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Critiques / Théâtre

Les Idoles de Christophe Honoré

par Gilles Costaz

Funestes années sida, ou la ronde des contre-portraits

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Autant emporte l’effroyable vent du sida : Cyril Collard, figuré ici par un Harrison Aréavalo plus massif et plus allègre que le modèle, Bernard-Marie Koltès joué par Youssouf Abi-Ayad en jeune homme moins rêveur que n’était l’écrivain, Hervé Guibert devenu une apparition féminine diaphane dessinée en version sfumato par Marina Foïs, Jean-Luc Lagarce que Julien Honoré représente avec une joie musclée que le chef de troupe de la Roulotte ne possédait guère, Jacques Demy dont on a longtemps caché la mort par VIH et qui a les formes généreuses d’une actrice-danseuse délirante Marlène Saldana et, enfin, Serge Daney sous l’aspect baraqué de Jean-Charles Clichet - le meilleur comédien de toute l’équipe, sans doute, bien que l’excentricité de Marlène Saldana nous réjouisse beaucoup.
C’était le spectacle qu’il fallait faire : rappeler et saluer toutes ces victimes qui ont fortement compté dans la vie créatrice des années 80 et 90 et sont partis prématurément, fauchés par un virus qui punissait (et punit encore, souvent) de mort l’amour et le plaisir. Mais comment faire ce spectacle ? Christophe Honoré l’a conçu comme une sorte de ronde discoureuse dans l’ombre d’un parking ou d’un sous-sol. Les mots de chacun sont imaginaires ou bien tirés de textes authentiques. Honoré les relie à lui-même ; en voix off il se souvient de ce que ces gens formidables représentaient pour lui quand, jeune, il essayait de devenir cinéaste (et cette confession est très poignante). Il les prend dans leur vérité et dans un jeu qui les transfigure : Hervé Guibert a l’irréalité d’une luciole, Koltès imite Travolta dansant dans La Fièvre du samedi soir, Jacques Demy se déchaîne dans l’impudeur d’une femme dansant nue sous un manteau qui découvre plus qu’il ne couvre… On a parfois du mal à s’adapter à ces transformations quand on a en tête les traits réels de personnages qui furent beaucoup photographiés et firent partie de nos passions, mais le texte et le spectacle d’Honoré ont la liberté d’un jeu, qui a parfois le défaut d’être trop bavard.
Cependant, le parti-pris des contre-portraits est anti-solennel et anti-nécrologique. Donc, parfois, planant.

Les Idoles, texte et mise en scène de Christophe Honoré, scénographie d’Alban Ho Van, collaboration à la dramaturgie de Timothée Picard, lumière de Dominique Bruyère, costumes de Maxime Rappaz, collaboration à la mise en scène de Teddy Bogaert et Aurélien Gachwind, avec Youssouf Abi-Ayad, Harrison Arévalo, Jean-Charles Clichet, Marina Foïs, Julien Honoré, Marlene Salada.

Odéon-Théâtre de l’Europe, place Paul Claudel, 75006 Paris, tél. : 01 44 85 40 40, jusqu’au 1er février. (Durée : 2 h 30).

Photo DR.

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