Bruxelles – La Monnaie jusqu’au 11 mai 2012
Orlando de Georg Friedrich Haendel
Splendeurs musicales pour un Haendel enflammé
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- 24 avril 2012
- Critiques
- Opéra & Classique
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Sacré Ludovico Ariosto, dit l’Arioste ! Les colères de son Roland Furieux, parent de Charlemagne, échappé, de la Chanson du même nom, amoureux transi, jusqu’à la fureur a inspiré de bien belles pages musicales... Un siècle après sa parution en 1516, Lully donna le coup d’envoi dès 1685, suivi par Vivaldi (1727), par Haendel (1733) et par Haydn (1782)... Pour ne citer que les plus célèbres et toujours célébrés.
Trente et unième opus lyrique de Haendel sur les quarante deux opéras composés par ce très prolifique Allemand de Londres, Orlando sur un livret de Carlo Sigismondo Capece, est l’un des plus joués de son catalogue. Chassés croisés amoureux, coups de foudre et coups de tonnerre : le chevalier Orlando aime la reine Angelica qui aime le prince Medoro qui est aimé de la bergère Dorinda. Un écheveau de passions dont Zoroastre, mage et magicien, tire les ficelles...
Baroque comme B’Rock
Par un curieux concours de circonstances, ce chef d’œuvre n’avait jamais été joué à la Monnaie de Bruxelles. Peter de Caluwe, le patron de la maison, a eu la riche idée d’en confier la partition à un jeune ensemble belge, le Baroque Orchestra B’Rock, créé à Gand en 2005. Sous l’œil vigilant et la baguette de fin connaisseur de René Jacobs, autrefois chanteur aujourd’hui l’un des meilleurs chefs d’orchestre des répertoires de musique ancienne. Il consacra deux ans à la préparation de cette première bruxelloise. Direction vibrante, inspirée, dansante, instrumentistes habités, depuis les clavecins jusqu’aux cordes dominantes, en passant par les hautbois, les bassons et les percussions éclatant en orages. Et ces deux violes d’amour perchées dans un balcon côté cour qui, au troisième acte, accompagnent presque en sourdine le retour d’Orlando à la raison.
Innocence et malice
C’est un contre ténor américain qui lui prête sa jeunesse, ses tourments et son timbre capable de passer de la violence aigue à la plus infinie douceur. Le crâne glabre, le regard en dérive Bejun Mehta joue de la folie comme un enfant jouerait au yoyo, avec innocence et malice. Son Angelica, sa reine trop adorée, a les élans fulgurants, rageurs et le timbre lumineux de Sophie Karthäuser. Le Zoroastre de Konstantin Wolff, baryton basse peine à caser ses graves mais la mezzo soprano suédoise Kristina Hammarström se glisse avec naturel et une voix au medium satiné dans la peau de Medoro. Dorinda a pour interprète l’exquise Sunhae Im, soprano coréenne toute en légèreté et nuances pastel...
Talents variés
Côté musique on est comblé. Côté mise en scène, on reste divisé. A Paris, fin 2010 au Théâtre des Champs Elysées, les visions oniriques de David McVicar enchantaient par leur souriante ironie (voir WT du 10 novembre 2010). A Bruxelles, celles signées à par Pierre Audi met le feu aux sentiments, au sens propre comme au figuré. Directeur depuis 1988 de l’Opéra d’Amsterdam – un record de longévité à la tête d’un établissement public de musique -, il est un metteur en scène aux talents divers qui souvent adopte des perspectives déroutantes.
Après tout, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? A la Monnaie déjà, les deux Iphigénie de Gluck, tout comme Pelléas et Mélisande de Debussy avaient fait l’objet de réappropriations variées. A l’Opéra de Paris, il avait réussit à faire revivre une très belle Juive de Halévy mais son Orlando Furioso transformé en veillée funèbre au Théâtre des Champs Elysées faisait un curieux de pied de nez à la bonne humeur de Vivaldi (voir WT des 19 février 2007, 26 septembre 2008, 9 décembre 2009 et 18 mars2011).
Haendel n’a pas échappé à son plaisir de remises en questions. Alors que c’est au troisième acte que l’on apprend qu’Orlando a détruit le logis hospitalier de Dorinda, Pierre Audi joue aux incendiaires dès le lever de rideau. Les flammes amoureuses des personnages n’embrasent plus seulement leurs cœurs mais réduisent en ruines et en cendres les paysages bucoliques dont ils prétendent s’enchanter. Orlando pyromane devient pompier sous les ordres du capitaine Zoroastre qui, au deuxième acte, se transforme en voyou hippie flanqué de quelques sosies déglingués... Faut-il en rire ?
De belles images pourtant l’emportent, dans les lumières blanches toujours raffinées de Jean Kalman, ces monte-charges qui transportent les hommes et leurs mentors entre ciel et terre, ces arbres qui renaissent en feuilles printanières, ces maison qui se reconstruisent en bois blond. Une vidéo filme Orlando en course poursuite et en gros plans, trois amours ailés aux rondeurs grotesques replacent le tragique au rang des contes et des mythes : on se laisse prendre au jeu.
Orlando de Georg Friedrich Haendel. Baroque Orchestra B’Rock, direction René Jacobs. Mise en scène Pierre Audi, décors et costumes Christof Hetzer, lumières Jean Kalman, vidéo Michael Saxer. Avec Bejun Mehta, Sophie Karthäuser, Kristina Hammarström, Sunhae Im, Konstantin Wolff .
Bruxelles – La Monnaie, les 19, 21, 24, 26, 28 avril, 2, 4, 9 & 11 mai à 19h. Le 6 mai à 15h.
+32 (0) 70 233 939 – www.lamonnaie.be
Photos Bernd Uhlig





