Du 24 septembre au 15 novembre 2026, du jeudi au samedi à 19h, dimanche à 15h, au Théâtre de L’Atelier.
4.48 Psychose de Sarah Kane, traduction Vanasay Khamphommala (L’Arche Editeur), mise en scène Jacques Osinski.
Entre les abysses et la lumière, une grande comédienne va et vient.

Après avoir monté avec bonheur L’Amante anglaise de Marguerite Duras avec Sandrine Bonnaire pour le rôle-titre (2024), le metteur en scène Jacques Osinski met à nouveau en majesté la même et fameuse actrice de cinéma et de théâtre - à la fois force et humilité -, qui est aussi autrice et réalisatrice, pour la pièce 4.48 Psychose de Sarah Kane. Et c’est encore une réussite scénique, tant est non seulement singulier et intense ce texte inclassable, une « symphonie solo » - expression textuelle reprise par l’homme de théâtre -, sans didascalies ni indications de personnages, composée de multiples voix qui investissent la conscience de la protagoniste, dans des adresses à « son amour », aux autres, en l’occurrence au médecin psychiatre - aimé et haï -dont le portrait est projeté parfois sur l’écran du lointain - visage expressif de Frédéric Leidgens qui porte le poids du monde. Mais tant encore l’interprète est à la hauteur des enjeux théâtraux et existentiels, partagée entre l’idée d’en finir et celle de poursuivre l’aventure de la vie, « un affrontement entre une volonté et un empêchement d’exister ».
Sarah Kane s’est suicidée à Londres le 20 février 1999, à l’âge de 28 ans, laissant une cinquième pièce 4.48 Psychosis, créée durant l’été 2000 au Royal Court Theatre, et appréhendée comme une sorte de testament. La pièce est retraduite aujourd’hui par Vanasay Khamphommala avec à-propos. Elle avait été traduite en 2001 par Evelyne Pieiller qui écrivait dans la préface que la pièce était un sténogramme sur la maladie de la mort, maladie que rien apparemment ne pouvait arrêter, une force dramatique et poétique témoignant d’un désespoir abyssal, proche de la prière - véracité et pureté.
Fulgurances de la langue et transfiguration de l’écriture, rythme, énergie et pauses de lumière au milieu même d’un paysage noir de « négativité », de refus et de rejet de toute consolation qui ne serait pas si éloignée. Les affirmations sont terribles d’évidence éblouissante et de clarté, la parole est égrainée par à-coups, libre et d’un courant rapide, puis elle s’arrête, laissant s’installer un grain âpre de silence, la teneur même de la réflexion et de la sensation dans le retour à soi - distance d’avec le verbe pour s’en imprégner.
Nulle résignation finalement mais presqu’une posture d’acceptation paisible.
Comme si la folie était comprise par la patiente qui ne patiente pas, surtout autour de 4h48 pour quelque temps, avant que la « malade » qu’elle disait ne pas être ne retombe dans les affres - grande angoisse, tourments physiques et intellectuels ou moraux intenses -, de l’incompréhension de soi-même.
Sandrine Bonnaire, tenue sobre et pose verticale, si ce n’est un passage où elle gît allongée sur le plateau ou recroquevillée d’un côté par la douleur et l’inacceptable de l’expérience d’être au monde, incarne cet être altier qui lutte pour exister et combat pour vivre, énumérant des arguments à n’en plus finir :
« Suis-je née dans un mauvais corps ? Ou à une mauvaise époque ? ».
Le public attentif respire à peine, à l’écoute d’une parole radicale qui le concerne.
Un beau Psychose 4.48 intense et maîtrisé, éprouvé à cent pour cent et de manière tendue et ultime tant par la comédienne que par les spectateurs.
4.48 Psychose de Sarah Kane, traduction Vanasay Khamphommala (L’Arche Editeur), mise en scène Jacques Osinski. Avec Sandrine Bonnaire et la participation de Frédéric Leidgens. Scénographie-vidéo Yann Chapotel, lumières Catherine Verheyde, , dramaturgie Marie Potonnet. Du 24 septembre au 15 novembre 2026, du jeudi au samedi à 19h, dimanche à 15h, au Théâtre de L’Atelier. Reprise en juillet 2027 au Théâtre des Halles à Avignon.
Crédit photo : Pierre Grosbois.



