Paris – Théâtre des Champs Elysées jusqu’au 9 novembre– en tournée à Dijon, les 20, 23, 25 novembre 2010

Orlando de Georg Friedrich Haendel

Je t’aime, moi non plus…

Orlando de Georg Friedrich Haendel

Les courses poursuite amoureuses du Roland Furieux/Orlando Furioso que Georg Friedrich Haendel (1685-1759) tira de l’Arioste pourraient se résumer dans le titre d’une chanson de Serge Gainsbourg : « Je t’aime, moi non plus ». Orlando aime Angelina qui aime Medoro qui est aimé de Dorinda dans un enchaînement de quiproquos et de querelles orchestrés par le mage-magicien Zoroastre. C’est cet écheveau d’intrigues et de rebondissements qui vibre au cœur du trente et unième des quarante trois opéras, composé entre 1732 et 1733 par le très prolifique Allemand de Londres.

Créé à Lille en septembre dernier la production actuellement en escale du Théâtre des Champs, son coproducteur, avant une tournée qui l’emmènera notamment à Dijon, doit principalement au metteur en scène écossais David McVicar son charme et sa fantaisie. Habitué au répertoire hændélien pour lequel il a déjà signé quelques réussites mémorables (Giulio Cesare, Semele…), il y déploie à nouveau sa fantaisie et son goût du burlesque en parfaite osmose avec les décors à transformations et les costumes coquins de Jenny Tiramani. Zoroastre, magicien légiste y prélève un cœur sur le cadavre d’un héros mort et en distribue des lambeaux pailletés en veux-tu en voilà, créant une confusion des sentiments qui fait passer la gloire derrière l’amour. Ce dont il se régale.

Les arias da capo habitées

Une toile peinte à la Watteau ouvre et referme les scènes, on y découvre les orgies des amours illicites, le salon, la chambre, le logis de Dorinda qui fait sécher son linge comme dans un film de Fellini ou qui, dans sa chambrette de servante-bergère, adresse à l’oiseau qui sautille dans sa cage son aria « quando spieghi - quand tu racontes tes tourments, amoureux rossignol ». Les nombreuses arias da capo sont habitées et illustrées par les ballets oniriques d’Andrew George, leurs échappées grotesques et fantastiques, personnages à têtes d’animaux, domestiques robotisés. Tout comme dans Semele, un personnage imprévu mène la danse, les chants et les sentiments : Cupidon, l’amour aveugle qui distribue les coups de cœur du bout de sa canne blanche et que Colm Seery sert de sa grâce androgyne.

Avec McVicar le merveilleux ne perd jamais ses droits et les réactualisations tellement à la mode restent chez lui lettres mortes, que ce soit avec Haendel, Mozart, Britten ou Wagner. Tout comme sa direction d’acteurs toujours empreinte de fantaisie.

Irrésistible Lucy Crowe

Ainsi Sonia Prina, la contralto italienne tant rodée aux personnages baroques, qui s’est glissée dans la peau du rôle titre, joue à fond ses dérives et sa folie, même si sa voix n’est pas tout à fait à la hauteur des enjeux. Au manque de puissance s’ajoute un son trop mat et une projection bridée. La danoise Henriette Bonde-Hansen campe une Angélique aristocratique, beau port de tête et timbre acidulé, le contre ténor Stephen Wallace, autre familier du répertoire, s’amuse visiblement en Medoro séducteur dépassé par ses propres pouvoirs tandis que Nathan Berg, baryton basse, fait descendre avec humour ses graves dans l’enfer des manipulations de Zoroastre. La palme de la distribution revient sans contestation possible à Lucy Crowe, irrésistible soprano anglaise, aussi déliée et souple de corps que de voix. Sa Dorinda a tout pour plaire, la fraîcheur et la souplesse, la justesse et la finesse, la sensibilité et le savoir faire.

Le Concert d’Astrée, la formation fondée il y a tout juste dix ans par Emmanuelle Haïm, en résidence à l’Opéra de Lille depuis 2004, est lui aussi un bon routier labellisé du répertoire baroque. Sur un mélange d’instruments anciens et modernes, il joue avec plus de correction que d’inspiration. La gestuelle enfiévrée de Emmanuelle Haïm ne déclenche pas l’enchantement attendu. C’est solide, un rien scolaire, il lui manque surtout ces bulles irisées que les Jacobs, Harnoncourt, Christie ou Hogwood ont fait pétiller à nos oreilles.

Orlando de Georg Friedrich Haendel livret adapté de Carlo Capeci d’après Orlando Furioso de l’Arioste, le Concert d’Astrée, direction Emmanuelle Haïm, mise en scène David McVicar, décors et costumes Jenny Tiramani, chorégraphie Andrew George, lumières Davy Cunningham. Avec Sonia Prina, Lucy Crowe, Henriette Bonde-Hansen, Stephen Wallace, Nathan Berg, Colm Seery .

Paris – Théâtre des Champs Elysées, les 3, 5, 7 & 9 novembre à 19h30

01 49 52 50 50 – www.theatrechampselysees.fr

Dijon - Auditorium Grand Théâtre, les 20, 23, 25 novembre

03 80 42 44 44

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage,...

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