Du 4 au 23 juillet 2026, à 22h05, relâches les 10 et 17 juillet, au 11. Avignon, Festival Off Avignon.
Ecorces, Polar forestier, texte et mise en scène Alice Carré.
Un thriller distancié, familial et forestier.

Ecorces, Polar forestier conçu comme une série avec rebondissements, mystère, humour, bons et méchants nous entraine dans une double quête, celle de deux gendarmes qui recherchent un homme disparu, celle de l’héroïne qui cherche pourquoi son père a acheté des arpents de forêts inexploitables dont elle vient d’hériter à sa mort. Le dénouement final, comme il se doit, unira les deux histoires et éclaircira les énigmes.
Cinq comédiens endossent plusieurs rôles à l’exception d’Alba, Marie Demesy, l’héroïne à la recherche d’un père méconnu et de ses secrets. Les péripéties s’enchainent en alternant la double intrigue. Ambiance à la Simenon ou à la Fred Vargas dans ce village de Saint-Vert, dans le verdoyant Forez, non loin de Brioude et du Puy-en-Velay.
L’humour revendiqué est celui des frères Coen mais les deux gendarmes qui forment un duo de clowns impayables nous ramènent plutôt à la filmographie de Louis de Funès et aux dialogues à la Michel Audiard. Manon Combes, Julia Marel, est une adjudante célibataire, qui se veut autoritaire et réac, même si …, alors que Paul Delbreil, le gendarme Penot, est un homme doux et obéissant, bon papa, et moins bête qu’il n’y paraît, sensible à la cause des défenseurs de la forêt.
Ils sont tout aussi drôles quand ils sont la maire et le représentant de la société qui va installer une usine de pellets sur la commune dans une réunion d’information des administrés qui tourne au fiasco. Plus subtil est le personnage principal qu’incarne Josué Ndofusu, créateur d’ une start-up, spécialisée dans la replantation d’essences, mais en fait dans le greenwashing, exemple de récupération de l’écologie à des fins industrielles. Yassine Aït Benhassi incarne le gentil, le militant de la cause forestière disparue, et le méchant, le directeur de la société qui fabrique les pellets et exploite sans vergogne la forêt.
Dispositif scénique limité avec quelques éléments symboliques, amas de terre, bureau ou voiture en kit et dans le fond grande tenture pour suggérer la forêt où la vidéo permet de varier les ambiances. Derrière son clavier, musicienne avant tout, mais accessoirement animatrice radio, patronne du bistrot du village et narratrice, Limia Vitte est au four et au moulin, reliant par sa faconde les éléments de ce puzzle policier.
Reconnaissons qu’Alice Carré a réussi à faire un spectacle à la fois ludique sur le mode polar et un état des lieux de l’exploitation forestière en essayant d’aborder tous ses aspects Car outre la domination du pin Douglas qui colonise les forêts et illustre l’appétit de rentabilité des sociétés d’ameublement, on rencontre la dépression des agents de l’ONF, qui s’identifient à leur forêt meurtrie, les rancœurs des artisans locaux qui veulent continuer à vivre du bois en refusant de voir les méfaits à long terme d’une exploitation intensive, le rôle parfois ambigu de l’ONF et des pouvoirs publics, l’engagements des militants de défense de la nature et de la diversité écologique. L’enjeu de la forêt comme mise en abime des contradictions de notre société.
Cette histoire n’est pas tout à fait une fiction car elle est celle de sa conceptrice qui a découvert toutes ces questions dans les mêmes conditions que son héroïne, comme les raisons de l’achat de parcelles boisées par son père. C’est ce qui donne une dimension humaine et tchekhovienne à ce polar forestier comme une essence à découvrir sous une enveloppe en apparence drôle et convenue.
Ecorces, Polar forestier, texte et mise en scène Alice Carré, collaboration à la mise en scène Pierre-Angelo Zavaglia, musique Benjamin James Troll et Lymia Vitte, scénographieCarole Trachet, lumière et régie Madeleine Crampa, costumes Anaïs Heureaux, vidéo Victor Lepage, avecYassine Aït Benhassi, Manon Combes, Paul Delbreil, Marie Demesy, Josué Ndofusu, Lymia Vitte. Du 4 au 23 juillet 2026, à 22h05, relâches les 10 et 17 juillet, au 11. Avignon, Festival Off Avignon. Du 1er au 4 décembre, à la Comédie de Saint-Etienne.
Crédit photo : Pauline Le Goff.



