Du 30 septembre au 11 novembre 2026 au Théâtre du Vieux-Colombier.
La Musica deuxième de Marguerite Duras, mise en scène Arnaud Desplechin. Avec la Troupe de la Comédie-Française Alexandre Pavloff et Adeline d’Hermy.
Les belles difficultés d’un amour qu’on ne peut juguler.

Après Père de Strindberg et Angels in America de Tony Kushner, le metteur en scène et cinéaste Arnaud Desplechin collabore de nouveau avec la Comédie Française, en montant La Musica deuxième de Marguerite Duras.
Scénario pour la télévision anglaise, "dramatique " devenue une première pièce de théâtre, puis un film de cinéma, puis une deuxième pièce, La Musica ne cesse d’écrire l’impossible partition de l’amour. Les personnages sont nourris des amours de l’écrivain : pour Dyonis Mascolo - le père de son fils - ou Gérard Jarlot - une de ses plus grandes passions - dans la première Musica (1965) ; pour Yann Andréa dans La Musica deuxième (1985). Ainsi, vingt ans plus tard, Marguerite Duras remonte elle-même son texte au théâtre, prolongeant d’une seconde partie l’infinie nuit des époux séparés.
Il et Elle se croisent, un soir, dans un hôtel de province, ce n’est pas un hasard puisqu’ils sortent du tribunal qui a prononcé leur divorce. Tout est fini, ils peuvent parler à bâtons rompus : ils voudraient le croire. Tout est fini certes, et tout peut commencer ou recommencer, la parole et l’amour aussi. Ils découvrent leur lien indissoluble, au moment de leur union rompue. Tel pourrait être le commentaire de la pièce, formulé à la manière durassienne.
L’homme attend un coup de téléphone de sa nouvelle compagne, la femme s’apprête à rejoindre son nouveau conjoint qui vient la chercher en voiture. Eux qui ne se sont pas compris, qui se sont mal aimés, ne parviennent pas à rompre cet échange toujours tant désiré, jamais clos. La nuit venue, ils oublient le temps, tendent de se retrouver eux-mêmes, se vengent peut-être.
Michel Nollet et Anne-Marie Roche sont liés par une passion que leur mariage puis leur divorce même rend aussi violente qu’insupportable. Ils ont choisi de se séparer, mais en un sens leur séparation scelle définitivement leur union. Pour Lui, Elle est la femme à tout jamais hors d’atteinte, et sans doute celle-là seule qui lui manque, de ne pouvoir l’avoir. « Elle : (…) Regarde-moi, je suis la seule qui te soit désormais interdite. Lui, un temps : Ma femme. » Comme si pour exister pleinement, pour être véritablement absolu, l’amour se devait, littéralement, d’être invivable. (Arnaud Rykner, Préface à La Musica, La Musica Deuxième, Folio Théâtre 185,Gallimard)
Dans un dispositif bi-frontal, un plateau long et étroit donne à voir les deux interprètes, qui bougent au gré des instants, se déplacent, s’assoient, s’accroupissent, se relèvent, s’appuient dos au mur, s’allongent sur la scène, dépossédés de leur corps, de leur volonté de résistance et de vie. Ils ont retrouvé le hall de l’hôtel d’Evreux où ils se replièrent avant d’emménager dans la maison qui résonna aussitôt de maintes disputes et colères répétées.
Alexandre Pavloff dans le rôle masculin, une belle présence, vit des tourments intérieurs que l’expression de son visage douloureux livre cash au public. Les yeux fermés souvent, la rage contenue, il est fébrile, agité, impatient, écoutant éperdument les paroles de sa partenaire qu’il questionne sans cesse, voulant savoir à satiété ce qu’on ne sait pas ou ne veut pas dire
En face de l’amant, Adeline d’Hermy est pétillante de vie et de lumière, entre sourires, rires et pleurs dont elle ne peut se départir. Naturelle et élégante, elle écoute son interlocuteur ardemment, et voudrait qu’il souffre moins, quand elle-même, dans le même état, semble mieux dépasser la brûlure.
Spectacle convaincant sur le mythe de l’amour dont on ne se rassasie pas.
La Musica deuxième de Marguerite Duras, mise en scène Arnaud Desplechin. Avec la Troupe de la Comédie-Française Alexandre Pavloff et Adeline d’Hermy. Scénographie Rudy Sabounghi, costumes Caroline de Vivaise et Bernadette Villard, lumière Bertrand Couderc, vidéo Gabriele Smiriglia, son Dominique Bataille, travail chorégraphique Bruno Bouché, assistanat à la mise en scène Robin Ormond. Du 30 septembre au 11 novembre 2026 au Théâtre du Vieux-Colombier 21, rue du Vieux-Colombier 75006 - Paris. Tél : 01 45 58 15 15, comedie-francaise.fr
Crédit photo : Agathe Poupeney.



