Du 30 septembre au 17 octobre, du mercredi au vendredi 19h30, samedi 18h30, dimanche 15h30, Théâtre Amandiers-Nanterre, Centre Dramatique National.
Le livre de K, texte (éditions Actes-Sud Papiers), mise scène, scénographie Simon Falguières.
Les femmes portent parole.

Sous le signe de Franz Kafka et d’Anna Akhmatova, Simon Falguières a tissé une pièce-récit où la littérature et le théâtre sont conçus comme armes de lutte contre la tyrannie.
Le double de Kafka, écrivaine démiurge au bord de la mort, qui imagine un ou des récits à rebondissements qu’interprète avec justesse Myriam Fichter, comme son amie Frieda (Lomane de Dietrich) est peut-être celui d’Anna Akhmatova ou celui encore de la fiancée du Château. Elles se tiennent la main pour affronter la maladie et les épreuves sur un lit d’hôpital.
Ce début réaliste cède vite la place à une ambiance imprégnée de mythes et de légendes car derrière le Château dans laquelle se passe une large partie de l’action, on retrouve bien-sûr Kafka mais aussi Barbe bleue, les romans gothiques comme des réminiscences du Hollandais volant, de l’Odyssée et des contes nombreux qui tournent autour des disparitions en mer.
Le fil de la représentation n’est pas simple, l’histoire de l’écrivaine et de la poétesse qui sauve les écrits de son compagnon se croise avec celle d’Alma, écrivaine comme elles, de son frère, de sa jeune sœur, de sa mère et de son père (tous ces personnages ont un rôle symbolique). Le lien entre les deux récits est tissé par une troisième héroïne Olga, amie de Frieda qui tente de la rechercher dans les Enfers du Château et veut se débarrasser du Tyran à un œil.
La réalité se mêle au rêve. L’infirmière qui soignait l’écrivaine au début de la pièce devient l’ange qui veille sur tous comme Bruno Ganz dans Les Ailes du désir. La mère d’Alma, Karine Feuillebois, non entendante, signe et communique ainsi avec ses enfants ; symboliquement, c’est aussi une voix interdite par l’exclusion.
Ce patchwork de légendes et de références littéraires, historiques, gagnerait à être moins foisonnant comme si Simon Falguières, tel un collectionneur, ne résistait pas au plaisir de les empiler. Le chemin initial sur la force de l’art pour lutter contre l’oppression se perd dans ces méandres poétiques et rococo. L’intrusion de Lear et de son fou, pour faire théâtre dans le théâtre, n’est pas forcément utile et charge un peu plus la barque.
Il n’empêche que les comédiens sont tous très convaincants et que cette histoire de littérature portée par des femmes qui transmettent la lumière, envers et contre tout, quand les hommes veulent l’éteindre, est pleine d’espoir.
Les créations qui défendent la littérature et encore moins celles qui entretiennent la flamme d’un théâtre d’art, ne courent plus beaucoup les rues. Devant le climat d’angoisse généré par la dictature technologique de l’IA et la montée des populisme autoritaires, chaque appel à la liberté de créer et surtout de penser vaut d’être écouté.
Le livre de K, texte (éditions Actes-Sud Papiers), mise scène, scénographie Simon Falguières, lumières Léandre Gans, accessoires et masques Alice Delarue, Musique et conception sonore, Hippolyte Leblanc et Simon Falguières, vidéo Typhaine Steiner, costumes Lucile Charve. Avec Rosa- Victoire Boutterin, Mathilde Charbonneaux, Lomane de Dietrich, Simon Falguières, Karine Feuillebois, Myriam Fichter, Charly Fournier , Pia Lagrange, Liza Alegria Ndikita, Stanislas Perrin , Mathias Zakhar en alternance avec Guillaume Morel. Du 30 septembre au 17 octobre, du mercredi au vendredi 19h30, samedi 18h30, dimanche 15h30, Théâtre Amandiers-Nanterre, Centre Dramatique National, 7 avenue Pablo Picasso, 92022 Nanterre. Tél : 01 46 14 70 00, nanterre-amandiers.com Du 17 au 21 novembre 2026 - Théâtre Dijon Bourgogne, CDN. Les 25 et 26 novembre 2026 - Le Quai, CDN Angers. Le 3 décembre 2026 - Le Préau, CDN Normandie Vire. Le 17 décembre 2026 - Tangram, Scène nationale d’Evreux. Le 10 avril 2027 - ACB, scène nationale Bar-le-Duc, Meuse. Du 22 au 30 mai 2027 - Théâtre national Populaire, Villeurbanne.
Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.



