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Le festival des Francophonies en Limousin

par Dominique Darzacq

Une édition étroitement tissée entre artistes et auteurs

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C’est avec une pensée particulière pour Pierre Debauche disparu le 23 décembre 2017, ce « pirate, ce forain, ce veilleur à l’énergie folle » qui inventa les Francophonies en limousin en 1983, que sa directrice actuelle, Marie-Agnès Sevestre présente cette 35ème édition. Un rendez-vous automnal qui se veut un espace foisonnant où « s’explorent les divers possibles de la pensée » à travers le flux constant d’une langue – le français - « qui ne cesse de se refaire et de jouer avec nos illusions de culture universelle ».
Pour marquer les trente ans d’existence de la maison des auteurs, le programme se veut un étroit tissage entre artistes et auteurs, un entremêlement de voix diverses, une confrontation d’imaginaires ouverts aux bruits du monde. Ainsi ont fait trois auteurs d’horizons différents : le québécois Martin Bellemare, le français Gianni Grégory Fornet, le camerounais Sufo Sufo pour porter à la scène différents visages du monde avec comme question initiale « A notre époque de mondialisation de plus en plus manifeste, où se situent les différences et les similitudes dans le regard que les adolescents portent sur le monde ? ». (Par tes yeux). Avec Fissures d’après Alma de la libanaise Hala Moughanie et La Nuit inachevée du burkinabé Aristide Tarnagda, que met en scène le togolais Mawasi Agbedjidji, il est question de la terre. Celle que l’on quitte, celle où on cherche à s’enraciner, celle qu’on emporte à la semelle de ses souliers quand nous sommes obligés d’aller vers une autre terre.
De quoi sommes-nous faits s’interroge le chorégraphe Andreya Ouamba qui, avec la danseuse Clarisse Sagna, le guitariste Press Mayindou, l’auteur Kouam Tawa, propose sur des accords de rumba, une variation autour de l’autorité, et explique, « traversant les coins de ma mémoire, je souhaite partir de moi, de mon histoire, pour comprendre une société et peut-être en rêver une autre ». Ce sont l’auteure Nancy Huston et la danseuse Germaine Acogny, deux artistes majeures qui ont jalonné son parcours, que le danseur chorégraphe Salia Sanou invite dans son univers pour approfondir, en deux duos, le thème de la rencontre et de l’altérité. (Multiple-S)

Pour cette édition, le Festival a décidé de braquer ses projecteurs sur les artistes et auteurs québécois dont, « la pugnacité et l’autonomie continuent de s’affirmer vis-à-vis de nos goûts, autant que s’aiguise leur particularisme au sein des Amériques », remarque Marie-Agnès Sevestre.
Parmi les nombreuses propositions citons, La Fureur de ce que je pense de Nelly Arcan (1973-2009), étoile filante de la littérature québécoise dont l’œuvre d’une saisissante puissance d’écriture est marquée par le mal de vivre, le sexe, le jeu des apparences. Un spectacle vertigineux sur la fragilité humaine que signe Marie Brassard qui fut longtemps la collaboratrice de Robert Lepage. A signaler aussi Antioche de Sarah Berthiaume mise en scène par Martin Foucher. Spectacle qui noue ensemble réalisme et fantastique, le cruel et le poétique pour dire la révolte d’une jeunesse qui se dresse devant les absurdités d’un monde devenu irrespirable.
Pour sa part, le metteur en scène musicien québécois, Roland Auzet adapte pour la scène et deux comédiens Ecoutez nos défaites de Laurent Gaudé. Un récit inquiet et aux multiples embranchements qui, selon le metteur en scène, « constate l’inanité de toute conquête et affirme que seules l’humanité et la beauté valent la peine qu’on meure pour elles ». Avec Petite sorcière une manière de thriller fantastique qui raconte les tribulations et angoisses d’une petite fille sur le chemin de son autonomie, les québécois ont pensé à glisser dans leurs bagages un très goûteux spectacle jeune public.


Les voyages étant une des bonnes façons de tendre l’oreille aux bruits du monde, Les Francophonies nous proposent un détour du côté de l’Inde, à Pondichéry, là où Koumarane Valevane, ancien comédien du Théâtre du Soleil, a fondé le Théâtre Indianostrum. Avec sa troupe d’acteurs, musiciens, danseurs, marionnettistes, il a fourbit une manière de chimère, Chandâla, l’impur, qu’il nomme « un plagiat » de Roméo et Juliette. Si l’on sait que dans cette version très personnelle de la pièce de Shakespeare, au croisement du théâtre moderne et des formes traditionnelles, Roméo est un intouchable et Juliette est issue des brahmanes, on se doute que le spectacle dénonce avec faste et beauté, les méfaits tragiques du système de caste qui règne en Inde. (En rentrant de Limoges, le spectacle fera un crochet par Paris, au Théâtre du Soleil, les 5,6,7 octobre).
Une autre grande virée emmènera les spectateurs du Festival du côté des Caraïbes, en Martinique avec La fabrique tropicale une carte blanche donnée à la scène nationale de l’île, qui explore les nouvelles formes de la création créole.

C’est avec un programme dense et alléchant, ourlé de performances, de spectacles musicaux aux multiples accords et sonorités, d’expositions, de nombreuses lectures et rencontres que Marie-Agnès Sevestre, qui désire courir de nouvelles aventures, signe sa dernière édition de directrice des Francophonies en Limousin. A sa tête depuis treize ans, elle n’a cessé d’ajouter des zébrures à l’emblème du Festival et de la faire rayonner au-delà de Limoges et de l’Hexagone. Passant dans le programme le relais à son successeur, Hassane Kassi Kouyaté, fils du comédien fétiche de Peter Brook Sotigui Kouyaté, et fondateur de la scène nationale de la Martinique, elle nous dit, « c’est un homme à l’horizon vaste, mais aussi d’une grande exigence intellectuelle, qui rejoint Limoges. J’aurais beaucoup de plaisir à lui transmettre ce très bel outil culturel, artistique qu’est le Festival des Francophonies, qu’il saura faire grandir encore ».

Les Francophonies en Limousin du 26 septembre au 6 octobre
Tel 05 55 32 44 20 www.lesfrancophonies.fr

Photos « De quoi sommes nous fait ?! » ©Elise Fitte-Duval, « La Fureur de ce que je pense » © Michael Slobodian, « Chandâla, l’impur » © Philippe Liezi

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