Psyché de Molière
Du ballet à la comédie musicale

Cette première œuvre qualifiée de “ tragédie – ballet ” fut créée le 17 janvier 1671 pour la réouverture de la Salle des Machines du palais de Tuileries, édifiée par l’architecte Louis le Vau en 1660. Après sa rénovation, elle disposait d’un équipement réalisé par l’ingénieur italien Gaspare Vigriani permettant de nombreux effets scéniques et pouvait accueillir près de quatre mille spectateurs. Pressé par Louis XIV, Molière fait appel à Corneille, pour compléter ses vers, et au librettiste Philippe Quinault, pour les paroles chantées sur les musiques de Lully. Des contributions qui lui permettent d’honorer les délais très courts imposés par la commande royale. Mais malgré ses aspects spectaculaires, -ou peut –être à cause d’eux - nécessitants d’importants moyens techniques auxquels s’ajoutent une distribution pléthorique – cette œuvre, surtout représentée de manière fragmentaire, est tombée dans l’oubli. Son intégrale à la Comédie-Française date … de 1862.
Comme avant lui La Fontaine et Donneau de Visé, Molière reprend le thème du récit d’Apulée inclut dans son œuvre majeure Métamorphoses . Venus, déesse de la beauté et symbole de la séduction, voit son pouvoir menacé auprès des dieux et des hommes par une créature humaine, Psyché. Cette situation, insoutenable pour elle, provoque sa jalousie et sa colère. Pour se venger, elle envoie son propre fils, l’Amour, pour séduire la belle. Las, celui-ci tombe aussi sous le charme et s’ouvre à un amour partagé qui rend sa mère furieuse. Une œuvre hétérogène qui croise la mythologie et les sentiments aux frontières datées de la psychanalyse.
Aujourd’hui, Véronique Vella, talentueuse sociétaire, particulièrement remarquée dans ses interprétations chantées au Français, a été tenté par une nouvelle version de cette œuvre baroque, au regard de sa partition musicale et de son aspect féerique. Comme beaucoup de ses prédécesseurs, elle a largement élagué sa représentation, réduisant sa durée à 2 heures 15 au lieu des 5 heures initialement prévues. Elle a aussi évacué les musiques de Lully au profit de compositions originales de Vincent Leterme, premier pont tissé avec l’époque contemporaine, prolongé par l’interprétation d’un chœur qui semble sortir d’une revue de Broadway. Profitant de l’arrière - scène et de l’équipement de la Salle Richelieu, la scénographie de Dominique Schmitt, trouve une résonance avec la Salle de Machines, et utilise des moyens techniques en mesure d’enchaîner avec fluidité situations et localisations, avec une dimension allégorique portée par les toiles peintes de Anne Kessler.
Des personnages aux colorations savoureuses
Si, malgré ses aspects déconcertant, la “tragédie-ballet“ provoque quelconques intérêts pour un spectateur d’aujourd’hui, il faut attendre sa conclusion pour être touché par l’amour entre l’envoyé de Vénus et Psyché, qui, en gage, deviendra immortelle grâce à Jupiter. Pas sûr que cette nouvelle mise en scène éclaire en profondeur d’autres aspects sous – jacents. Elle s’oriente davantage vers le divertissement, qui pour ne plus être royal n’en demeure pas moins respectable, grâce notamment à l’interprétation des Comédiens – Français, avec dans les rôles majeurs, Sylvia Bergé (Venus) Françoise Gillard (Psyché) Benjamin Jungers (l’Amour) ou encore Coralie Zahonero (Aglure, sœur de Psyché), qui dans divers registres apportent des colorations savoureuses à leurs personnages. Et, comme le souhaitait le dernier chœur de la version originale : “ Laissons en paix toute la terre/Cherchons de doux amusements/ Chantons les plaisirs charmants/ Des heureux amants.”.
Psyché, tragi-comédie et ballet de Molière, mise en scène et direction des chants Véronique Vella, musique originale et direction musicale, Vincent Leterme, avec Claude Mathieu, Sylvia Bergé, Coraly Zahonero, Françoise Gillard, Jérôme Pouly, Laurent Natrella, Benjamin Jungers, Félicien Juttner, Jennifer Decker, Pierre Hancisse, Claire de la Rüe du Can, et les élèves comédiens de la Comédie-Française. Scénographie Dominique Schmitt, toiles peintes Anne Kessler, costumes Dominique Louis, lumières Patrick Méeus. Durée : 2 heures 15 sans entracte.
Comédie-Française, Salle Richelieu, en alternance jusqu’au 4 mars 2014.
Photo ©Brigitte Enguerrand




