Paris - Opéra Bastille du 14 février au 12 mars 2008
Luisa Miller de Giuseppe Verdi
Verdi en chromos tyroliens
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- 19 février 2008
- Critiques
- Opéra & Classique
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On n’avait plus vu Luisa Miller à Paris depuis un quart de siècle. Son retour était attendu avec curiosité et appétit car l’œuvre, antérieure aux chefs d’œuvre qui firent la renommée planétaire de Verdi, n’en contient pas moins de superbes pages musicales, des arias à faire pleurer et de sublimes duos. Comme écrasée par la vogue et les vagues des Rigoletto, Traviata et autre Trovatore, le drame tiré de Kabale und Liebe – Intrigue et Amour de Friedrich Schiller, est trop rarement joué. Il y a 25 ans, sa dernière production affichait un certain Luciano Pavarotti...
La revoici donc enfin, cette sombre histoire de complot où une brave fille de soldat à la retraite découvre qu’elle est amoureuse du fils du seigneur du village alors qu’elle croyait n’aimer qu’un simple paysan. La méprise pourrait s’achever sur un dénouement heureux mais nous sommes en royaume tragique et des vilains vont mettre leurs bâtons dans les roues de l’idylle. Le plus méchant s’appelle Wurm, ce qui en allemand signifie, au choix, ver de terre ou dragon. Ce ver-là, épris de la même étoile, va donc élaborer une intrigue diabolique, en se servant du comte pater familias qui espère marier son fils à sa duchesse de nièce, tombée en veuvage opportun. D’un père à l’autre, de la fille au fils, l’amour filial tisse la toile de fond du drame au même titre que l’amour passion. Puis tout cela, en bonne logique dramatique, finira mal…
Des montages aux mamelons en pentes douces
Comme Schiller, Verdi situe l’action dans la verte campagne du Tyrol. C’est l’angle retenu par le metteur en scène belge Gilbert Deflo dans la production qui vient d’être créée à l’Opéra Bastille. Pour ce qui est des paysages, tout est parfaitement en place dans les décors de William Orlandi, un arc de cercle en demi lune découvre tantôt des prés et des montagnes aux mamelons en pente douce, tantôt les sombres arcades du palais princier, suivant que l’on se trouve chez les gens simples de la paysannerie ou chez les nantis de l’aristocratie. C’est joli à voir, tout simple pour ne pas dire simplificateur.
Un premier degré d’honnête artisan
Dans une maison d’opéra qui affectionne les remises en question radicales, ce premier degré d’honnête artisan peut dérouter les amateurs de choc et sans doute apaiser les traditionalistes grognons qui aiment tant les huées. Sans passer d’un extrême à l’autre on pouvait espérer un point de vue, une idée directrice par delà l’anecdote… Mais rien ne se dégage et l’absence de direction d’acteurs, cet atout majeur, renforce le côté chromo pour dépliant touristique… Les chœurs comme les solistes chantent face au public, souvent raides comme points d’exclamation.
Les voix font le suc et le sel de la production
Heureusement ils chantent bien. On ne dira jamais assez l’excellence des chœurs de l’Opéra de Paris, toujours impeccables, qu’ils soient ici paysans/paysannes en costumes tyroliens, ou là, déployés en laquais en cols et gants blancs. Massimo Zanetti, pour la première fois dans la fosse de l’Opéra de Paris, dirige avec doigté et élégance mais manque parfois de feu pour ce Verdi déjà flamboyant. Les voix font le suc et le sel de la production, le duo Wurm/Walter par la basse coréenne Kwangchul Youn et la basse russe Ildar Abdrazakov coule comme plomb fondu, la chaleur du timbre de la mezzo espagnole Maria José Montiel en duchesse séduit malgré un jeu outré, la noblesse et la grandeur du ténor mexicain Ramon Vargas projetant en finesse et émotion « Quand el sere al placido » enchante l’oreille, et, dans le rôle titre, la jeune soprano américaine Ana Maria Martinez jongle, dans ses nombreuses arias, avec de moyens d’une jolie musicalité auxquels il manque encore la rondeur qui fait le velouté de sa tessiture. « Piangi, piangi » et le trio final achève en beauté la soirée.
Luisa Miller de Giuseppe Verdi, livret de SalavatoreSalvatore Cammarano d’après Kabale und Liebe de Friedrich Schiller. Chœur et orchestre de l’Opéra National de Paris, direction Massimo Zanetti, mise en scène Gilbert Deflo, décors et costumes William Orlandi, lumières Joël Hourbeigt. Avec Ildar Abdrazakov, Ramon Vargas, Maria José Montiel, Kwangchul Youn, Andrzej Dobber, Ana Maria Martinez, Elisa Cenni.
Opéra Bastille, les 14,17,20,23,26,29 février, 2,5,8,12 mars à 19h30 –
08 92 89 90 90 – www.operadeparis.fr
Crédit : F. Ferville / Opéra national de Paris
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