Paris – La Péniche Opéra jusqu’au 5 février 2012
Rita, elle est pas belle la vie ? de Gaetano Donizetti et Vincent Bouchot
Joyeux anniversaire en deux faces de musique et de drôleries
- Publié par
- 17 janvier 2012
- Critiques
- Opéra & Classique
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Trente ans de navigation lyrique, ça se fête…. En 1982, la Péniche Théâtre créée par Mireille Larroche larguait les amarres et devenait la Péniche Opéra, unique institution flottante de l’art lyrique qui ici et là, le temps d’un contrat, s’offre une résidence en terre ferme comme c’est le cas actuellement à Fontainebleau. A Paris, quai de Loire sur le canal Saint Martin, elle s’est aggrandie d’une deuxième embarcation, la Péniche Adélaïde, réservée le plus souvent à des projets complémentaires qui font voyager les spectateurs d’un bateau à l’autre.
Stravinsky et Aperghis, Charpentier et Hahn, Rossini et Hervé, Chostakovitch et Henze, Gounod et Schönberg, Messager, Berlioz, Kagel, Hindemith… : la panoplie des compositeurs traverse le temps de couleurs panachées. A ces plantes classiques s’ajoutent des pousses d’aujourd’hui comme Vincent Bouchot. Le lien qui unit la plupart d’entre eux est la bonne humeur.
En deux faces, d’hier et d’aujourd’hui, elle s’épanouit en éclats de rire dans le double spectacle anniversaire qui vient d’être lancé. Gaetano Donizetti y fait bon ménage avec Vincent Bouchot et Gustav Vaëz, le librettiste du génie de Bergame avec Jean-Marie Gourio, observateur finaud des conneries débitées par non contemporains au comptoir des bistrots.
Rita ou le mari battu, malicieux opéra bouffe où les hommes sont passés à la moulinette de la dérision fut composé en 1841 alors que Donizetti débutait sa carrière mais ne connut les feux de la rampe qu’en 1860, 12 ans après sa mort. L’histoire, rédigée en français, raconte comment Rita, qui se croit veuve d’un mari qui la battait, a reporté sur son deuxième époux le rituel des baffes et bastonnades. Mais le présumé noyé a surnagé et réapparaît, la joute alors oppose les deux maris qui cherchent chacun à se débarrasser de leur encombrante moitié.
Un trio qui rivalise de cocasseries
Sur sa Péniche Mireille Larroche et Thibaut Sinay, son scénographe, ont eu l’heureuse idée de situer les deux opéras dans un espace unique, une auberge de villégiature pour Donizetti qui se transforme en zinc de brasserie pour Bouchot et Gourio qui renouent une complicité entamée en 2005 pour leurs premières Cantates de Bistrot. Rita devient ainsi l’hôtesse d’une guinguette en bord de mer dont on aperçoit, en fond d’écran, la terrasse extérieure joliment animée par un dispositif vidéo qui capte les allées et venues des personnages. L’involontaire ménage à trois a pour interprètes un trio qui rivalise de cocasseries. Amira Selim, jeune soprano nouvelle venue allie une plastique impeccable (le maillot de bain lui sied à ravir) à une voix de colorature qui promet beaucoup, et deux habitués du lieu : l’impeccable ténor Christophe Crapez fait pleurer de rire en victime ahurie et le baryton Paul-Alexandre Dubois, en magnifique macho roule des mécaniques et des hanches en faisant jaillir d’un jukebox les cadences swing de Dick Rivers (Les Chats Sauvages) ou d’Eddy Mitchell (Les Chaussettes Noires). Caroline Dubost au piano fait oublier qu’il n’y a pas d’orchestre à bord. Donizetti reste magnifiquement servi.
Les succulentes âneries des Brèves de Comptoir
Le temps d’un entracte et d’un tour de manette et voilà le comptoir qui s’installe avec son incontournable télé débitant à jets continus les images de toutes les misères du monde, catastrophes en tous genres, séismes, crimes, attentats, famines, révolutions. Ils sont là tous les deux, Crapez et Dubois, les regards éteints vissés sur l’écran, le premier derrière le zinc pour servir le second et pour, en connivence, débiter les succulentes âneries des Nouvelles Brèves de Comptoir ramassées à la pelle gourmande de Jean-Marie Gourio.
On y déniche des perles : « 10h au comptoir sans bouger, c’est une forme de yoga » philosophe l’un, « S’ils reculent l’âge de la retraite alors qu’ils reculent l’âge de la naissance ! » réfléchit l’autre avant d’entamer une partie de baby foot. Puis les sentences retombent « Le seul ascenseur social, c’est la Française des Jeux », « Chirac, c’est naturel, Sarko, c’est chimique » ou encore « Tous les ans, c’est pas l’heure qu’on devrait changer mais la vie »... C’est dit, c’est chanté, psalmodié parfois sur les musiques tantôt élastiques, tantôt syncopées de Vincent Bouchot. Dérive des mots, des sons, des pensées : en coulisse Amira Selim lance des coloratures qui prolongent les conneries débitées comme des soupirs. Elle fait un bref passage dans la gargote et y chante une fort belle chanson égyptienne.
Opéra bouffe et demi opéra (en référence aux demis servis mousseux sur le zinc) l’ensemble garantit une totale détente. Elle est pas belle la Péniche ?
Rita ou la femme battue, opéra comique de Gaetano Donizetti, livret de Gustave Vaëz. Elle est pas belle la vie ? demi-opéra de Vincent Bouchot d’après les Nouvelles Brèves de Jean-Marie Gourio. Direction musicale Alexandre Piquiot, mise en scène Rita Mireille Larroche, mise en scène Elle est pas belle la vie ? Alain Patiès, scénographie Thibaut Sinay, costumes Valentine Sole et Gabrielle Tromelin, lumières Gérard Vendrely, vidéo Michel Bouchot et Tito Gonzales. Avec Amira Selim, Christophe Crapez, Paul-Alexandre Dubois, au piano Caroline Dubost.
La Péniche Opéra du 10 janvier au 5 février à 20h30, dimanche à 16h
01 53 35 07 77 – www.penicheopera.com
Photos : Cedric Suzanne






