Liège - Opéra Royal de Wallonie - jusqu’au 25 octobre

Paride ed Elena - Pâris et Hélène - de Christoph Willibald Gluck

Un défi joliment relevé

Paride ed Elena - Pâris et Hélène - de Christoph Willibald Gluck

C’est une production généreuse et risquée que présente l’Opéra Royal de Wallonie, dirigée par l’Italien Stefano Mazzonis di Pralaferra, avec une œuvre difficile et rarement jouée, entièrement confiée à une équipe de jeunes artistes issus de divers conservatoires belges et italiens : Paride ed Elena-Pâris et Hélène du très nomade réformateur de l’opéra Christoph Willibald Gluck ne fait pas partie de ses succès éprouvés Orfeo ed Euridice, Alceste ou encore ses deux Iphigénie en Aulide et en Tauride.

L’œuvre, musicalement riche, est de bout en bout dramatiquement statique : il ne se passe pratiquement rien dans cet avant-goût de la Guerre de Troie où Hélène, promise à Ménélas mais pas encore mariée avec lui, rencontre et s’éprend de Pâris, le prince troyen qui vient d’accoster à Sparte pour la conquérir. Presque deux heures et demie durant Gluck égrène le thème « je t’aime, moi non plus » entre les futurs amants qui se renvoient la balle de leurs sentiments avant l’aveu final et le grand départ. Autant de joutes amoureuses, qu’Amour en personne, déguisée en valet, orchestre malicieusement. La trame est mince, peuplée de récitatifs et d’intermèdes sans action.

Le pari de confier ce difficile morceau à des quasi débutants était osé. Le collectif belgo-italien réuni à l’Opéra de Liège a finement relevé le défi. La coproduction, baptisée Opera Studio 2007, réunit les jeunes élus des théâtres et écoles de Liège, Pise, Lucques et Livourne. Sur 180 candidats, trente furent retenus et répartis entre les chœurs et les rôles de solistes.

Fantaisie poétique

Les moyens mis en œuvre n’auraient pas déparé une superproduction, décors impressionnants de hauts murs mobiles sertis d’un jeu de faux miroirs, accessoires pleins de fantaisie poétique, cheval à bascule et cheval ailé, paravents sur roulettes, costumes mêlant styles et époques, -Hélène en déshabillé puis en robe de premier bal -. Les ballets enjoués, souvent drôles chorégraphiés par Ilaria Moretti, réussissent à commenter en mouvements les longues plages musicales des intermèdes qui meublent l’espace sonore entre deux scènes.

Filippo Maria Bressan, spécialiste du répertoire du 18ème siècle, dirige avec chaleur et conviction les jeunes musiciens de l’Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie et porte à bout de baguette et de regards les solistes des principaux rôles.

Nicolas Ziélinski, vraie révélation

Deux distributions se partagent les rôles féminins, le soir de la première la portugaise Rita Matos Alves sortie du Conservatoire Royal de Bruxelles révélait une projection claire et un legato en équilibre et une fort jolie présence tandis que Véronique Nosbaum, ancienne du Conservatoire de Liège après avoir étudié à Paris, campait un Amour/Eraste tout à fait charmant. Pour Paride/Pâris, un seul interprète, un animal rare, contre-ténor aigu, quasi sopraniste : Nicolas Ziélinski, élève de l’Ecole Normale de Musique de Paris, primé à Verviers en Belgique, est une vraie révélation dans cette tessiture même si le rôle de Paride l’oblige parfois à forcer ses aigus jusqu’au cri… au risque d’abîmer sa voix…

Paride ed Elena de Christoph Willibald Gluck, orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie, solistes et ensemble vocal issus du laboratoire L.T.L Opera Studio 2007 et membres du chœur de l’O.R.W., direction musicale Filippo Maria Bressan, mise en scène Andrea Cigni, chorégraphie Ilaria Moretti, décors et costumes Lorenzo Cutuli, lumières Fiammetta Baldiserri. Avec Nicolas Ziélinski, Rita Matos Alves (en alternance avec Esther Andaloro), Véronique Nosbaum (et Chiara Pieretti), Jasmine Daoud (et Stefania Campicelli) Girgia Cinciripi, Louisa Petais, Antonella Schiazza, Marco Rencinai, Matteo Pavlica.

Opéra Royal de Liège, les 17, 21, 23, 25 octobre à 20h, le 19 à 15h
+32 (0) 4 221 47 22 – www.orw.be

crédit photos : ©Jacques Croisier

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage,...

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