Le Chœur de Radio France à l’auditorium de la Maison de la radio et de la musique le 24 avril
Grandval et modestes sommets
Longtemps oublié, le Stabat Mater de Clémence de Grandval est une œuvre d’une bonne facture, restituée avec soin par le Chœur de Radio France.
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- 25 avril
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DE NOMBREUSES COMPOSITRICES sortent de l’anonymat depuis quelque temps, et le Palazzetto Bru Zane fait partie des institutions qui œuvrent pour la reconnaissance de personnalités musicales plus ou moins injustement rejetées dans l’ombre*. Clémence de Grandval appartient à cette cohorte. Née en 1828, élève de Chopin et de Flotow, elle travailla avec Saint-Saëns et s’illustra notamment dans le domaine de la musique sacrée. Son Stabat Mater fut créé le 23 février 1870, chez la compositrice en personne, qui joua la partie de piano, Saint-Saëns se chargeant de l’harmonium. Le 17 avril qui suivit, une version avec orchestre fut jouée à Saint-Eustache, qui semble avoir disparu depuis lors…
C’est dommage, car ce Stabat Mater avec piano et harmonium, même s’il fait appel à quatre chanteurs solistes et un grand chœur, donne l’impression d’une réduction, pourvue d’une partie de piano peu imaginative : des introductions mystérieuses qui ne tiennent pas leurs promesses (le « Sancta Mater »), des motifs répétés pour soutenir les voix, quelques élans vite réprimés ; l’harmonium, lui, ne quitte guère le registre de l’anecdote. La partition fait alterner les moments destinés aux seuls solistes, ceux mêlant solistes et orchestre, et ceux qui font intervenir le chœur seul, lequel est traité avec maîtrise mais sans débordements dramatiques, malgré les couleurs plus passionnées de l’« Inflammatus » final. Les parties confiées aux voix solistes s’approchent parfois du registre lyrique (« O quam tristi » pour soprano, « Eia ! Mater, fons amoris » pour ténor), mais Clémence de Grandval n’ose pas faire de « Qui est homo » un grand quatuor d’opéra. Les meilleurs moments sont sans doute le « Juxta crucem » pour contralto et le quatuor a capella qui précède le chœur final.
Manque d’épices
À Radio France, ce 24 avril, le Chœur s’engage sans réserve – ce qui signifie qu’il met tout son talent, sous la direction experte de Lionel Sow, à défendre cette musique un peu pâle, un peu monotone, un peu sage. On prononce « gladius » et non pas « gladious », « iudicii » et non pas « iouditchii », comme on faisait à l’époque de la création. Les nuances sont bien dosées, les soixante membre du chœur n’écrasent jamais les voix solistes, le piano Pleyel de la fin du XIXe siècle, joué avec conviction par Anne Le Bozec, apporte quelques couleurs supplémentaires, mais il est difficile de faire jaillir le feu d’une partition qui reste assez timide. Peut-être la version avec orchestre contenait-elle les épices qui lui manquent.
Les solistes sont à l’égal du chœur : concernés, concentrés, mais contraints de rester dans une certaine retenue. On apprécie le timbre clair de Gabrielle Philiponet, la voix chaleureuse de Nikolay Borchev, mais on aimerait que la partition permette à Julien Henric de donner davantage libre cours à ses qualités de ténor à la fois léger et di grazia ; Aude Extrémo, la voix très sombre, les graves saisissants, peut davantage donner sa mesure dans le puissant « Juxta crucem ».
On précisera que Sarah Kim, qui tenait la partie d’harmonium, avait interprété en début de programme, à l’orgue bien sûr, la Fantaisie pour orgue n° 1 de Saint-Saëns, d’une écoute confortable.
* Le Palazzetto vient de publier l’enregistrement de l’opéra Mazeppa (1892) de Clémence de Grandval, avec notamment Tassis Christoyannis, Nicole Car et Julien Dran.
Illustration : Lionel Sow (photo Christophe Abramowitz/Radio France)
Saint-Saëns : Fantaisie pour orgue n° 1 en mi bémol majeur - Clémence de Grandval : Stabat Mater. Gabrielle Philiponet, soprano ; Aude Extrémo, mezzo-soprano ; Julien Henric, ténor ; Nikolay Borchev, baryton ; Anne Le Bozec, piano ; Sarah Kim, orgue et harmonium ; Chœur de Radio France, dir. Lionel Sow. Paris, Maison de la radio et de la musique, 24 avril 2026.



