Paris : jardin du Sénat et en tournée jusqu’au 12 septembre 2009

RIGOLETTO de Giuseppe Verdi

La Passion du bouffon, à ciel ouvert et sans état d’âme

RIGOLETTO de Giuseppe Verdi

Comme chaque été depuis 2001 les productions « Opéras en plein air » lancent sur leurs tréteaux voyageurs une œuvre populaire du répertoire lyrique. Des jardins du Sénat parisien, début juin jusqu’au Château de Vaux-le-Vicomte à la mi temps de septembre, le spectacle fait escale dans une demi douzaine de lieux prestigieux. Après les sympathiques Contes d’Hoffmann de la cuvée 2008 (voir webthea du 23 juin 2008) c’est Verdi et son pathétique Rigoletto qui vient de prendre route mais le plaisir d’une convivialité bon enfant n’est pas cette fois totalement au rendez-vous.

Le chef d’œuvre verdien, le plus joué après La Traviata, véritable assemblage de « tubes » que l’on retient dès qu’on les a entendus et qui donnent envie de danser – et pas seulement le fameux « La Dona e mobile » - représente un enjeu redoutable : trop connu avec des exigences orchestrales et vocales n’autorisant guère la tiédeur d’une honnête moyenne. Ce qui hélas est le cas de cette production mise en scène par Francis Perrin, acteur comique, homme de théâtre populaire peu familier du monde lyrique même si il s’y est déjà frotté il y a quelques années avec un Barbier de Séville marseillais. On ne lui reprochera pas de ne pas avoir transféré le drame du pauvre bossu Rigoletto alias Triboulet du Roi s’amuse de Victor Hugo dans un monde qui n’est pas le sien, comme c’est la mode. Mais sa réalisation terre à terre, fait regretter l’absence de toute vision personnelle, d’un simple point de vue qui imprimerait une couleur, un sens à découvrir ou à rêver. Des panneaux peints sans grâce défilent devant les superbes pierres de taille de la façade du Sénat. Les costumes semblent sortir d’un jeu de cartes à l’ancienne, Rigoletto, le bouffon en a la tenue de carnaval. C’est direct et sans état d’âme.

Trop sonoriser nuit gravement à l’opéra

La base du dispositif scénique reste celui adopté par "Opéras en plein air" depuis sa création avec les musiciens enfouis dans une fosse qui se trouve non pas devant mais derrière l’aire de jeu. Aucune utilisation du lieu d’accueil - fenêtres s’éclairant sur les intérieurs, portails s’ouvrant pour les passages des protagonistes -, n’est cette fois opérée, et c’est dommage. Le spectacle est plaqué sur la façade et ne s’y intègre pas.

Mélanie Thiébaut, chef d’orchestre, se démène pour donner aux musiciens de l’ensemble Manifesto des tempos qui roulent et rutilent. Difficile d’en juger les nuances tant la sonorisation en écrase les portées comme si tout se jouait sur un même ton, avec une puissance quasi égale, façon variétés ou rock. Hélas, trop sonoriser nuit gravement à l’opéra.

Les voix sont soumises au même régime et il n’est guère possible d’en apprécier les qualités de projection. Restent les timbres et le jeu qui permettent d’apprécier la souplesse du duc du ténor coréen Hyun-Jong Roh (qui devra cependant se méfier d’un vibrato qui brouille ses envolées), la Gilda sensible et solaire d’Olivera Topalovic, jeune et gracieuse soprano serbe aux aigus fruités et le Rigoletto du baryton Armand Guillou au legato impeccable, à la fois puissant et enfermé dans son destin et qui, malgré son jeune âge, réussit à être crédible jusqu’au dernier souffle de sa « malédiction ».

Rigoletto de Giuseppe Verdi, livret de Francesco Maria Piave d’après Le Roi s’amuse de Victor Hugo – production Opéras en plein air, orchestre Manifesto direction Mélanie Thiébaut, mise en scène Francis Perrin, décors Jean-Michel Adam, costumes Agnès Letestu, chorégraphie Guillaume Bordier, lumières Philippe Lacombe, chef de chœur Michel Podolak. Avec, en alternance, Arnaud Guillou & Sergei Stilmachenko (Rigoletto), Magali de Prelle & Olivera Topalovic (Gilda), Ook Chung & Hyun,-Jong Roh (le duc), Muriel Ferraro, Suren Shahi Djanyan, Sarah Breton, Daniel Ottevaere, Olivier Ayault, Xavier Mauconduit , Julien Veronèse.

Paris, le jardin du Sénat, les 10,11,12 & 13 juin – Château du Champ de Bataille les 19 & 20 juin (02 32 34 84 34), Parc Départemental de Sceaux les 25, 26 & 27 juin, Cité de Carcassonne le 4 juillet (0 468 115 915), Cloître de l’Evêché de Luçon les 15 & 16 juillet, (02 51 36 93 60) Château de Haroué les 4,5 & 6 septembre (03 83 52 40 14), Château de Vaux-le-Vicomte les 10,11 & 12 septembre 2009 (01 64 14 41 90).

Renseignements : 00 33 (0)1 55 70 55 28

Crédit photographique : Didier Doussin pour Opéras en Plein Air

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage,...

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