Opéra National de Paris - Bastille - jusqu’au 23 décembre 2008

Reprise de "La Flûte Enchantée" de W. A. Mozart

Mozart fait le plein

Reprise de "La Flûte Enchantée" de W. A. Mozart

Les controverses et les huées qui ont accueilli il y a trois ans la mise en BD déjantée de l’opéra testament de Mozart (voir webthea du 27 janvier 2005) n’ont guère découragé le public. La reprise des partis pris abracadabrants des Catalans de La Fura dels Baus affiche une belle santé, les fauteuils de l’Opéra Bastille sont pris d’assaut.

On s’était beaucoup indigné, on n’est toujours pas complètement réconciliés. Certes l’une des aberrations de la première mouture a disparu : les commentaires verbeux que distillaient micros en main deux comédiens juchés sur des sièges d’arbitre de tennis ont été engloutis dans les pertes et profits des fausses bonnes idées. Le dispositif scénique, avec son armée de matelas géants gonflables et déconflables, est resté le même mais l’enjeu s’est trouvé une autre identité : celle d’un jeu vidéo que manipulent trois gamins, les trois génies qui vont guider les pérégrinations de Tamino. Et, comme dans tout jeu vidéo importé, les annonces s’impriment en anglais : « number of players/level/press/start ». Julius, spectateur novice de 8 ans, se trouve en terrain familier. Pour participer au jeu, il enverrait volontiers quelques clics s’il avait une souris à portée de main.

Un monde virtuel où s’agitent des robots

Place aux images numériques, aux textes qui s’enroulent en boucles serpentines, au charivari des lumières. Mozart et Schikaneder, le librettiste et initiateur - dans tous les sens du terme – de l’oeuvre sont transplantés dans un monde virtuel où s’agitent des robots : les trois dames aux nichons lumineux, Sarastro et son prêtre enfermés dans des boites pouvant servir, au choix, de sarcophage ou de pion d’un échiquier céleste. Inutile de préciser que le message maçonnique que les deux auteurs avaient à cœur de transmettre est balayé d’un grand coup de serpillière au profit d’une morale pour école maternelle : en noir et en blanc, il y a les bons et les méchants. et au final, ceux qui s’aiment en partance pour la lune. « The game is over » : ils ont perdu, dit Julius qui connaît les règles du jeu.

Papageno en cuir rouge et cape de plumes

Thomas Hengelbrock à la tête de l’excellent orchestre de l’Opéra de Paris joue sur les accélérations et les ralentis, cravachant ici l’ouverture, freinant ailleurs les tempos notamment ceux des chanteurs, ce qui ne leur facilite guère la tâche. L’ensemble de la distribution se défend bien : Shawn Mathey, jeune premier au poil blond a la fraîcheur de timbre et la projection claire exigés pour Tamino, la ravissante Maria Bengtsson a le charme émouvant d’une Pamina découvrant l’amour, Erika Miklosa, en Reine de la Nuit façon Cruella, ne rate aucun de ses redoutables contre-ut, José Van Dam, toujours convainquant se contente de la brève intervention du prêtre, Russel Brown, Papageno en cuir rouge et cape de plumes incarne un oiseleur des plus cocasses tandis que Kirstinn Sigmundsson, cheveux gris au vent déguise Sarastro en animateur de secte.

La Flûte Enchantée de Wolfgang Amadeus Mozart, livret de Emanuel Schikaneder, Orchestre de l’opéra National de Paris, direction Thomas Hengelbrock, maîtrise des Hauts de Seine et chœur d’enfants de l’Opéra de Paris, conception et mise en scène de Alex Ollé et Carlos Padrissa de La Fura dels Baus, décors et costumes de Jaume Plensa, vidéo Franc Aleu, lumières Albert Faura. Avec : Shawn Mathey, Maria Bengtsson, Russel Braun, Erika Miklosa, Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, José Van Dam, Iwona Sabotka, Katija Dragojevic, Cornelia Oncioiu, Marie Virginia Savastana.

Opéra National de Paris – Bastille, les 17, 19, 22, 25, 29 novembre, 1er, 4, 10, 13, 18, 20, 23 décembre à 19h30, le 7 à 14h30.

0892 89 90 90 – www.operadeparis.com

Photos © Frédérique Toulet / Opéra national de Paris

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage,...

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