour confie sa passion à la duchesse de Nottingham, sa volonté d’entraver la sentence de mort prononcée et son désir de réhabiliter le héros qui fait battre son cœur. Elle ne sait pas que sa confidente brûle de passion pour le même homme…

Quiproquos, révélations assassines pour le duc trahi par sa femme et son ami, prise de conscience mortelle pour la reine qui comprend que ses sentiments ne seront jamais partagés, fureurs et déchirements… Pas d’action, des allers et venues d’un lieu à l’autre des rencontres, il ne passe rien sur scène sinon ces mots de l’âme arrachés entre rage et larmes.

Mariella Devia star internationale du bel canto

Sous la direction dansante, précise et fougueuse à la fois d’Alain Guingal qui revient à Marseille cinq ans après une Traviata qui fit date, l’Orchestre de l’Opéra de Marseille trouve des couleurs, un chatoiement qu’on ne lui avait plus vu ni entendu depuis longtemps. Mariella Devia, soprano romaine, star internationale du bel canto que Milan, New York, Amsterdam, Venise ou Barcelone s’arrachent depuis presque deux générations mais que Paris ignore, allez savoir pourquoi, est tout simplement superbe. Sexagénaire à l’allure de jeune séductrice, petit gabarit et minois de charme, elle s’attaque pour la première fois aux pyrotechnies vocales d’Elisabeth. Une prise de rôle qu’elle domine avec des aigus qui montent aux cimes sans jamais se convertir au cri, une ligne de chant parfaite, de la rondeur, de la souplesse et une émotion habitée qui transperce.

Ses partenaires sont à la hauteur et ce n’est pas peu dire : Beatrice Uria-Monzon apporte sa chaleur, son tempérament et son énergie à Sara, la femme trop aimée de deux hommes, son mari que campe avec une étonnante clarté de son le jeune baryton Fabio Maria Capitanucci et bien sûr l’amant de cœur, ce Roberto héros auquel Stefano Secco apporte son savoir-faire, son timbre clair et la parfaite connaissance d’un rôle qu’il a souvent porté sur ses épaules. Il est le seul d’ailleurs à chanter sans partition. Julien Dran, ténor et Jean-Marie Delpas, baryton complètent la distribution en bonne harmonie.

Seule - petite - réserve : on regrettera une fois de plus que la version concertante d’un opéra - qui raconte une histoire avec des personnages - soit exécutée comme une œuvre symphonique. Une mise en scène à minima avec les chanteurs qui se regarderaient et se répondraient, éclairerait le déroulé de leurs relations. Et éviterait ces poses face au public qui prêtent à sourire, avec, comme le pratique le jeune Capitanucci, une main droite voltigeuse qui immanquablement s’abat sur son palpitant.

Roberto Devereux de Gaetano Donizetti, livret de Salvatore Cammarano d’après Elisabeth d’Angleterre de J.F. Ancelot. Version concertante. Orchestre et chœur de l’Opéra de Marseille, direction Alain Guingal, chef de chœur Pierre Iodice. Avec Mariella Devia, Béatrice Uria-Monzon, Stefano Secco, Fabio Maria Capitanucci, Julien Dran, Jean-Marie Delpas.

Opéra de Marseille, les 22, 24 et 29 novembre à 20h – le 27 à 14h30

04 91 55 11 10 – www.opera.marseille.fr

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage,...

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