Opéra National de Paris - Bastille - jusqu’au 15 juin 2008

Les Capulets et les Montaigus de Vincenzo Bellini

Bonheurs et infortunes du bel canto

Les Capulets et les Montaigus de Vincenzo Bellini

Il y a des reprises qui se suivent et qui ne se ressemblent pas. Après Iphigénie en Tauride par Warlikowski au Palais Garnier, deux ans après sa création, celle des Capulets et Montaigus d’un Robert Carsen de douze ans d’âge, ressemble à une pièce de musée qu’on aurait conservé dans la naphtaline. C’était le temps, dirait-on, où l’on ne prenait pas de risque, où la mise en scène d’opéra se résumait à une mise en place sans point de vue particulier sur l’œuvre. En 1996 pourtant, des hommes comme Strehler, Chéreau, Lavelli ou Stein avaient déjà largement dépoussiéré les ronrons de routines du répertoire lyrique. Carsen n’en était pas encore là visiblement quand il se contenta de mettre en rouge et noir et hautes murailles pivotantes la tragédie d’amour que Bellini tira, non pas du célèbre Roméo et Juliette de Shakespeare, mais des sources de la Renaissance qui l’inspirèrent.

Seul le dénouement est identique : dans son tombeau Juliette est plongée dans la mort artificielle provoquée par le philtre de Lorenzo/Frère Laurent, Roméo, pas au courant du subterfuge, la croit vraiment morte et s’empoisonne, Juliette, réveillée se poignarde et meurt le corps de son amant… Les épisodes précédents diffèrent : les amoureux sont déjà liés, Roméo n’est plus seulement le fils d’une famille ennemie, mais le chef de guerre d’une armée, Mercutio a disparu et Paris est devenu Tebaldo, l’homme que Juliette devrait épouser.

Un terrain idéal pour les exaltations romantiques

Il ne se passe pas grand-chose dans le livret que Felice Romani écrivit pour Bellini, si ce n’est la valse des hésitations, lamentations des deux amants qui n’arrivent pas à se mettre d’accord sur la façon d’échapper au sort qu’on leur impose. Peu d’action donc mais un terrain idéal pour les exaltations romantiques de la musique, ses respirations et ornementations belcantistes. Autant d’ingrédients qui demanderaient pour les chanteurs le soutien d’une bonne direction d’acteurs, ce qui manifestement a manqué pour cette reprise. Carsen signe la production mais a apparemment laissé à un tiers le soin de la réaliser.

Une technique coulée dans les sonorités slaves

Les chanteurs sont donc livrés à eux-mêmes, seuls, bien seuls, souvent réduits à un statisme sans âme… Ce qui explique en partie la part de déception à l’écoute de la star attendue, la soprano Anna Netrebko qui fait ici ses débuts à l’Opéra de Paris. Le timbre est riche, le legato maîtrisé et les moyens considérables, mais les couleurs sont diluées, le phrasé est sec. La performance de la belle Russe façonnée par Valery Gergiev, adulée à Saint-Pétersbourg, Vienne et Salzbourg, repose sur une technique coulée dans les sonorités slaves et ne laisse que peu de place à l’émotion. Une forme de protection peut-être qui peut s’expliquer par son état de future maman, enceinte de cinq mois. Dans ces circonstances, là une femme ne peut guère se laisser aller aux débordements.

Ces réserves disparaissent pourtant dans ses duos avec Joyce di Donato, Roméo solaire en osmose totale avec le « beau chant » bellinien. Graves satinés, aigus aériens et jeu d’une belle intensité, toutes les inflexions de la mezzo américaine relèvent d’une parfaite concordance avec les exigences souvent redoutables du rôle. L’harmonie en prime.

Le premier mérite du chef italien Evelino Pido est de ne jamais s’appesantir ni s’enliser dans le pathos. Sa direction est rapide, précise et dès l’ouverture il donne des ailes au romantisme frémissant de Bellini, en aère les passages flamboyants, dosant de bout en bout la démesure des passions.

Les Capulets et les Montaigus de Vincenzo Bellini, livret de Felice Romani. Orchestre et chœurs de l’Opéra National de Paris, direction Evelino Pido, mise en scène Robert Carsen, décors et costumes Michael Levine, lumières Davy Cunningham. Avec Anna Netrebko/Patrizia Ciofi (les 31 mai, 11 & 15 juin), Joyce DiDonato, Matthew Polenzani, Mikhail Petrenki, Giovanni Battista Parodi
Opéra Bastille – les 24, 28, 31 mai, 2, 5, 8, 11 & 15 juin à 19h30
08 92 89 90 90 – www.operadeparis.fr

Crédit photos : C. Leiber / Opéra national de Paris

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage,...

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