Nancy – Opéra National de Lorraine jusqu’au 22 juin 2010

Otello de Giuseppe Verdi

En panne….

Otello de Giuseppe Verdi

Il y a des jours comme ça, où rien ne va ou pas grand-chose. Il y a des productions comme ça ou rien ne réussit ou pas grand-chose. Au terme d’une saison riche de découvertes et de succès, notamment cette superbe Ville Morte de Korngold (voir webthea du 21 mai 2010) ou ces troublants Trouble in Tahiti doublé de l’Enfant et les Sortilèges (voir webthea du 22 mars 2010), l’Opéra National de Lorraine présente un Otello de Verdi, qui ne tourne pas tout à fait rond.

Un morceau de décor qui s’écroule et un ténor malade pour le rôle titre, c’était beaucoup de pépins à la fois pour une première représentation un dimanche après-midi de juin. Lors du deuxième lever de rideau mercredi soir le décor (éloquent) heureusement tenait debout et le ténor américain Philip Webb, encore souffrant, a quand même chanté du mieux qu’il pouvait et révélé malgré la fatigue un timbre puissant et de belles couleurs.

Les perruques font les personnages

Mis en scène par Jean Claude Berruti dans des décors et costumes de Rudy Sabounghi et dirigé par Paolo Olmi à la tête de l’Orchestre symphonique et lyrique de Nancy, cette nouvelle réalisation de l’avant dernier opéra de Verdi, composé en 1887 à l’âge de 74 ans, après 16 années de retrait, laisse un bon nombre de questions sans réponse. La première porte sur le « déguisement » dont est affublé le Maure de Venise : grimage chocolat noir et haute perruque crépue en broussaille afro qui transforme le pauvre Philip Webb, qui est blanc et de format robuste, en épouvantail échappé d’une brousse de BD. On sait que le héros doit avoir la peau mate mais de là à tomber dans la caricature négroïde il y a un pas que les ténors au teint clair interprète du rôle n’avaient jusqu’à présent jamais franchi.

Ici les perruques font les personnages : Iago est rouquin, Cassio arbore des bouclettes blondes et Desdémone qui se fond dans la silhouette gracile de la soprano japonaise Hiromi Omura est couronnée façon Mélisande d’une longue chevelure blond-blanc nordique. Elle ressemble à une collégienne égarée, lui à un potentat oriental. Ils sont visiblement incompatibles mais ils s’aiment – c’est écrit – et curieusement ils en deviennent attendrissants.

Des superbes jeux de lumières

La mise en scène de Berruti repose quasi exclusivement sur les décors et costumes de Sabounghi, scénographe et créateur de costumes qui a travaillé avec les plus grands noms du théâtre (Bondy, Lassalle, Grüber, Ronconi). Il fait du port de Chypre le point d’attache d’une garnison dans l’austérité des casernes et des administrations, hauts murs gris rongés d’humidité, mobilier réduit au strict nécessaire des années de guerre ou d’après guerre, uniformes et les costumes des années 40 ou 50 du 20ème siècle pour les « occupants » de l’île folkloriques pour ceux du petit peuple. Intemporels en quelque sorte. La mer est omniprésente, en tempête, en roulis, en reflets, en miroirs, en superbes jeux de lumières (Laurent Castaingt) où les ombres des personnages jouent des rôles à part entières.

Avec Verdi le chef italien Paolo Olmi sillonne un terrain familier mais a tendance à s’y croire seul avec son orchestre tant il tient peu compte de ce qui se passe – ou ne se passe pas - sur scène. Tantôt trop lent, tantôt trop exubérant et couvrant les voix. Celle du baryton Giovanni Meoni, large et précise, (Iago) lui résiste tout comme celle de Blandine Folio Peres en Emilia maternante tandis que celle du ténor Avi Klemberg (Cassio) s’érafle d’aigus acides. Hiromi Omura réussit à imposer son allure fragile et les sons de verre filé de sa voix délicate : pas puissante mais à la projection claire et au phrasé coloré. Son fameux "air du saule" et son agonie créèrent de beaux moments d’émotion.

Otello de Giuseppe Verdi, livret d’Arrigo Boito d’après Othello ou le Maure de Venise de Shakespeare. Orchestre symphonique et lyrique de Nancy, chœur de l’opéra national de Lorraine, direction Paolo Olmi, mise en scène Jean-Claude Berutti, décors et costumes Rudy Sabounghi, lumières Laurent Castaingt. Avec Philip Webb, Hiromi Omura, Giovanni Meoni, Avi Klemberg, Blandine Folio Peres, Igor Turcan, Ricardo Ferrari, Eric Freulon.

Nancy - Opéra National de Lorraine, les 16, 18 & 22 juin à 20h, les 13 & 20 juin à 15h
Réservation : 03 83 85 33 11 – www.opera-national-lorraine.fr

© Opéra national de lorraine

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage,...

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