Dans le cadre Les Zébrures d’automne, Festival des écritures et des créations théâtrales à Limoges - Nouvelle Aquitaine, du 23 septembre au 3 octobre 2026.

Une Vénus de 5743 ans, création vers la scène, Suisse, Slovaquie.

Sculpture antique pour une déesse résistant à l’âge auquel on voudrait la réduire.

Une Vénus de 5743 ans, création vers la scène, Suisse, Slovaquie.

Même dans les situations collectives favorables des pays les plus riches, les euphémismes - « dépendance », « quatrième âge », « soins palliatifs » - ne masquent pas les drames de l’allongement de la vie humaine, et la proximité de la mort retardée, avec deux issues antithétiques, l’euthanasie et l’acharnement thérapeutique, discutées et caractérisées par l’impossibilité pour les êtres concernés de décider par eux-mêmes d’une issue. La question de la grande vieillesse est inséparable de celle de l’accompagnement de la mort. (Dictionnaire culturel en langue française, Le Robert).

Sur scène, une femme âgée est allongée, sa tête seule apparaît puis son cou, ses beaux bras blancs immaculés et sa poitrine généreuse tandis que ses jambes restent inertes. Tel le marbre, elle est à la fois nue et brillante, déesse antique, couchée sur un divan-lit recouvert de velours paon drapé à l’antique - installation précieuse d’exposition, entre montagne et cascade.

Dans les plis du velours est rangé un petit flacon rempli de pentobarbital de sodium. Telle est à peu près la didascalie d’ouverture de la tragi-comédie Une Vénus de 5743 ans, satire sociale et aimante - de précision clinique et de scénographie poétique où résonnent les bruits de la maison de retraite.

"5743 ans. C’est insupportable de vivre sans sa tête. On ne décapite pas les déesses antiques... J’en peux plus de perdre la tête." L’alitée se parle à elle-même, convoque ses fantômes, revit sa jeunesse et crie sa colère présente.

L’immense comédienne Laurence Mayor est cette Vénus de 5743 ans, à la voix grave et tonique aisément identifiable sur les grandes scènes de théâtre. On l’a connue debout, brune battante et rebelle sur les plateaux répertoriés de la fin du XX è siècle et du début du XXI è, la voilà auréolée de blancheur, allongée mais non gisante, emportée encore et extravagante. Contre toutes les habitudes théâtrales, est offerte à la vue une « ancêtre », splendide et obscène. Ni plaidoyer ni plainte, la scène s’insurge contre l’in-visibilisation des vieilles femmes, de leur expérience niée - désirs, failles et mémoire.

Pour l’auteure et metteuse en scène Olivia Csiky Trnka, notre société d’éternelle jeunesse séductrice a construit un tabou puissant qui empêche d’appréhender la vieillesse. Les vieux disparaissent, les femmes encore plus. Les grand-mères n’ont guère accès aux récits complexes de leur vie.

La figure inattendue de ce solo prometteur n’est ni douce ni amère, ni sorcière, mais un être vivant complexe, drôle, lucide et indompté. La locutrice s’adresse à sa petite-fille, au public, à la mer. Elle se souvient, se perd dans sa mémoire, se révolte, et choisit de mourir dans la dignité - mise en majesté.

La mise en scène est une tragédie solaire qui met à mal la honte et le silence, en recourant à la statuaire et à l’art de la sculpture antique. L’agressivité et le quant-à-soi de celle qui parle ne ménagent pas les aides-soignantes nommées Salima, alors qu’elle attend sa petite-fille qui ne vient plus. Grabataire à la sensibilité exacerbée face à l’abandon, elle ne perd pas son franc-parler : Malvina, croit-elle s‘appeler, et la vie lui est trop longue.

Elle lève son verre de vin à son existence, près de ses fantômes, le public. Elle reconsidère sa vie, ses succès, ses erreurs. « Entre biznesswoman vorace, boomer naïve et grand-mère repentante », elle se révèle entre souvenirs et désirs. Aussi suppliante que menaçante, elle règle ses comptes avec le monde, avec sa famille, avec les institutions, avec son histoire.
Moqueuse, cette Vénus revendique la splendeur, l’absurde et la grâce.

Une Vénus est un adieu paradoxal et magnifique d’humanité, un accompagnement consolateur à la mort à travers le pouvoir du théâtre, rendant sa splendeur et sa grâce à un événement irréparable et définitif, et le respect à l’âge, quelqu’il soit, que certains aimeraient ne pas voir ni évoquer.

Une Vénus de 5743 ans
, création vers la scène, Suisse, Slovaquie, les 24 et 26 septembre au Théâtre de l’Union à Limoges. Texte et mise en scène Olivia Csiky Trnka avec Laurence Mayor, voix Julia Batinova, Aude Bourrier, Olivia Csiky Trnka, Béatrice Kordon, Louis Sé, Mathieu Ziegler, lumière Edouard Hügli, création sonore Rémy Rüfer, scénographie Julie Monot et Olivia Csiky Trnka, maquillage Julie Monot, audio-description Laëtitia Dumont-Lewi. Dans le cadre Les Zébrures d’automne, Festival des écritures et des créations théâtrales à Limoges - Nouvelle Aquitaine, du 23 septembre au 3 octobre 2026. Du 18 au 21 novembre 2026 au Théâtre de l’Etincelle Genève. Automne 2027 au Centre Culturel Suisse, Paris. Du 28 septembre au 9 octobre 2027, aux Scènes du Grütli, Genève. Du 14 au 16 octobre 2027, au SPOT, Sion.

Crédit photo : Olivia Csiky Trnka.

A propos de l'auteur
Véronique Hotte

1 Message

  • Une Vénus de 5743 ans, création vers la scène, Suisse, Slovaquie. 8 octobre 17:40, par Olivia Csiky Trnka

    Bonjour Véronique !

    Comment allez-vous ?
    Je voulais simplement vous remercier pour votre article à propos de la Vénus ! Il est sir rare d’être comprise que cela me donne beaucoup de joie. J’espère que nous aurons l’occasion de nous revoir lors de nouvelles ou anciennes pièces qui tournent encore !
    Avec mes salutations solaires
    Olivia Csiky TRnka
    www.fullpetalmachine.ch
    +41 76 5109932

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