Du 13 au 17 octobre, 20h + vendredi 14h30, samedi 18h, Studio -Théâtre de Vitry, 18 rue de l’Insurrection, 94400, Vitry-sur-Seine.

Reprenons, création collective, mise en scène Adrien Béal.

Une reprise à la fois drôle et sérieuse.

Reprenons, création collective, mise en scène Adrien Béal.

La répétition au théâtre a deux sens, comme le rappelle Adrien Béal, celui du travail préparatoire au spectacle et celui qui rejoint le sens courant de sa reprise soir après soir. La reprise a aussi un sens concret pour la couturière, mot que l’on retrouve dans le vocabulaire du théâtre. Une polysémie qui a encore un sens plus dense, plus profond quand il s’agit de l’expérience humaine. Pourquoi telle habitude, tel geste devient -il inhérent à telle personnalité ou tel personnage ? La reprise en apparence rassurante est troublante et Kierkegaard, une des références de l’écriture d’Adrien Béal et Arthur Igual, en a analysé les ressorts et les implications existentielles.

Arthur Igual d’emblée présent sur le plateau va entrer progressivement dans son personnage en expliquant par le menu, étayé de commentaires sur son état mental de l’instant, qu’il a avec le metteur en scène décidé de reprendre un spectacle commun créé en 2011 et dont ils n’ont gardé quasiment aucune trace. « Il est trop tôt pour prendre des décisions définitives. » Un spectacle alors inspiré d’Affabulazione de Pasolini.

Première digression : Arthur Igual raconte qu’il vient de jouer le rôle du père dans la pièce de Pasolini, photos à l’appui. Puis il revient à ses moutons. Il doit endosser le costume qu’il avait en 2011, chaussures et parka compris, nouvelles digressions sur les chaussure Repetto et un bouton à recoudre, à reprendre bien-sûr, au parka qu‘il recoud derechef.

Et tout continue sur le même mode, conversation brève avec la mère intrusive, énervée avec un opérateur téléphonique, digression sur la loi Chatel et la résiliation des lignes téléphoniques. Retour par moment à Pasolini, la voix impérative du metteur en scène au magnétophone. Les scènes sont rejouées et re-rejouées avec plus ou moins de lassitude ou d’agacement par le comédien dans un espace occupé par quelques chaises, une machine à café et les costumes dont celui d’un industriel italien, nouveau rappel à Affabulazione.

Arthur Igual est intrinsèquement drôle, se dédoublant sans aller jusqu’au bout, composant un personnage qui est lui même et un autre, l’homme (il évoque son histoire personnelle au détour d’une conversation) et le comédien, avec un ton à la fois déprimé et appliqué. Mais bon, il respecte ce contrat de reprise et prend l’air de rien le public à témoin : vous voyez ce que l’autre m’oblige à faire ou ce que je m’oblige à faire.

Sous-entendu, la reprise est aliénante et s’en échapper serait si bon. On rit mais on compatit, quand il suggère ce que la répétition a d’insupportable en l‘illustrant par des nuances dans l’expression, des pas de côté, des variations du jeu dans la même situation. C’est à la fois riche et léger pour paraphraser Florence Delay.

Les deux compères réussissent à faire un spectacle de haute volée avec des bouts de ficelles et de mémoire. Sans doute parce que cette « reprise » que l’on peut aussi associer à la fabrication, qui mêle souvenirs proches et très lointains, des rêves, participent au fonctionnement psychique de tout être vivant.

Arthur Igual quitte le plateau comme il est venu, en disant que c‘est fini mais cela pourrait aussi bien continuer. Et on se délecterait encore de cet étonnant spectacle qui en dit beaucoup sur nous-mêmes comme une sorte d’expérience in vivo de nos propres répétitions.

Reprenons, création collective, mise en scène Adrien Béal, scénographie Lucie Gautrain, costumes Elise Garraud, création lumière Juliette Besançon, jeu Arthur Igual. Du 13 au 17 octobre, 20h + vendredi 14h30, samedi 18h, Studio -Théâtre de Vitry, 18 rue de l’Insurrection, 94400, Vitry-sur-Seine Tél :01 46 81 75 50, www.studiotheatre.fr Du 15 au 17 décembre Théâtre des 13 vents- CDN Montpellier ; du 17 au 27 mars 2027, Théâtre Silvia Monfort, Paris 15.

A propos de l'auteur
Louis Juzot

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