Paris, Lucernaire jusqu’au 12 janvier 2012
Marie Tudor de Victor Hugo
Mélo top niveau

Parfait mélodrame ! Un homme a élevé une jeune fille pour s’en faire aimer. Elle lui échappe pour aimer un jeune homme, qui est le favori de la reine. Et Marie Tudor est sans pitié. Elle fait emprisonner et son amant et celui qui a pris soin de la jeune fille, dont on apprend qu’elle est de sang royal. Le coup de théâtre final sera superbe : l’homme sauvé in extremis ne sera pas celui qu’on croit. Face à cette littérature échevelée, ou, comme Antoine Vitez le fit en confiant le rôle-titre à Nada Strancar, on fait palpiter les secrets sentimentaux et politiques du texte, ou on simplifie cette construction compliquée pour lui donner une vérité de thriller à la fois romantique et contemporain. C’est ce que fait Pascal Faber, tout en creusant les antithèses et les ressemblances (la reine et sa rivale se ressemblent, elles sont l’image de l’autre).
Largement allégée, la pièce file à un bon rythme, dans une atmosphère soigneusement nocturne et angoissante. Florence Cabaret est une Marie Tudor belle et intense, qu’entourent des acteurs précis et secrets. L’ensemble constitue un travail de jeune compagnie de grande qualité, où la pauvreté de moyens mis en jeu permet une esthétique qui ne fait regretter aucune production dotée de lingots et d’effets. On peut parier sur l’avenir du metteur en scène Pascal Faber ou mieux, sans attendre, saluer cette Marie Tudor qui enveloppe le spectateur dans un grand manteau de mots et d’ondes noirs.
Marie Tudor de Victor Hugo, mise en scène de Pascal Faber assisté de Sophie Lepionnier, scénographie de Doriane Boudeville, costumes de Cécile Flamand, lumières de Sébastien Lanoue, avec Pierre Azema, Florence Cabaret, Stephane Dauch, Pascal Guignard, Frédéric Jeannot, Florence Le Corre, Sacha Petronijevic, Flore Vannier-Moreau. Lucernaire, 21 h 30, tél. : 01 42 22 26 50, jusqu’au 12 janvier 2012. (Durée : 1 h 40).
© David Krüger



