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Critiques / Comédie & Humour

Quadrille

par Marie-Laure Atinault

Des comédiens éblouissants

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Pour ceux qui n’ont pas pu voir ce Quadrille sautillant la pièce de Sacha Guitry est reprise au théâtre des Variétés avec un François Berléand en pleine forme.

Quelle bonne idée Bernard Murat a eu en montant Quadrille, une pièce de Sacha Guitry écrite en 1937. Peu montée, elle a une saveur particulière tant la construction est atypique dans son œuvre. Le titre fait référence à une danse de salon quelle que peu désuète en 1937. Le quadrille est une danse aux pas fort élégants, elle fait croiser les couples par de savantes figures géométriques. Sacha l’avait peu être vu danser à la cour du tzar de Russie, son célèbre parrain !

Sacha Guitry vivait avec son temps, toujours à la pointe de la modernité et Quadrille est une pièce de son temps mais les caractères comme ceux dépeint par Marivaux sont universels et intemporels. Nous sommes au Ritz, le palace de la place Vendôme. Philippe de Morannes (François Berléand) rédacteur en chef d’un grand quotidien attend dans une suite la venue de la star Hollywoodienne Carl Hérickson (François Vincentelli). Le journaliste n’a pas l’habitude de faire antichambre fusse dans un palace, mais l’agacement de l’attente est atténuée puisqu’il la fait en compagnie de la délicieuse Claudine André (Florence Pernel), ravissante consœur, qui est la meilleure amie de la comédienne Paulette de Nanteuil (Pascale Arbillot) vedette des scènes parisiennes. Paulette est la compagne de Philippe depuis six ans et il a décidé de la demander en mariage. Cela ne l’empêche pas d’être troublé par Claudine. Enfin Hérickson arrive, il est grand, beau, charmeur, athlétique, il s’excuse et raconte la cause de son retard. Lui, la star qui distribue des autographes a dû se frayer un chemin dans le couloir du Ritz, où l’on prend le thé. Il a remarqué une femme élégante qui ne lui demandait rien, il lui a donné un papier pour qu’elle lui signe un autographe. Ce retournement de situation a semblé amuser les deux parties. Mais lorsqu’il montre la signature, qu’elle n’est pas la surprise des deux journalistes. Ils reconnaissent l’écriture de Paulette qui a signé Claudine André ! L’intrigue est nouée. Philippe se repend déjà d’avoir invité Hérickson, au théâtre pour jouer avec une grande comédienne, sa compagne.

Le maestro Guitry disait de sa pièce : « En somme Quadrille est une scène à deux personnages précédée de deux actes prolongée de trois. Avec Sacha, vie privée et vie théâtrale sont intimement liées. Dés le premier acte Philippe fait des compliments à Claudine, rôle crée par Jacqueline Delubac dont il fut le mentor, « quel chemin vous avez fait….. ». Il y certainement beaucoup d’Yvonne Printemps dans le personnage de Paulette, qui l’a trompé puis quitté pour un comédien, un certain Pierre Fresney, comédien qu’il avait distribué dans une de ses pièces ! Sacha Guitry avec cet art du verbe, des répliques cinglantes terriblement spirituelles et cyniques laisse libre cour à une certaine amertume. Philippe est profondément malheureux et blessé. Il montre à quel point un homme intelligent et cultivé peut se laisser emporter par des sentiments qu’il ne peut plus canaliser. Rarement Sacha laissera paraître à ce point les blessures de son cœur. Guitry grand séducteur certes mais qui fut trompé. Il aime, il est trahi. Paulette de retour après son escapade « hollywoodienne » est très malheureuse. Elle est coupable, elle le sait. Elle a tellement de peine d’avoir fait Philippe cocu. Elle plaide son innocence. Comment peut-on l’accuser elle la victime d’un coup de foudre. Un désir incroyable qui balaie tout, confort, sécurité, honorabilité, mais Hérickson est si séduisant et si…………..Américain !

Guitry a toujours eu le désir de faire fi des règles, des barrières et des coutumes, Quadrille en est la preuve éclatante par sa construction, par les rôles et les caractères choisis. La pièce est un recueil de bons mots, les dialogues sont remarquables et il conduit une intrigue assez tenue en somme, jusqu’au bout d’un dénouement que le public attend et qu’il est heureux d’avoir.

Bernard Murat est, ici, metteur en scène et chorégraphe. La distribution est un vrai bonheur, François Berléand joue un cocu magnifique, avec grand art. Pascale Arbillot est désarmante de rouerie et de candeur, Florence Pernel, fine mouche, ravissante, elle même se quadrille avec entrain. Toutes les femmes comprendront la tentation de Paulette. Ah qu’il est joli François Vincentelli ! Le créateur du rôle, Georges Grey n’avait pas les qualités de jeu de notre Hérickson version 2011-2012. Julie Farenc succède à Pauline Carton, sa gouaille et sa composition de soubrette de comédie est bien dans le ton !

Le décor de Nicolas Sire qui nous plonge dans la suite d’un Palace, les costumes ravissants de Carine Sarfati et les savantes lumières de Laurent Castaingt concourent à la réussite de ce spectacle brillant mené à un train d’enfer par des comédiens éblouissants. En place s’il vous plaît pour le Quadrille des lanciers ! Sacha Guitry doit être heureux d’être compris et aimé !!!

Quadrille, de Sacha Guitry, mise en scène de Bernard Murat. Avec François Berléand, Pascale Arbillot, Florence Pernel, François Vincentelli, Julie Farenc, Michaël Rozen et Yves Le Moign’

Théâtre Edouard VII Tél : 01 47 42 59 92 www.theatreedouard7.com

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