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Marc Lesage, nouveau directeur du Théâtre de l’Atelier :

par Dominique Darzacq

Ne pas trahir l’héritage

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Par sa géographie comme par son histoire, le Théâtre de l’Atelier occupe une place à part dans le panorama du théâtre privé. Né hors Paris, au cœur de ce qui était alors le village d’Orsel à flanc du Mont des martyrs, de théâtre Montmartre en théâtre de quartier, en passant par théâtre du peuple, il connut divers avatars et fortunes avant qu’en 1922, Charles Dullin chef de troupe impécunieux mais déterminé, n’y installe sa compagnie baptisée l’Atelier et en fasse, contre vents et marées le haut lieu de ce qu’il voulait « un théâtre de la poésie et de la réflexion », refusant en adepte de Copeau dont il fut le collaborateur, de faire « du critère mercantile la pierre angulaire de ses choix en matière de programmation ». La même volonté anima ses dignes successeurs et aussi créateurs que furent André Barsacq puis Pierre Franck. « Comme beaucoup de vieux théâtres, celui-ci est particulièrement peuplé de fantômes. Mais ce sont des fantômes bienveillants. On y sent le souffle, la respiration de tous ces gens qui avaient une vraie foi dans l’art et le partage de l’art et mettaient toute leur énergie, souvent avec peu de moyens, à faire vivre ce lieu. Ils nous font obligation de faire honneur à l’histoire de ce théâtre qui n’est pas anodine », explique Marc Lesage qui a pris, comme on relève un défi, la direction artistique du Théâtre de l’Atelier au mois de janvier dernier.
Des coexistences inéluctables
Une décision qui accélère on ne peut mieux le rythme cardiaque même si , comme Marc Lesage, comédien et metteur en scène de formation, on arpente les allées du théâtre depuis plus de vingt ans en tenant les rênes de nombreux centres culturels et entreprises théâtrales. Pour lui qui jusqu’à présent a officié dans le domaine relativement confortable du théâtre subventionné, accepter l’offre du nouveau propriétaire, Antoine Courtois, de prendre en charge le destin artistique de l’Atelier, c’est, en toute logique de parcours, mettre en pratique, à partir d’un autre versant, la coexistence du théâtre public et du théâtre privé. « Non seulement je ne les ai jamais mis en concurrence, mais je les estime complémentaires. En tant que directeur d’entreprises culturelles subventionnées soucieux d’élargir son public, j’ai eu l’occasion de nouer pas mal de partenariats avec le théâtre privé. Je me suis dit qu’il était temps de le faire du point de vue du théâtre privé ». Dans un sens ou dans l’autre, ce type de coopération en ces temps de disette financière pourrait, pense-t-il, « être un des moyens du développement artistique et culturel. On voit bien maintenant que la pénurie des fonds publics touche l’ensemble du territoire, que créer de nouveaux spectacles devient compliqué pour tout le monde. Ça l’est pour le secteur subventionné, ça l’est pour le secteur privé. Je pense qu’il y a moyen d’optimiser l’un et l’autre à travers des collaborations élaborées de manière intelligente et consensuelle »
Allier audace et équilibre financier
En ouvrant sa direction avec la reprise de Premier amour de Samuel Beckett avec Sami Frey « au sommet de son art », Marc Lesage affichait ses visées artistiques en même temps qu’il répondait à une situation d’urgence créée par la précarité financière dans laquelle il a trouvé le théâtre qu’il dirige. « Le Théâtre a essuyé de très lourdes pertes sur l’année 2018. Il a fallu rebâtir le fonctionnement de cette maison, dans une économie extrêmement réduite. Il n’y a pas de fonds de roulement, pas d’argent dans les caisses. Pour prendre une image concrète, tous les matins, lorsque vous mettez la clé dans la serrure d’un théâtre comme celui-ci vous faites un chèque de 4000€. Ce n’est pas rien. Il nous faut chercher l’argent ailleurs, trouver des alternatives » explique Marc Lesage pour qui devant une telle situation, « soit on abandonne, soit on se retrousse les manches ». Il a donc choisi la deuxième option, bien décidé à conjuguer audace créative et équilibre financier, à élargir le cercle des spectateurs autour d’œuvres ambitieuses ou inédites, « les gens sont heureux que nous leur fassions découvrir des œuvres ou un auteur, ils se sentent défricheurs à nos côtés et s’investissent pour parler de leur découverte autour d’eux. C’est ce type de relation au public que je souhaite développer ».
La prochaine saison sous le signe du risque et de la popularité
Mettre sur pied la programmation d’un théâtre ne se fait pas d’un claquement doigt, les projets s’y élaborent souvent de longue haleine. À la manœuvre depuis cinq mois seulement, Marc Lesage a dû mettre les bouchées doubles pour bâtir la prochaine saison. De ce qui s’en dessine aujourd’hui, elle conjugue le risque et la popularité. Ce sera dès janvier prochain la découverte d’un auteur, Georges Naudy, avec Rendez-vous rue de Bièvre que mettra en scène Eric Sivagnan. Interprétée par Philippe Magnan et Cyril Elbin, la pièce relate l’entretien qu’ont eu en 1981 François Mitterrand et Michel Rocard, l’un et l’autre ne s’étant pas encore déclarés candidats.. Plus tard ce sera trois courtes pièces de Tchekhov avec Jacques Weber dans une mise en scène de Peter Stein. Emeline Bayart l’inoubliable Bécassine de Bruno Podalydès, réalisera sa première mise en scène avec On Purge bébé de Feydeau. Puis ce sera, sous la houlette de Didier Bezace Le Neveu de Rameau de Diderot avec Pierre Arditi et Bruno Abraham-kremer.
Inscrire des œuvres essentielles sur la durée.
« Le théâtre privé, qui n’a pas de mission de service public qui oblige à multiplier l’offre, a pour lui l’avantage de la durée qui laisse au public le temps de découvrir les œuvres. En nos temps d’urgence permanente où tout s’accélère dans une consommation zapping, proposer des œuvres fondamentales et les inscrire dans la durée me paraît essentiel » affirme Marc Lesage qui met à l’affiche à partir du 29 mai prochain, Mademoiselle Julie de Strindberg. Un tragique et poignant huis clos, où, pendant la nuit de la Saint Jean une jeune aristocrate, Julie interprétée par Anna Mouglalis, s’abandonne à ses désirs sensuels dans les bras du valet de son père, Jean que joue Xavier Legrand. Dirigés à leur demande par Julie Brochen qui joue également Kristin, « la complicité et l’ambivalence du couple que forment les deux comédiens en scène » estompe la noirceur de l’œuvre, et le bras de fer que se livre Julie et Jean devient plus complexe et plus intéressant. La pièce estime Marc Lesage, « est d’une étonnante modernité, à travers la lutte des cerveaux chère à Strindberg , il s’agit de la place qu’on occupe dans la société, du rapport homme femme et de la lutte des classes. Des questions on ne peut plus actuelles. Elle est de ces œuvres qui traversent les époques et sont le miroir de notre société ». En somme de celles essentielles à inscrire dans la durée et d’insuffler au théâtre privé l’esprit du service public
Photo ©DR

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