Les Contes d’Hoffmann de Jacques Offenbach

Pour le plaisir

Les Contes d'Hoffmann de Jacques Offenbach

Depuis le mois de mars 2000, la mise en théâtre (dans le théâtre) par Robert Carsen de la dernière œuvre lyrique de Jacques Offenbach est régulièrement remise en selle et en scène à l’Opéra Bastille. Personne ne s’en plaindra. L’œuvre a le charme de ces masques de carnaval qui cachent leurs troubles sous des grimaces.

Offenbach, né dans la famille nombreuse d’un Cantor de synagogue à Cologne, était devenu à Paris le prince du divertissement, celui qui faisait fredonner à la sortie des théâtres des refrains repris le lendemain dans les salles de bains, celui qui faisait lever les gambettes des danseuses sur des envolées de french cancan. Entre les Bouffes Parisiens et l’Opéra Comique, il rêvait d’être pris au sérieux.

Trois contes semi-fantastiques du poète allemand E.T.A Hoffmann dont les librettistes Jules Barbier et Michel Carré avaient fait une pièce de théâtre lui inspirèrent ces contes d’amour et de mort auxquels, à sa verve habituelle, il ajouta des couleurs de nuit et d’orage. Il n’eut pas le temps d’achever son chef d’œuvre, la maladie l’emporta durant les répétitions alors qu’il en peaufinait les détails.

Un fou amoureux d’une étoile

Carsen recrée les mondes que traverse ce fou d’Hoffmann, poète amoureux d’une étoile qui se réincarne en trois femmes aux destins manipulés par le diable. Dans un bar, surgi du sol, où les figurants d’un opéra viennent se détendre et se griser, Hoffmann raconte sa passion pour la cantatrice et tous les détours pratiqués pour arriver jusqu’à elle. Carsen en est l’invisible illusionniste, il entraîne le héros et sa suite des coulisses à la scène, du comptoir des beuveries au man’s land des rêves et des muses. Les trois actes s’enchaînent, du laboratoire de Spalanzani où se désarticule la poupée Olympia, au théâtre où Antonia mourra d’avoir bravé l’interdiction de chanter jusqu’au domaine de Giuletta, la courtisane qui chaloupe sur l’air de la célèbre barcarolle. Le tout sous l’œil cupide d’un Satan aux identités multiples.

Quatre peaux du diable, une poupée robotisée

Franck Ferrari visiblement prend plaisir à enfiler à nouveau les quatre peaux du diable qu’il avait déjà interprété lors de la précédente reprise. Voix stable, diction claire, jeu amusé, il reste l’un des atouts de la production. Stefano Secco en revanche peine un peu à crédibiliser le rôle-titre, la voix est claire, le jeu enjoué, mais la présence est molle, le personnage, il est vrai, exige de l’héroïsme, à la fois musical et théâtral. Des trois incarnations de femmes, c’est l’Olympia de Jane Archibald qui domine le lot avec ses aigus qui s’échappent en vrilles et sa naïveté de poupée robotisée. En muse Kate Aldrich démarre avec une certaine hésitation puis trouve en Nicklausse, le comparse, la bonne dimension d’autorité et de lumière.

Trac ou panne d’inspiration ? Le soir de la première, le jeune chef tchèque Thomas Netopil semblait diriger en pilotage automatique. Les émois d’Offenbach perdaient leurs couleurs.

A noter : mercredi 19 septembre à 19h30, ces Contes d’Hoffmann si joliment revisités seront diffusés en direct dans 26 salles de cinéma du réseau UGC de France et de Belgique, ainsi que dans 45 salles indépendantes françaises, 47 allemandes et 120 dans le reste de l’Europe. Cette première de la politique audiovisuelle de l’Opéra de Paris, sera suivie de 8 autres retransmissions du même type durant la saison 2012/2013.

Les Contes d’Hoffmann de Jacques Offenbach, livret de Jules Barbier, orchestre et chœur de l’Opéra National de Paris, direction Thomas Netopil, chef de chœur Patrick Marie Auber, mise en scène Robert Carsen, décors et costumes Michael Levine, lumières Jean Kalman. Avec Jane Archibald, Sophie Koch, Ana Maria Martinez, Kate Aldrich, Qiu Lin Zhang, Stefano Secco, Fabrice Dalis, Cyrille Dubois, Jean-Philippe Lafont, Eric Huchet, Franck Ferrari, Damien Pass, Michal Partyka.

Opéra Bastille les 7, 10, 12, 19, 22, 25, 28 septembre, 1er et 3 octobre à 19h30, le 16 septembre à 14h30.

08 92 89 90 90 - +33 1 72 29 35 35 – www.operadeparis.fr

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage, elle...

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