Paris - Théâtre des Champs Elysées

Pelléas et Mélisande de Claude Debussy et Maurice Maeterlinck

Debussy en magnificence musicale et abécédaire superflu

Pelléas et Mélisande de Claude Debussy et Maurice Maeterlinck

Qu’elles sont étranges et paradoxales les sensations ressenties par ce Pelléas et Mélisande joué sous la direction de Bernard Haitink au Théâtre des Champs Elysées ! Comme s’il y avait un hiatus entre le visible et l’invisible, entre ce qu’on voit et ce qu’on entend, la transparence des sons et la surcharge des images.

Il y a sept ans, le même maestro hollandais à la tête du même Orchestre National de Radio France livrait en version de concert du même opéra une interprétation restée musicalement inégalée. L’attente était donc vive de retrouver cette phalange avec son chef cette fois dans la fosse pour une réalisation scénique complète. Le bonheur espéré ne fut pas tout à fait au rendez-vous. Jean-Louis Martinoty, metteur en scène auquel on doit quelques jolies réussites (Alceste de Lully, Nozze de Figaro de Mozart présentés dans le même théâtre), s’est enlisé dans une surcharge d’images qui défilent comme autant de pléonasmes. Illustrative par essence, la musique de Debussy raconte les paysages et les êtres. Elle s’adresse à l’imaginaire et se passe d’abécédaire. Le mystère prime, la suggestion en est la clé.

Une mue où le parler et le chanter ne font plus qu’un

Cet unique opus lyrique du compositeur, conçu à partir d’un coup au cœur pour le drame symboliste de Maurice Maeterlinck, constitue une sorte d’OVNI dans le ciel de l’opéra qui en renouvela le genre par une sorte de mue où le parler et le chanter ne font plus qu’un. La force dramatique du livret y tient autant de place que la partition. D’où l’importance des lignes de chant accordés à une diction sans défaut. Pari rarement tenu, il est vrai, et qui souvent justifie la mise en place des surtitrages. Même pour des productions données dans la langue du pays.

Il n’y a pas de surtitrage pour ce Pelléas si bien chanté pourtant mais parfois mal articulé. La Mélisande de la mezzo soprano moravienne Magdalena Kozena assure une belle musicalité, timbre velouté, aigus coulant de source, jeu de comédienne très abouti dans un parti pris de femme-enfant en rébellion, mais sa diction, hormis quelques passages reste incertaine. Jean François Lapointe qui tutoie Pelléas comme un frère – il l’a chanté si souvent – lui dédie sa silhouette et son charme de jeune premier, sa voix aux larges plages de lumière, son jeu délié quoiqu’un peu mou et sa diction presque toujours audible. Belles tenues de Marie-Nicole Lemieux en Geneviève maternelle et de Gregory Reinhart en Arkel patriarche, émouvante prestation de la jeune Amel Brahim Djelloul qui réussit à faire du petit Ynold une créature vif argent. C’est Laurent Naouri en Golaud tourmenté, ivre de jalousie, avec son timbre en nocturne et sa diction d’orfèvre qui tient la vedette, et devient de facto le personnage principal du drame. Ce qui, malgré la beauté de la performance, fausse l’enjeu.

Une cascade de racines pour évoquer la chevelure de Mélisande

La direction d’acteurs de Martinoty se perd en effet dans un réalisme maniaque. Toutes les réactions des uns et des autres sont en démonstration comme autant de gros plans cinématographiques auxquels s’ajoutent quelques pincées de psychologisme quand la jalousie de Golaud explose en crise de nerfs parano. Lumières, décors, jeux sur les transparences, avec quelques tableaux oniriques de grande beauté et d’autres d’un symbolisme quasi primaire –une cascade de racines pour évoquer la chevelure de Mélisande – un plan incliné triangulaire qui pivote en jeux de miroir… -

C’est l’œil qui écoute et c’est dommage pour cette musique sublime à laquelle Haitink confère des envolées de pure spiritualité.

Pelléas et Mélisande de Claude Debussy, livret de Maurice Maeterkinck, Ochestre National de France, chœur de Radio France, direction Bernard Haitink, mise en scène Jean-Louis Martinoty, décors Hans Schavernoch, costumes Yan Tax, lumières André Diot. Avec Magdalena Kozena, Jean-François Lapointe, Laurent Naouri, Marie-Nicole Lemieux, Gregory Reinhart, Amel Brahim-Djelloul –
Paris – Théâtre des Champs Elysées, les 14, 16, 18, 20, 22 juin à 19h30

Crédit photo : Alvaro Yañez

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Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage,...

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