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Le festival d’automne 47ème édition

par Dominique Darzacq

Le festin de la rentrée

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Fidèle à lui-même, c’est-à-dire pluridisciplinaire, international, attentif à ce qui nait et fait remous, le Festival d’automne occupe une place de choix dans le panorama théâtral de la rentrée et désormais s’éclate au-delà de l’octroi. C’est ainsi que pour cette nouvelle édition ( 12 septembre - 31 décembre) et par le jeu de ses partenariats, il s’affiche notamment à Bobigny (MC93), Aubervilliers (Théâtre de la Commune), Gennevilliers (T2G) et aussi au Théâtre Nanterre Amandiers où l’on pourra revoir ou découvrir Rêve et folie de Georg Trakl, l’ultime spectacle de ce quasi pensionnaire du Festival d’Automne qu’est Claude Régy , maître d’expériences radicales aux confins du langage et qui pour définir ce qui l’obsède cite Nathalie Sarraute qui, dans son ouvrage L’Ere du soupçon écrit « Les mots servent à libérer une matière silencieuse qui est bien plus vaste que les mots ».
De quelques fidélités
Au chapitre des fidélités, on retrouve cette saison Julien Gosselin qui se plait à organiser de longues traversées multimédia autour des œuvres littéraires. Ce sera celle de huit heures créée au Festival d’Avignon qui propose une lecture croisée de l’œuvre de l’écrivain américain Don De Lillo ( Joueurs, Mao II, Les Noms à L’Odéon) et une forme brève à la MC93, « Père » d’après « L’Homme incertain » de Stéphanie Chaillou.
C’est également avec deux créations que revient Sylvain Creuzevault. : Les Démons d’après Dostoïevski, vertigineuse fresque politique et philosophique tisonnée dans « l’intention de dresser entre révolution et spiritualité une dialectique du rire et de l’effroi » et pour laquelle le metteur en scène a demandé à Valérie Dréville et Nicolas Bouchaud de rejoindre sa troupe d’acteurs (Théâtre de l’Odéon). Puis ce sera Les Tourments , spectacle composé de courtes pièces de Jack London et Stéphane Mallarmé que Sylvain Creuzevault qualifie de « peintures animées », de « natures vives » et envisagées, « pour redonner au théâtre sa force de consolation collective » (MC 93).

Le retour de ce maître de la scène européenne qu’est Krystian Lupa est toujours un événement et c’est comme tel qu’est attendue sa dernière création Le Procès d’après Kafka, qui nous dit des choses non seulement sur l’état actuel de la Pologne, mais sur l’Europe (Théâtre de l’Odéon). Parmi les habitués, on retrouve avec plaisir le collectif flamand TGStan qui transgresse avec humour les conventions théâtrales, brouille les frontières entre l’art et la vie en mettant l’acteur au centre de son travail et de ses analyses. Ce sera avec Atelier et, en puisant dans l’œuvre de Bergman, avec Infidèles et La Répétition . Comme à son habitude la troupe prendra ses quartiers d’automne au Théâtre de La Bastille où l’on pourra, également dans le cadre du Festival, voir ou revoir le magnifique spectacle du portugais Tiago Rodrigues, Sopro , une réflexion poétique sur la mémoire et le théâtre autour de ce personnage de l’ombre mais nécessaire qu’est le souffleur (voir l’article de Corinne Denailles https://webtheatre.fr/Sopro-de-Tiago-Rodrigues). C’est aussi autour de la mémoire, du théâtre et de la transmission que s’articule By heart spectacle présenté, lui, à l’Espace 1789 de Saint-Ouen.
Tandis que le suisse Milo Rau , avec Reprise, Histoire(s) du théâtre , reconstitue l’enquête d’un fait divers – un meurtre homophobe – de manière à la fois documentaire et allégorique pour nous ramener à la naissance de la tragédie (Théâtre Nanterre Amandiers), Maxime Kurvers, metteur en scène et scénographe s’empare de la première tragédie connue du monde occidental, Les Perses d’Eschyle et emprunte à Nietzche pour nous livrer une méditation pointue sur la représentation théâtrale et l’acteur ( Naissance de la tragédie Théâtre de la Commune).
Parmi les spectacles singuliers et hors normes, on ne peut ignorer Complete works : table top Shakespeare , conçu par le collectif anglais Forced Entertainment, qui propose, joué par un seul acteur sur un coin de table, avec salière, poivrier et autres accessoires comme personnages, une intégrale Shakespeare, soit 36 comédies et tragédies résumées en moins d’une heure . Il est à prévoir qu’il n’y a pas que les petits vernis qui, au siècle dernier, ont vu un Presqu’Hamlet du même tonneau joué par Gilles Privat sous la houlette de Dan Jemmett, qui seront alléchés par cette manière joyeusement inattendue de redécouvrir Shakespeare.


