Paris - Opéra Comique - jusqu’au 5 mai 2009

Le roi malgrè lui de Emmanuel Chabrier

Raffinement musical et délires d’intrigues

Le roi malgrè lui de Emmanuel Chabrier

Après L’Etoile présenté en ouverture de son mandat à la tête de l’Opéra Comique (voir webthea du 17 décembre 2007), Jérôme Deschamps revient à Emmanuel Chabrier, grand inventeur de divertissements musicaux à la française, avec Le Roi Malgré lui, un bijou de fantaisie dont Ravel disait qu’il « avait changé l’orientation de l’harmonie française » et que Reynaldo Hahn qualifiait de « opérette colossale ». La production cette fois n’est pas faite maison : importée de Lyon, elle a été remise en forme et en selle par Laurent Pelly son metteur en scène et par les musiciens de l’Orchestre de Paris électrisés – parfois au-delà du nécessaire – par le chef anglais William Lacey.

De Henri III de Valois à Henryk Walezy de Pologne, de l’Histoire aux histoires, des faits réels aux élucubrations les plus déjantées du vaudeville, Chabrier, en la matière, fut un orfèvre. Le raffinement de sa musique, sa richesse, sa sophistication même accolée aux situations les plus burlesques, crée un contraste unique entre bouffonnerie et mélancolie dans une Pologne aussi imaginaire et saugrenue que celle du père Ubu. Henri III donc, digne fils de Catherine de Médicis, rechigne à monter sur le trône de ce pays où il grelotte et ne peut faire ouf sans être cerné par la garde montée de sa mère… Les Polonais d’ailleurs n’en veulent pas de ce Français, alors ils complotent à qui mieux mieux …Mais voilà qu’il retrouve une conquête aimée autrefois dans la lagune vénitienne… Fuir avec elle, quel rêve ! Il s’en va donc comploter contre lui-même en envoyant son meilleur ami faire le monarque à sa place… Les embrouillaminis giclent comme des fusées, tout va cul par-dessus tête, les duos d’amour ont parfois des parfums de deuil, les barcarolles et les romances « mélancolisent » tandis que la soldatesque et les intrigants de cour trépignent à un train d’enfer…

Un second degré qui file à la vitesse du vent

Pour entrer dans les dédales de ces péripéties pas racontables, Laurent Pelly qui a un flair particulier pour le branque et le guignol – il l’a prouvé avec Rameau, avec Offenbach, Donizetti – opte pour les décalages ciblés du « théâtre dans le théâtre », un truc parfois éculé mais qui ici emporte tout dans un tourbillon d’inventions, de malices, de courses poursuites drolatiques orchestrées par trois pseudo machinistes campés par des comédiens taquins. C’est du second degré qui file à la vitesse du vent dans le magnifique espace nu du plateau de la salle Favart, un lieu plus beau qu’un décor et sur lequel viennent se greffer des toiles peintes, des lustres, des escaliers, des échafaudages et des gondoles en toc imaginés par Bernard Legoux. C’est une répétition où tout le monde s’habille à vue des costumes en méli-mélo d’époques, transporte des bouts d’accessoires et finit par se prendre au jeu… C’est bourré de sous-entendus et de clins d’yeux. Désopilant tout simplement

Les chanteurs sont comédiens, les comédiens sont danseurs, tous font les pitres comme s’ils étaient au cirque. Le baryton Jean-Sébastien Bou joue au roitelet un rien pleutre, la délicieuse Magali Léger roucoule à ravir – et c’est musicalement une gageure – en Minka l’esclave sauvée des griffes du vilain palatin (Nabil Suliman) par le gentil Nangis (Gordon Gietz, jeu sincère et charme mais voix en manque d’envergure). Sophie Marin-Degor et Franck Leguérinel, duc et duchesse de Fritelli, ont la taille, la voix et le parfait abattage de ce répertoire. Les chœurs de l’Opéra de Lyon sont parfaits de précision et de légèreté.

Ainsi, cent vingt trois ans après sa création le 18 mai 1887 ce Roi malgré lui délicat de musique et foutraque d’intrigues retrouve la salle Favart où il naquit et continue de faire des heureux.

Le Roi malgré lui d’Emmanuel Chabrier, livret d’Emile de Najac et Paul Burani, orchestre de Paris, direction William Lacey, chœurs de l’Opéra de Lyon, direction Alan Woodbridge, mise en scène et costumes Laurent Pelly, dramaturgie Agathe Mélinand, décors Bernard Legoux, lumières Joël Adam. Avec Jean-Sébastien Bou, Magali Léger, Franck Leguérinel, Sophie Marin-Degor, Gordon Gietz, Nabil Suliman, Didier Roussel, Brian Bruce, Paolo Stupenenge, Jean-François Gay, Grégoire Guérin, Jacques Gomez et les comédiens Olivier Sferlazza, Bruno Andrieux, Jean-Benoit Terral.

Ne pas oublier les savoureuses rumeurs propagées par l’Opéra Comique autour de cette production, Harmonies angévines et autres duos désopilants pour petits et grands.

Opéra Comique, les 27, 29, 30 avril & 5 mai à 20h, l 3 mai à 16h.

0825 01 01 23 – www.opera-comique

Crédit photo : Elisabeth Carecchio

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage,...

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