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Critiques / Opéra & Classique

Parsifal de Richard Wagner

par Caroline Alexander

Des images qui envoûtent autant que la musique

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Qu’est ce qu’un chef d’œuvre ? Vaste question… Ne serait-il pas celui qui défie le temps et les modes ? Qui inspire les sentiments les plus divers, qui se prête sans fléchir aux interprétations les plus contradictoires ? Dans ce sens Parsifal, l’ultime opéra de Richard Wagner peut être qualifié de chef d’œuvre absolu. Une création qui se situe hors de l’espace et du temps ou plus exactement comme il est dit dans le texte du livret en un lieu où « le temps devient espace » ?

Parsifal appartient à cette catégorie d’oiseau rare qui donne des ailes à l’imaginaire sans le trahir. Il y a trois ans à l’Opéra Bastille le metteur en scène polonais Krzysztof Warlikowski en conjuguait le mythe au quotidien, en faisait, de façon bouleversante, une sorte d’ode au réel (voir webthea du 6 mars 2008). Exactement à l’inverse de ce que vient de réussir à la Monnaie de Bruxelles, l’Italien Roméo Castellucci,une envolée dans l’irréel dont les images envoûtent autant que la musique.

Au théâtre, Castellucci a parfois irrité par ses extravagances comme cette mise en scène de sa Tragedia Endogonida, de passage aux Ateliers Berthier du théâtre de l’Odéon avec ses voitures- de vraies voitures ! – accrochées au plafond qui venaient s’écrouler sur le béton du sol, et son cheval – un vrai cheval ! – dont, d’un bout à l’autre du spectacle, on ne voyait que la croupe et non l’utilité…

Des images qui se fondent dans les sons

Pour sa première mise en scène d’opéra, Castellucci vise haut : Parsifal est sans doute l’une des œuvres les plus énigmatiques du répertoire lyrique, une aventure mystique puisée dans les épopées des Chevaliers de la Table Ronde partis à la recherche du saint Graal. Castellucci ne la raconte pas, il la suggère en filigrane et laisse parler la musique. Une musique qui visiblement l’emporte et sur laquelle il imprime des images qui se fondent dans les sons, des sons en tempêtes et lévitations qui semblent naître de ces images. La lance, le Graal ne sont plus visibles, ils deviennent concepts et symboles. Comme ce serpent python blanc que Kundry, la femme, la tentatrice, manipule avec volupté. Comme ces cercles qui, d’acte en acte, accompagnent la quête de Parsifal, le « Reine Tor », le chaste fou, celui dont la compassion mène à la connaissance – « von Mitleid wissend »…

Un cauchemar de brume blanche

Sombre et mouvante, la forêt du premier acte est habitée d’hommes végétaux parmi lesquels se camouflent Amfortas, Gurnemanz et des chevaliers qui en sortiront en camouflages militaires. On les voit à peine, on les devine, on les entend. Seul Parsifal, promeneur égaré, tueur de cygne, a apparence humaine, Kundry surgit brièvement ainsi que deux ouvriers casqués poussant des brouettes. D’incroyables jeux de lumières transforment les paysages en fantasmagories. Au deuxième acte, le domaine de Klingsor jaillit d’un cauchemar de brume blanche. Le magicien se fait chef d’orchestre d’un bordel dont les pensionnaires sont accrochées nues à des anneaux de cirque comme des veaux à des crocs de boucher. Ces filles fleurs d’un troisième type sont illustrées par d’effarantes danseuses contorsionnistes tandis que leurs chants s’échappent des loges qui surplombent l’avant-scène. En robe de mariée, Kundry et son serpent défie l’illusionniste empoisonneur et entre en rédemption avec Parsifal.

Changement total d’atmosphère pour l’acte III. La scène est nue, grise et noire, une foule de près de deux cents figurants dans laquelle se sont mêlés les choristes et les personnages, avance au pas cadencé sur un tapis roulant. Elle encadre Parsifal, jeune homme d’aujourd’hui en chemise claire et col ouvert qui avance déterminé. Marche à l’aveugle vers un destin inconnu ? Ou au contraire, marche vers un avenir qui s’ouvre au monde ? A chacun son interprétation de rêve… L’enchantement du vendredi saint s’est mué en envoûtement. Si Castellucci se sert de Wagner, Wagner est somptueusement servi.

Direction d’orchestre rigoureuse, distribution à la hauteur de l’enjeu

D’autant que les musiciens de l’Orchestre Symphonique de la Monnaie lui rendent justice en ferveur sous la direction à la fois rigoureuse et enflammée de Hartmunt Haenchen, celui-là même qui avait dirigé à Paris la production signée Warlikowski. Toujours aussi rapide avec ce qu’il faut de silence pour ménager les espaces méditatifs. La distribution est à la hauteur de l’enjeu même si le Gurnemanz de Jan-Hendrick Rootering peine parfois à s’imposer en volume. Sobre et douloureux Amfortas par le baryton allemand Johannes Mayer, noble Titurel par la basse Victor von Halem. Si Anna Larsson n’a pas la présence magnétique de Waltraut Meyer, elle a de la vaillance et une belle tessiture de mezzo passant sans faiblir d’un registre à l’autre, de la plainte à la colère. Le ténor américain Andrew Richards, applaudi en don José tragique dans une mémorable Carmen à l’Opéra Comique de Paris (voir webthea du 18 juin 2009) ajoute à son impeccable diction, à son timbre clair et chaleureux le supplément d’innocence inséparable du mythique et mystique Parsifal.

Autant dire que, pour tous qui n’habitent pas Bruxelles, et qui aiment Wagner, ce Parsifal mérite largement le voyage.

Parsifal, drame sacré en trois actes, musique et livret de Richard Wagner, orchestre symphonique, chœur et chœur de jeunes de la Monnaie, direction Hartmunt Haenchen, chefs de chœurs Winfried Maczewski et Benoit Gians, mise en scène Roméo Castellucci, chorégraphie Cindy Van Acker, décors, costumes et lumières Roméo Castellucci. Avec Andrew Richards, Anna Larsson, Victor van Halem, Jan-Hendrick Rootering, Thomas Johannes Mayer : Willem Van Der Heyden, Friedemann Röhlig, Ilse Eerens, Angélique Noldus ; Gijs Van Der Linden, Guillaume Antoine, Hendrickje Van Kerkhove, Anneke Luyten, Tineke Van Ingelgem, Margriet van Reisen .

Bruxelles – La Monnaie les 27 janvier, 1, 3, 8, 11, 15, 17 février à 18h, les 30 janvier, 6 & 20 février à 15h.

Info et billets : +32 (0) 70 233 939 – www.lamonnaie.be

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