Aubervilliers, Théâtre de la Commune jusqu’au 29 octobre 2010

OPIUM, d’après Les Paradis artificiels de Charles Baudelaire

Plaisir et dépendance

 OPIUM, d'après Les Paradis artificiels de Charles Baudelaire

En 1860, Charles Baudelaire réunit les deux parties d’un essai consacré à l’étude des psychotropes sous le titre Les Paradis artificiels. Après De l’Idéal artificiel, le Haschisch (1858), le second volet est essentiellement composé d’extraits de l’ouvrage autobiographique de l’auteur britannique Thomas de Quincey (1785-1859), paru en 1821, Les Confessions d’un mangeur d’opium anglais. A ce texte, l’auteur des Fleurs du mal intègre des réflexions personnelles sans véritablement livrer sa propre expérience, qui, avec de la prise thérapeutique de laudanum, le conduit à la consommation de substance opiacée. A cette époque, l’opium n’était pas frappé d’interdiction d’usage et bon nombre d’artistes se laissent tenter par ce qui semble stimuler leur créativité et ouvrir leur imaginaire. Une relation abordée à travers ce récit qui en éclaire sous une forme poétique les soulagements et plaisirs obtenus porteurs de visions merveilleuses , comme les lendemains terribles qui déchantent et les servitudes et la dépendance qui les accompagnent. Sans complaisance, mais avec une acuité et une profondeur qui rendent sensible les rapports entretenus avec ce pourvoyeur de “paradis” portés aux limites de l’introspection mentale. Ni apologie, ni condamnation, mais avec toutefois un besoin de moralisation - dont la portée n’est cependant pas toujours évidente - surtout traduite par Baudelaire sous la forme interrogative d’une exhortation à l’abstinence : “ Qu’est-ce qu’un paradis que l’on achète de son salut éternel ? ”, à laquelle chacun peut apporter sa propre réponse.

C’est ce texte singulier que le metteur en scène et marionnettiste de talent Ezéquiel Garcia-Romeu a librement adapté (avec Marion Bottolier). Pour une version scénique dont les formes tendent à rejoindre les territoires suscités par la consommation d’opium. “ Un vaste théâtre de prestidigitation et d’escamotage, où tout est miraculeux et imprévu”. Au cœur d’un dispositif en léger arc de cercle bordé de rideaux noirs, une table de billard surmontée d’une boîte à lumière mobile de même dimension, sert de scène aux apparitions et aux visions qui semblent issues de rêves opiacés. Jeux d’ombres et de lumières, brumes et fumées, objets et accessoires, marionnette de Thomas de Quincey, répondent au fines manipulations de Garcia-Romeu (invisible sous la table) en accompagnant la progression de cette confession – narration portée avec densité et finesse par Redjep Mitrovitsa. Sa présence, son regard et ses paroles expriment avec tensions et nuances la dualité et les paradoxes issus de la consommation de l’opium, tout en restituant la force poétique de la langue de Baudelaire. Un spectacle qui ouvre souvent sur une forme de rêverie envoutante obtenue sans substance prohibée.

Opium, librement inspiré des Paradis artificiels de Charles Baudelaire, adaptation Marion Bottolier et Ezéquiel Garcia – Romeu, mise en scène, espace scénique, marionnettes et accessoires, Ezéquiel Garcia – Romeu, avec redjep Mitrovista et Ezéquiel Garcia – Romeu. Durée : 1 heure. Théâtre de la Commune d’Aubervilliers jusqu’au 29 octobre 2010. En tournée du 15 au 30 novembre 2010 au Liban, Syrie et Israël.

© Brigitte Enguérand

A propos de l'auteur
Jean Chollet
Jean Chollet

Jean Chollet, diplômé en études théâtrales, journaliste et critique dramatique, il a collaboré à de nombreuses publications françaises et étrangères. Directeur de publication de la revue Actualité de la Scénographie de 1983 à 2005, il est...

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