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Critiques / Théâtre

Lettres d’amour à Staline de Juan Mayorga

par Jean Chollet

Les fantômes du Kremlin laissent de glace

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Après Le Chemin du ciel (2007) puis Le Garçon du dernier rang (2009), Jorge Lavelli aborde une nouvelle fois l’écriture du jeune auteur prolifique espagnol Juan Mayorga, qui connaît depuis quelques années une large audience internationale.

Ces deux pièces, évoquant respectivement l’Holocauste et une mise en abyme caustique de l’éducation et de la manipulation, avaient permis de découvrir et d’apprécier une dramaturgie originale traitant de préoccupations politiques et sociales universelles. Comme bon nombre de ses pièces, ces Lettres d’amour prennent leur source autour de faits et de personnages historiques. Elles se situent en Union soviétique vers la fin des années 1920, durant lesquelles le grand écrivain Mikhaïl Boulgakov (1891-1940) est victime d’une mise à l’écart imposée par Staline. Ses œuvres sont interdites et il écrit au dirigeant despotique du Kremlin pour plaider sa cause et obtenir le droit de quitter l’U.R.S.S. sans recevoir de réponse. Pourtant, un jour il reçoit un appel téléphonique interrompu de sa part, lui proposant une rencontre restée hypothétique. C’est à partir de cette situation que s’engage la pièce de Mayorga qui réunit le couple Boulgakov. Lui, plongé dans les affres d’une torturante attente qui altère ses jugements et provoque ses obsessions et fantasmes. Elle, tentant de l’aider jusqu’à s’identifier à Staline. Celui-ci apparaît dans une présence fantomatique pour engager des dialogues avec le futur auteur du roman Le Maître et Marguerite. A travers ces évocations à même de susciter une véritable réflexion sur les relations de l’artiste avec le pouvoir – et inversement – on pouvait attendre de Mayorga une fine analyse et une forme plus percutante.
Or, il ne fait que survoler le sujet, sa pièce manque de développement et de profondeur. Elle reste le plus souvent entre la répétition et l’anecdotique. Et ce n’est pas la mise en scène assez conformiste de Jorge Lavelli, ni l’interprétation de trois bons comédiens (Luc-Antoine Diquero –Boulgakov, Marie-Christine Letort – Boulgakova et Gérard Lartigau – Staline) qui parviennent à sauver un spectacle qui manque d’intensité dramatique.

Lettres d’amour à Staline de Juan Mayorga, texte français Jorge Lavelli et Dominique Poulange, conception et mise en scène Jorge Lavelli, avec Luc-Antoine Diquero, Gérard Lartigau, Marie-Christine Letort. Scénographie Gracielá Galan et Jorge Lavelli, costumes Gracielá Galan, lumières Gérard Monin et Jorge Lavelli, son Stéphane Gibert. Durée 1 h 30. Théâtre de la Tempête – Paris jusqu’au 29 mai 2011.

© L. Lot

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