« Je suis troublée par le désordre dans lequel on vit qui semble nous mener à la destruction, j’essaie de comprendre pourquoi ça se passe ainsi et comment ça pourrait être autrement. Alors j’ai voulu traiter ce questionnement par la poésie en parlant à un cheval avec des poèmes et des chansons » explique Laetitia Dosch qui, pour sa troisième création, Hate partage la scène avec un cheval. Avec ce spectacle, et ceux d’Emilie Rousset : Rencontre avec Pierre Pica , de Marion Sifert : Le Grand sommeil et de Géraldine Martineau La Petite sirène d’après Andersen , c’est la jeune création au féminin que nous fait découvrir le Festival d’Automne qui par ailleurs a choisi pour cette nouvelle édition de brosser, en quelque douze pièces chorégraphiques, le portrait d’Anne Teresa De Keersmaeker. Un second portrait est dédié au compositeur canadien Claude Vivier ( 1948-1983) qui fut un des disciples de Karlheinz Stockhausen. Parmi les cinq programmes qui constituent ce portrait, Kopernikus, un rituel des morts pour lequel il a lui-même écrit le livret et que l’on verra au Théâtre de la Ville-Espace Cardin en décembre.
Japon : Le proche et le lointain
C’est en ouvrant la focale de la tradition à la modernité que le Festival braque ses projecteurs sur le Japon. Ce sera d’abord avec deux spectacles Kabuki, forme théâtrale épique extrêmement raffinée et codée dont les origines remontent au XVIIème siècle. Dans le Kabuki - Ka, le chant ; Bu : la danse ; Ki : les arts de la scène, les rôles de femmes sont tenus par des hommes, des onnagatas dont l’art n’est pas de jouer une femme mais d’en suggérer l’essence. Au programme deux pièces classiques et populaires du répertoire interprétées par deux légendes vivantes du Kabuki contemporain : Na Kamura Shidô II et Kamamura Shinozuke II (Théâtre national de Chaillot).
« La logique de la tradition est de se réécrire sans cesse au présent » explique Hiroshi Sugimoto, artiste plasticien scénographe qui aime à explorer la tradition scénique de son pays. C’est le Kyôgen, pendant populaire et comique du Nô qu’il revisite avec Sambaso, danse divine interprété par trois générations de maîtres du kyôgen. A l’affiche également, côté danse Saburo Teshigawara et côté théâtre de jeunes artistes qui aiment à brouiller les pistes et les codes et sont représentatifs de la scène contemporaine japonaise. Parmi ceux-ci, Toshiki Okada, mais aussi, moins connus et à découvrir au Théâtre de Gennevilliers : Kurô Tanino( The Dark Master), Shû Matsui (Un fils formidable). Pour sa part, Hideto Iwaï qui s’attache à retracer avec humour les parcours singuliers des gens qu’il rencontre, présentera sa première création en français, inspirée de la vie des participants, professionnels et amateurs, rencontrés à Gennevilliers (Wareware no moromoro, Nos histoires).
Il y aura à voir bien d’autres spectacles, inattendus, fascinants, bouleversants aptes à nous sortir de nos torpeurs puisque c’est au total une soixantaine de manifestations de théâtre, danse, musique, performances, installations plastiques, que nous propose cette 47ème édition dédiée à la mémoire de Pierre Bergé, « dont l’engagement auprès des artistes et de la création continue de nous guider » nous dit Emmanuel Demarcy-Mota, directeur du Festival d’Automne.

Festival d’Automne à Paris du 12 septembre au 31 décembre
Renseignements et réservations tel 01 53 45 17 17
www.festival-automne.com

Photos : « Dark master » (Kurô Tanino ©Takashi Horikawa, « Le Procès » Kafka/ Lupa © Magda Hueckel, « Hate » (Laetitia Dosh) © Dorothée Thebert Fillige

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