Parcours Enfance & Jeunesse au TDV. Du 14 au 17 octobre, jeudi 15 octobre 10h (sco) & 14h30 (sco), vendredi 16 octobre 10h (sco) & 19h, samedi 17 octobre 14h & 19h au TDV - Théâtre De la Ville - Sarah Bernhard, La Coupole.

Les Pensées, texte - Actes Sud-Papiers - Nicolas Doutey, mise en scène Sylvain Maurice.

Découvrir la pensée, la liberté et le bonheur de vivre en échangeant avec l’autre.

Les Pensées, texte - Actes Sud-Papiers - Nicolas Doutey, mise en scène Sylvain Maurice.

Les Pensées de Nicolas Doutey fait partie, avec AH et Bouger les lignes, des « Trois pièces drôles et inoffensives qui prennent de la hauteur et bouleversent notre réception du réel », comme le rappelle avec facétie en sous-titre l’ouvrage publié aux éditions Actes Sud-Papiers, 2026.

Pour ce premier texte destiné au jeune public, Nicolas Doutey met en situation dans une belle naïveté ludique, les jeunes Ida et Paul qui tombent des nues : ils découvrent, étonnés, qu’ils pensent - un jeu, un apprentissage burlesque et libre sur un chemin enthousiaste d’expérience en découverte.

Paul et Ida, dans Les Pensées, attendent l’arrivée de Bill, quelqu’un de populaire qu’ils aiment bien. Le temps d’un abandon, ils prennent conscience qu’ils sont en train de penser. Ce nouveau champ, insolite et infini, sous-tend tous les questionnements. Un dialogue, manière « café philo » ou « séance » accélérée de bricolage, avec concert de fourchettes et danse spontanée.

Dans cette improvisation, les personnages sont confrontés à la nouveauté et à l’inédit en se frottant à l’expérience de penser. Le spectacle s’adresse aux enfants à travers la naïveté d’un duo juvénile dans la découverte d’une réflexion immédiate, à la fois enfantine et adulte, et perspicace avant tout.

L’histoire sensible qu’on raconte suit une progression dramatique : on découvre « qu’on pense », et « penser c’est agréable ». Ensuite « qu’une pensée peut se partager par les mots, en se parlant ». Mais aussi que « penser est synonyme de liberté ». Mais encore que « penser, ça a des conséquences », etc. À la toute fin, nos deux héros veulent des pensées « qui dépotent », ce qui est une fin très positive, un appel à l’imagination.

Qu’Ida soit là, marchant sur la plaine, observant l’état du ciel lourd de nuages qui progressent au-dessus de sa tête, qu’il pleuve enfin et qu’elle soit à la recherche d’un refuge - une remise ou un abri bus -, elle prend conscience de ses états d’âme - mot qu’elle ne prononce pas -, entre pensées et émotions, entre idées qui relèvent de la réflexion et impressions sensitives. Pour elle, le temps du matin - son grain - reçoit tous les éloges : commencement serein.
Aussi la musique est-elle pour la fillette une liane qu’elle attrape et qui la lance à travers les événements car « la musique n’est pas une question de choses elle n’est pas à l’arrêt comme une chose la musique est sans arrêt elle avance la musique est dehors et tout entière dans son mouvement. »

Et pour les jeunes gens mobiles, les objets sont une caverne d’Ali Baba, le concret des choses, telles les quatre fourchettes qui occupent l’esprit de Paul, et l’univers quotidien de la quincaillerie avec sa quincaillère, magasin qui regorge d’articles fabriqués, d’ustensiles et d’outils aux appellations inédites et inconnues pour le garçon : la clé à pipe pour réparer le vélo, la mortaiseuse, machine-outil pour l’usinage du bois ou des métaux, et on s’écarte alors de toute matérialité en évoquant le doppelgänger, le double fantomatique, le sosie maléfique ou l’alter ego paranormal d’une personne vivante dans le folklore, la mythologie germanique ou nordique et la fiction.

Les interlocuteurs, à la fois dubitatifs et joyeux, sont attirés, de fil en aiguille, par le concept du fantastique, ils en viennent à évoquer la teneur ouatée et précieuse du silence qui laisse sourdre en soi des idées « sous-marines ».

La promenade théâtrale est un bonheur entre amusement et tendresse, sur un tapis de pelouse artificielle déroulé de temps en temps, ou bien sur le nu du plateau sur lequel on court parfois en se poursuivant l’un l’autre, un enchantement dans la mise en scène de Sylvain Maurice qui met à l’honneur cette partition verbale éloquente, à travers le jeu étonné et intériorisé de Mikaël-Don Giancarli (Paul) et la jolie présence pétillante et pleine de fraîcheur de Jeanne-Louis Calixte (Ida), à l’écoute de toutes ses remarques argumentées qu’elle partage volontiers dans ce cheminement existentiel.

Un spectacle facétieux qui fait la part belle aux interrogations personnelles et universelles -vraie récréation- dans le respect attentif de l’Autre et du public.

Les Pensées, texte - Actes Sud-Papiers - Nicolas Doutey, mise en scène Sylvain Maurice, lumière Rodolphe Martin, avec Jeanne Louis-Calixte, Mikaël-Don Giancarli et Laurent Grais, jeu et composition originale. A partir de 8 ans en tout public, séances scolaires dès la CM1. Parcours Enfance & Jeunesse au TDV. Du 14 au 17 octobre, jeudi 15 octobre 10h (sco) & 14h30 (sco), vendredi 16 octobre 10h (sco) & 19h, samedi 17 octobre 14h & 19h au TDV - Théâtre De la Ville - Sarah Bernhard, La Coupole. Les 21 et 22 novembre 2026 à La Station Théâtre, La Mézière. Le 8 janvier 2027, Espace culturel Les Quatre Vents, à Rouziers-de-Touraine.
Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.

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Véronique Hotte

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