Opéra National de Paris – Bastille jusqu’au 25 octobre
Les Noces de Figaro de Wolfgang Amadeus Mozart
Eternel Mozart, éternel Strehler…
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- 22 septembre 2012
- Critiques
- Opéra & Classique
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C’est la 21ème reprise de cette production devenue légendaire que Giorgio Strehler mit sur les rails du succès en 1973. Le 30 mars prochain elle aura donc 40 ans de belle existence. Un record de longévité ! Seule La Cantatrice Chauve de Ionesco l’a battu dans le petit théâtre de la Huchette où elle tient l’affiche depuis 1957 !
Créées à l’Opéra Royal de Versailles avant d’intégrer le Palais Garnier, ces Noces de Figaro sublimées par le metteur en scène italien, directeur du Piccolo Teatro de Milan, étaient pour Rolf Liebermann qui venait de prendre la direction de l’Opéra National de Paris le signal d’un renouveau de l’art lyrique. Promesse tenue. Parfois au-delà des espérances d’alors, les mises en scènes étant devenues au fil des ans des concours de performances où l’important n’est plus de servir une œuvre mais de s’en servir pour faire autrement. Etonner.
Strehler disparut en 1996, mais les traces de son inspiration sont restées indélébiles, voire insurpassées (La Trilogie de la Villégiature, La Cerisaie, Arlequin serviteur de deux maîtres, L’Illusion de Corneille au théâtre, Simon Boccanegra, l’Enlèvement au Sérail, Falstaff à l’opéra). En 1990, ses Noces de Figaro passèrent du Palais Garnier à l’Opéra Bastille et perdaient une part de leur intimité. Mais les décors réajustés aux dimensions du vaisseau Bastille conservèrent leur beauté ocre et or. Les reprises se succédèrent sous la direction administrative de Hugues Gall. Son successeur Gérard Mortier décida d’en finir et commanda une nouvelle production à l’iconoclaste Christophe Marthaler. Dès sa nomination Nicolas Joël balaya celle-ci pour revenir, pour ainsi dire, à l’original. On ne s’en plaindra pas.
En 2010 (voir WT du 29 octobre 2010) sa somptueuse reprise sous la direction de Philippe Jordan ressemblait à une véritable résurrection. Humbert Camerlo, longtemps associé à Strehler, avait repris sa mise en scène et sa direction d’acteur. On en retrouve toutes les qualités dans cette nouvelle reprise avec des chanteurs qui allient leur musicalité à un jeu délié de commedia dell’arte.
Le baryton basse Luca Pisaroni y campait un Figaro au jeu savoureux en 2010. Il change cette fois de registre ou plutôt de tempérament. Le voilà en comte Almaviva passant d’une certaine gouaille à une ombrageuse élégance mâtinée de mélancolie. Le timbre, toujours chaleureux, a pris quelques couleurs cendrées comme pour défier le temps, s’accorder au passage de l’adolescence à la maturité, du rôle de valet à celui de maître. Dans Don Giovanni, on l’a connu en Leporello de référence. Prendra-t—il bientôt les habits du rôle titre ?
Incontestable triomphatrice de la soirée, la soprano britannique Emma Bell incarne une comtesse aux aigus de braise qui enflamment Mozart et la salle. Plutôt réservée au premier acte, elle prend peu à peu de l’ampleur jusqu’au grand air de l’acte trois dont elle fait une véritable féerie. Une prouesse saluée par une ovation qui éclipsa ses principaux partenaires : Le Figaro enjoué d’Alex Esposito, la Suzanne un rien acide de Camilla Tilling, la Marcellina cocasse de Marie McLaughlin, le Cherubino au charme gauche d’Anna Grevelius.
Après une ouverture rutilante, Evelino Pido s’assagit un peu. Mais le miracle Mozart associé au miracle Strehler reste le garant d’une réussite qui ne se dément pas.
Les Noces de Figaro de Wolfgang Amadeus Mozart, livret de Lorenzo Da Ponte. Orchestre et choeur de l’Opéra National de Paris, direction Evelino Pido (jusqu’au 19 octobre, Marius Stieghorst, les 22 & 25 octobre), chef de chœur Alessandro di Stefano, mise en scène et lumières de Giorgio Strehler réalisée Humbert Camerlo, lumières Vincio Cheli, décors Ezio Frigerio, costumes Franca Squarciapino, chorégraphie Jean Guizeric. Avec Luca Pisaroni (du 15 septembre au 13 octobre suivi par Levente Molnar (du 19 au 25 octobre), Emma Bell, Camilla Tilling, Alex Esposito Anna Grevelius, Carlos Chausson, Carlo Bosi, Antoine Normand, Zoe Nicolaidou, Christian Tréguier, Andreea Soare, Anna Pennisi.
Opéra Bastille, les 15, 17, 20, 24, 26, 29 septembre, 2, 4, 9, 13, 19, 22, 25 octobre à 19h30, le 9 octobre à 14h30.
08 92 89 90 90 - +33 1 71 29 35 35 – www.operadeparis.fr
Photos : Opéra National de Paris – C. Leiber





