Du 4 au 25 juillet 2026, Festival Off Avignon, au Théâtre des Halles, Avignon, à 16h40, relâches les 8, 15 et 22 juillet.
Là personne, texte, mise en scène et interprétation Geoffrey Rouge-Carrassat.
Bizarre, vous avez dit Bizarre...

La représentation commence subrepticement, Geoffrey Rouge-Carrassat, silhouette androgyne, chevelure opulente, se tient assis sur la scène à cour et d’un ton de conversation, presque badin, le regard face au public, nous parle d’une maison.
Il nous dit qu’il vit dans cette maison qu’il a conçue, imaginée, qui n’est pas achevée. Il en décrit les pièces, l’exposition. Derrière lui, juste un mur de parpaing gris, mur en chantier, qui barre toute perspective, un signe de fermeture, qui fait penser à une prison, à un lieu sans issue.
Et puis le doute s’insinue, le narrateur parle d’une personne qui se tient face à sa cuisine, de l’autre côté de la route. Une sensation d’être observé qui s’amplifie au point de devenir une hantise, une obsession, une peur.
Le spectateur est partie prenante de cet état de mal-être, d’inquiétude permanente de celui qui parle et qui, situation éminemment paradoxale, explique qu’il ne peut en parler à personne :
« je ne voulais parler de cette histoire à personne, pour que personne n’en pense quelque chose, pour que personne ne se sente obligé d’en penser quelque chose. »
Pourtant il en parle sans arrêt sur un ton qui peut être ironique, de bravade, imaginant les réponses qu’il ferait si cet inconnu venait à sonner à sa porte, ou dans un registre dramatique : « quelqu’un t’enfonce très lentement un couteau dans le ventre . Si c’est très lentement, à quelle profondeur tu dis non ?…
Ce couteau, cette présence imprécise, cet étranger es à la fois une forme de fantasme et une réalité pour celui qui en souffre, comme s’il abritait un corps ou un esprit qui n’est pas le sien et qui le mine.
Geoffrey Rouge –Carrassat nous dit que son texte parle de l’emprise et donc de la domination que prend une personne sur une autre. Ce n’est pas si clair, on a plutôt l’impression que c’est le narrateur qui sécrète sa propre aliénation. A contrario le fait d’être dépendant d’un autre s’accompagne d’une destruction de sa propre personnalité, alors le texte peut s’entendre au premier degré, comme une prise de possession de sa maison, de lui-même.
Quoiqu’il en soit, ces errements, ces divagations sur le thème de l’intrusion, de la perte du moi crée un climat anxiogène assez suggestif. Le Final en deux coups de force est inattendu, doublement tranchant, comme une libération ou un appel au secours, un fracas peut-être sans suite. Car le mystère ne se dissout pas vraiment et toutes les interprétations restent possibles, comme toutes les conclusions, si tant est que ce monologue ait vraiment un début et une fin.
La performance de Geoffrey Rouge-Carrassat est à la fois retenue et vertigineuse. Son texte est comme un tissu aux reflets multiples. Et il sait bien l’art de cultiver l’ambiguïté et le mystère. La confirmation d’un talent après trois seuls-en scène-déjà remarqués.
Là personne, texte, mise en scène et interprétation Geoffrey Rouge-Carrassat, création musicale et sonore Nicolas Daussy, création lumières Emma Schler, Compagnie La Gueule Ouverte. Du 4 au 25 juillet 2026, Festival Off Avignon, au Théâtre des Halles, Avignon, à 16h40, relâches les 8, 15 et 22 juillet.
Crédit photo : Andreas Eggler



