Paris – Théâtre du Châtelet jusqu’au 22 mai 2010
Magdalena de Heitor Villa-Lobos
Entre forêts tropicales et gastronomie française, une drôle d’aventure musicale
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- 21 mai 2010
- Critiques
- Opéra & Classique
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« A musical adventure » est le sous-titre de cet opéra-comédie musicale « exotique » du compositeur brésilien Heitor Villa-Lobos créé en 1948 à Los Angeles par Jules Dassin et qui n’avait jamais été présenté en France. C’est chose faite enfin au Châtelet où Jean-Luc Choplin poursuit obstinément sa politique de redécouvertes d’œuvres rares ou oubliées.
Contrairement à ce que laisse supposer son titre, Magdalena n’est pas le nom d’une héroïne, mais celui, réel, du fleuve qui traverse la Colombie, une Colombie imaginaire que Villa-Lobos transforme en melting pot musical de révolution et de bigoterie. On y rencontre une un missionnaire chargé de convertir les Indiens sauvages de la tribu des Muzos devenus ouvriers dans une mine d’émeraudes, un général dictateur qui les exploite et les réduit en esclavage, un révolutionnaire qui leur dicte la rébellion, une bigote amoureuse qui veut les calmer par la bonne parole, une cuisinière française en villégiature gastronomique et une statue de la Vierge… C’est une histoire à dormir debout cousue d’intrigues de bazar tropical. Villa-Lobos (1887-1959) la pimente de tout son savoir faire et savoir composer hérité de ses études classiques à Rio de Janeiro, de sa passion pour les chants traditionnels des campagnes brésiliennes, de ses séjours parisiens où il se frotta à l’élite musicale française, et, in fine, de son attirance pour ce genre nouveau né à Broadway : la comédie musicale.
Inventif en diable
On trouve de tout cela dans Magdalena, la richesse de son langage polyphonique, la couleur locale du folklore brésilien et quelques autocitations tirées des œuvres qui l’ont rendu célèbre, notamment ses Choros. C’est inventif en diable, presque trop pour le carcan traditionnel américain des « musicals », ce qui explique sans doute le sous-titre d’ « aventure » et la rareté de son exploitation scénique.
Décors et mise en scène ont un parfum d’Hollywood, forêts tropicales et forêt de lampions, terrasse de bistrot montmartrois, les couleurs giclent, les costumes se font carnaval, les danseurs se déhanchent dans des chorégraphies pas toujours précises, les acteurs-chanteurs allient leurs fantaisies à leur sens du rythme : François Le Roux caricature un impayable général tyran d’opérette, Mlamli Lalapantsi, ténor d’Afrique du Sud, roule les mécaniques de la rébellion et des grands sentiments, Marie-Eve Munger roucoule en Maria la bigote énamourée et Aurélia Legay régale en truculente cuisinière parigote.
Magdalena, « a musical adventure » de Heitor Villa-Lobos, orchestre Symphonique de Navarre, direction Sébastien Rouland, mise en scène Kate Whoriskey, décors Derek McLane, costumes Paul Tazewell, chorégraphie Warren Adams, lumières Alexander Koppelmann. Avec Marie-Eve Munger, Aurélia Legay, Mlamli Lalapantsi, François Le Roux, Victor Torres, Harry Nicoll, Vincent Ordonneau, Mathew Gonder.
Théâtre du Châtelet, les 18,19,20,21 & 22 mai à 20h
01 40 28 28 40 – www.chatelet-theatre.com




