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Critiques / Opéra & Classique

Macbeth de Giuseppe Verdi

par Caroline Alexander

En noir et blanc comme au cinéma, un Macbeth d’anthologie

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Fin de saison en apothéose au Grand Théâtre de Genève. Macbeth de Verdi dirigé par Ingo Metzmacher, mis en scène par Christof Loy avec Jennifer Larmore dans une prise de rôle hallucinée offre un grand moment de musique et de théâtre.

De Florence à Paris, de 1847 à 1865, Verdi travailla sur le « melodramma » qu’il tira de la tragédie de Shakespeare jusqu’à y greffer pour l’édition parisienne quelques ballets que la production genevoise a conservés et qui lui donne une pointe de dérision, un sourire en coin. Sorcières en folie, sexes mélangés, femmes à barbes et hommes en tutus interviennent comme pour accompagner l’inexorable marche vers la folie et la mort de ceux qui ont succombé à l’ivresse du pouvoir.

L’homme de théâtre allemand Christof Loy est connu pour son goût des transpositions dans le temps, une radicalité qu’il partage avec nombre de « régisseurs » - c’est à dire de metteurs en scène - d’outre-Rhin. Macbeth n’échappe pas à la tendance mais la transcende en se posant dans une sorte d’intemporalité qui en fait la force et la beauté.

Du cinéma à la façon d’Hitchcock

Le décor, un palais cathédrale aux murs monumentaux n’a pas d’âge, vestige des puissances d’autrefois il est d’hier et d’aujourd’hui, son grand escalier s’ouvre sur l’entrée des dominants, la table du banquet est garnie de bougeoirs que personne n’allumera, la veste de Banquo a été oubliée sur une chaise. Sa vue déclenche le délire de Macbeth soudain confronté à ses crimes. Les costumes semblent sortir d’un film des années 30, tout le spectacle se calque sur des effets d’un ciné d’antan en noir, blanc et gris fumé dans des lumières distillatrices d’angoisse à la façon d’Hitchcock tel ce flash back en ouverture qui fouille la mémoire et se fait dérouler la tragédie.

Jennifer Larmore, vraie tragédienne

Lady Macbeth a la beauté du diable, la sécheresse d’un pied de vigne, le coupant d’un sabre. Pour la mezzo soprano américaine Jennifer Larmore, belcantiste renommée, familière de Massenet, de Rossini, d’Alban Berg cette Lady Macbeth constitue une double prise de rôle, pour le personnage évidemment et surtout pour Verdi dont elle n’avait jamais abordé le répertoire. Le résultat donne le tournis. Avec une voix qu’on n’imaginait pas vraiment taillée pour cet emploi, elle réussit à obtenir un spectre de nuances entre ombre et lumière jusqu’à cette raucité que Verdi souhaitait lui attribuer. Son investissement dramatique est total, sa présence magnétique, la chanteuse se double d’une vraie tragédienne.

Ingo Metzmachher en parfaite osmose avec les chanteurs et Verdi

A côté d’elle ses partenaires ont du mal à se mettre au diapason de sa performance. Le baryton italien Davide Damiani finit par imposer son Macbeth, homme de paille tiraillé entre sa conscience et son appétit de grandeur, au détriment d’une projection parfois inégale mais au jeu constamment en situation. Les graves du baryton basse Christian Van Horn expriment sans faillir la noblesse de Banco, Andréa Caré traduit avec la même intensité l’héroïsme de Macduff.

Les chœurs maison sont superbement mis en voix et en mouvements par la jeune taiwanaise Ching-Lien Wu.

L’ensemble de la distribution se distingue aussi par un impeccable phrasé de la langue italienne dont les syllabes se révèlent aussi audible que les notes qui les sertissent. Il est vrai que dans la fosse Ingo Metzmacher, à la tête de l’Orchestre de la Suisse Romande, dirige ses musiciens en osmose totale avec les chanteurs, sans jamais couvrir leurs voix tout en restant, chose si rare, d’une parfaite fidélité à Verdi, ses rages, sa noirceur et son humanité.

Le Grand Théâtre de Genève retrouvera ses battues la saison prochaine pour le démarrage et la suite du grand pari de toutes les maisons d’opéra : une nouvelle Tétralogie, le Ring fameux de Richard Wagner que Tobias Richter le directeur vient de mettre sur orbite. Coup d’envoi : le 9 mars 2013, au cœur de la nouvelle saison qui commencera en septembre par la création mondiale de JJR, opéra philosophique confié au compositeur Philippe Fénelon pour fêter le tricentenaire de la naissance du « citoyen de Genève » que fut Jean-Jacques Rousseau.

Macbeth de Giuseppe Verdi livret de Francesco Maria Piave et Andrea Maffei d’après la tragédie de Shakespeare. Orchestre de la Suisse Romande direction Ingo Metzmacher, chœurs du Grand Théâtre de Genève, direction de Ching-Lien Wu, mise en scène Christof Loy, décors Jonas Dahlberg, costumes Ursula Renzenbring, chorégraphie Thomas Wilhelm. Avec Jennifer Larmore, Davide Damiani, Christian Van Horn, Andrea Caré, Natalia Gavrilan, Christophe Balissat, Emilio Pons, Quentin Rychner, Khachik Matevosyan, Björn Bürger, Daniela Stoytcheva, Wolfgang Barta, David Ferreira.

Grand Théâtre de Genève les 13, 15, 18, 21 & 26 juin à 20h, le 24 juin à 15h.

+41 22 418 31 31 – www.billetterie geneveopera.ch

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