Opéra National de Paris – Bastille jusqu’au 1er avril 2011

Luisa Miller de Giuseppe Verdi

Le charme paisible des chromos à l’ancienne, l’ivresse des voix

Luisa Miller de Giuseppe Verdi

Lors de sa création en février 2008, cette trop sage vision d’un opéra de Verdi qui n’avait plus été représenté à l’Opéra de Paris durant un quart de siècle, avait fait sourire. Trois ans plus tard, après les niaiseries trash du Ring de Wagner revu par Günter Krämer (voir webthea des 19 février 2008 et 8 mars 2011), la joliesse carte postale des décors et costumes de William Orlandi, et l’absence de fatuité du metteur en scène belge Gilbert Deflo apparaissent presque comme un idéal de simplicité et de bon goût.

On pourra encore chipoter sur le degré zéro de la direction d’acteurs qui se contente de planter les interprètes face au public la main sur le cœur, l’excellence de la distribution, la personnalité des chanteurs et l’orchestre enflammé par la direction de Daniel Oren contrebalancent largement l’écueil, même si un petit sourire en coin reste de mise. Il en va ainsi des mélodrames au romantisme échevelé qui tout à la fois amusent et continuent d’émouvoir. La triste saga de Luisa, fille d’un brave soldat à la retraite qui croit aimer et être aimée d’un paysan de son village qui est réalité le fils du seigneur des lieux, fait partie de ces histoires d’amour chères à la littérature et au théâtre du XVIIIème siècle, et qui immanquablement finissent mal.

Arias qui font monter les larmes, duos sublimes

En 1849, à la création de Luisa Miller, Verdi n’avait pas encore abordé la voie royale de ses futurs triomphes, les Rigoletto, Traviata, Il Trovatore ou autre Aïda mais sa musique déjà respire large, les grands airs font valser l’imaginaire et s’impriment dans la mémoire pour être fredonnés. Arias qui font monter les larmes, duos sublimes, tout est déjà en place et l’on se demande par quelle paresse ou négligence cette Luisa connaît si peu les honneurs de la scène. Verdi en puisa le sujet dans Kabale und Liebe/Intrigue et Amour du poète et dramaturge allemand Friedrich Schiller et reste fidèle à son paysage de campagne tyrolienne.

Deflo sans détour ni forfanterie lui restitue le même cadre, campagne en pentes douces s’ouvrant derrière un arc de cercle en demi-lune, piliers noirs et arcades menaçantes du palais princier. Dans la fosse le chef israélien Daniel Oren est un spectacle à lui tout seul. Il saute, il danse, sa baguette voltige, on imagine qu’il chante mentalement en se projetant dans chaque personnage, chaque interprète. Cela pourrait paraître cabotin, mais c’est une vraie fièvre qu’il transmet à l’orchestre qui le suit quasi amoureusement. C’est Verdi tout feu, tout flamme avec ses plages d’ombres et de mélancolie.

Des voix d’or fin

Des voix d’or fin couronnent l’ensemble : Marcelo Alvarez projetant en grâce et émotion les tourments de l’amoureux manipulé – malgré quelques maux de ventre le soir de la première -, Franck Ferrari toujours vert et en puissance retenue en père vertueux, l’excellente basse bulgare Orlin Anastassov en comte Walter coléreux, la basse arménienne Arut Jun Kotchinian perverse à souhait en Wurm le traître, Maria José Montiel, touchante et digne Federica. Enfin, la belle révélation de la soprano bulgare Krassimira Stoyanova dans le rôle titre : son engagement, ses aigus satinés, son legato au phrasé fluide, la richesse de ses couleurs en font une Luisa idéale.

Avec les chœurs toujours impeccables de l’Opéra de Paris, la soirée est sans surprise mais bien agréable à vivre ou revivre.

Luisa Miller de Giuseppe Verdi, livret de Salvatore Cammarano d’après le drame Kabale und Liebe de Friedrich Schiller. Chœur et orchestre de l’Opéra National de Paris, direction Daniel Oren, Alessandro di Stefano chef de chœur, Mise en scène Gilbert Deflo, décors et costumes William Orlandi, lumières Joël Hourbeigt. Avec Krassimira Stoyanova, Marcelo Alvarez (et Roberto de Biasio le 26 mars), Franck Ferrari, Orlin Anastassov, Maria José Montiel, Arut Jun Kotchinian, Elisa Cenni

Opéra National de Paris-Bastille, les 7, 10, 17, 24, 26, 29 mars, le 1er avril à 19h30, les 13 et 20 mars à 14h30.

08 92 89 90 90 - +33 1 71 25 24 23 – www.operadeparis.fr

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage,...

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