Dans le cadre du Festival d’Automne à Paris, Jusqu’au 16 octobre, Du mardi au samedi, 20h, dimanche 15h, relâche le lundi, Odéon –Théâtre de l’Europe, site Berthier, 1 rue André Suarès, 75017 Paris.
Lexikon, mise en scène, texte, dramaturgie Tanya Beyeler, Pablo Gisbert, scénographie Isaac Torres, El Conde de Torrefiel.
Des contes qui n’enchantent pas.

Le Conde de Torrefiel revient à l’Odéon après La Luz de un lago. On retrouve dans Lexicon la même approche : un méta-discours très élaboré de Tanya Beyeler et Pablo Gisbert sur la fabrication et le sens de cet opus (journal du spectacle), une technique très sophistiquée qui manie l’image et le son avec dextérité, et une extériorisation systématique de la représentation.
Ce ne sont pas quatre histoires d’amour qui servent de trame à Lexikon, mais sept contes pour le futur, en référence au Décaméron de Boccace et aux Mille et une nuits. Deux textes fondateurs où les mots ont des vertus salvatrices, permettant à quelques privilégiés d’oublier la peste qui sévit à Florence, à Shéhérazade de repousser l’exécution. Le verbe serait l’élément unificateur des sept fables, symbolisé par un comédien qui lit le texte de certaines d’entre elles dos au public.
Ce n’est pas vraiment ce que l’on voit à l’exception du conte où une tête, géante, blanche et lisse, représente un récipiendaire de l’Académie française. Chacun des contes fait plutôt apparaître une incapacité des êtres ou des substituts d’êtres (ce monde de futur étant peuplé de robots discoureurs) à communiquer.
Le Conde de Torrefiel dresse un constat brutal des sociétés occidentales, amnésiques, qui dansent sur des charniers en Allemagne comme en Espagne, ou futiles comme ces magouilles de littérateurs opportunistes guignant un siège à l’Académie en France. Cela s’accompagne d’un certain humour, d’une ironie consubstantielle à l’âme espagnole, aux yeux de nos deux créateurs. On s’amuse des engouements pour tel ou tel artiste, même si Basquiat est, si l’on peut dire, sauvé du lot dans le premier conte, le seul un tant soit peu généreux, mettant un jeu une reconstitution en direct de l’une de ses œuvres.
L’univers du Conde de Torrefiel maitrisé techniquement et esthétiquement bannit tout affect, tout sentiment. Le public est un observateur passif, un voyeur, il doit accepter ces images, ces voix off, ces scènes étranges qui frisent le canular, telle une scène imaginée d’une performance à Kassel. On pourrait qualifier Lexicon d’œuvre morale, de théâtre abstrait.
Celui-là quitte la salle sobrement sans trop applaudir, après un effort de concentration un peu stérile. La dé-construction systématique du théâtre (de l’art en général) est un projet qui se défend mais la froideur des effets évacuant toute perspective de curiosité ou d’attente comme dans les bons contes, distille un spectacle qui se mord la queue et se contemple lui-même.
Lexikon, mise en scène, texte, dramaturgie Tanya Beyeler, Pablo Gisbert, scénographie Isaac Torres, El Conde de Torrefiel, lumière
Andrea Forlenza , costumes, masques, accessoires Mireia Donat Melús, conception sonore Rebecca Praga, son Uriel Ireland, vidéo María Antón Cabot, Carlos Pardo, robotique José Brotons Pla avec Tanya Beyeler, Carmen Collado, Amalia Fernández, Ion Iraizoz, Mauro Molina. Dans le cadre du Festival d’Automne à Paris, Jusqu’au 16 octobre, Du mardi au samedi, 20h, dimanche 15h, relâche le lundi, Odéon –Théâtre de l’Europe, site Berthier, 1 rue André Suarès, 75017 Paris. Tel : 01 44 85 40 40, www.theatre-odeon.eu
Crédit photo : Barbara Sanchez Palomero



