Paris – Opéra Comique jusqu’au 18 mai 2010
Les Boulingrin de Georges Aperghis d’après Georges Courteline
Rires noirs et vrombissements couleur terre en création mondiale
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- 15 mai 2010
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- Opéra & Classique
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Une entrée rocambolesque du chef d’orchestre, un feu de joie pour couronner le final : tout commence et s’achève sur un éclat de rire dans cette création mondiale d’un opéra bouffe tiré d’une comédie farce de Georges Courteline. Entre ces deux joyeux extrêmes la mise en musique par Georges Aperghis des ineffables prises de bec des Boulingrin ne déclenche pas l’hilarité en continu. Cocasserie du décor, inventivité de la mise en scène, punch des interprètes et vigilance de l’orchestre : le sourire est davantage de mise que le rire durant les quelque 80 minutes du spectacle. Le burlesque est autant à voir qu’à entendre.
Mais est ce si drôle après tout ? Courteline ne taille pas son vaudeville dans la dentelle, le couple Boulingrin est effrayant et Des Rillettes le pique-assiette qui rêve de s’en mettre jusque-là est leur otage pantelant. Les dialogues sont noir d’encre, des charretées de fumier verbal sont lancées en vociférations haineuses et quasi surréalistes : quand les mots ne sont plus assez durs, ils en inventent qui gloussent et moussent de haine. Contrairement à Feydeau, son contemporain ou Labiche son aîné, Courteline n’a guère de tendresse pour ses marionnettes, leurs règlements de compte sont sanglants. Et qu’importe la bonne évaporée qui les observe d’un œil goguenard ou leur invité qui leur sert de punching ball.
Opéra bouffe vraiment, comme indiqué en sous-titre ? Ou plus simplement théâtre musical – version française du « musical » américain, un genre dont Aperghis fut l’un des initiateurs – sur fond de texte bouffon et de « sprechgesang » c’est-à-dire de dialogues chantés-parlés ?
La pièce constitue en elle-même un livret aux répliques sèches. Aperghis les habille d’un fond sonore sombre et entêtant, vrombissement monochrome couleur terre que traversent les jets et les stridences des interventions-gloussements parlés ou bredouillés de Félicie la bonne ou les ruptures en soupirs, égarements, dérapages et décalages du pauvre Des Rillettes.
Fausse cuisine et faux cuisinier en percussionniste virtuose
Les musiciens du Klangforum Wien sont sur scène, répartis dans les étages de la maison petite bourgeoise du décor, les bois les cuivres sont juchés au deuxième étage, deux violoncelles occupent la chambre qui au premier jouxte le salon où se prélassent les Boulingrin, leur télé à l’ancienne et leur fauteuil à bascule. Au rez-de-chaussée côté cour un piano et un accordéon et à jardin une foire à percussions manipulée dans une fausse cuisine par un faux cuisinier : Lukas Schiske, percussionniste virtuose du Klangforum fait virevolter et résonner sa batterie de cuisine en véritable accent comique de l’ensemble. Émergeant d’un cylindre-ascenseur, Jean Deroyer les dirige depuis la fosse en y mettant toute la charge dérisoire qu’il trouve au bout de ses doigts et de sa baguette.
Un plaisir grinçant vient du quatuor vocal mis en gags millimétrés façon horlogerie suisse par Jérôme Deschamps : Doris Lamprecht / Madame Boulingrin, en angles et en arêtes, prouve une fois de plus qu’elle est une mezzo de grande classe et une actrice pleine de ressources, en accord et désaccord avec son mari de comédie, le baryton Jean-Sébastien Bou qui fait de Boulingrin une pile électrique montée sur ressorts. Donatienne Michel-Dansac, soprano aux aigus tranchants, fait danser et papoter la bonne Félicie avec la grâce d’un lutin. Lionel Peintre enfin, baryton clown élastique remporte la palme de la drôlerie.
Les Boulingrin opéra bouffe de Georges Aperghis d’après la comédie de Georges Courteline. Klangforum Wien, direction Jean Deroyer, mise en scène Jérôme Deschamps, décors et accessoires Laurent Peduzzi, costumes Macha Makeïeff, lumières Dominique Bruguière. Avec Lionel Peintre, Doris Lamprecht, Jean-Sébastien Bou, Donatienne Michel-Dansac.
Opéra Comique les 12,14 & 18 mai à 20h, le 16 à 15h.
0825 01 01 23 – www.opera-comique.com




