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Critiques / Festival

Le desespoir tout blanc d’après l’œuvre de Clarisse Nicoîski

par Marie-Laure Atinault

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Lili a une grosse tête, une drôle de démarche. Un rire qui part en vrille et qui dérange les autres. Alors elle prend une tape sur la tête. Cette tête qui lui fait si mal avec toutes ses épines qui lui rentrent dedans. Les autres disent qu’elle est idiote. Elle n’est pas idiote, elle le sait bien elle, qu’elle n’est pas idiote. Elle voit les choses différemment, voilà tout. A force de tapes sur la tête elle apprend à ne pas dire certaines choses. Parfois les mots se bousculent dans sa bouche sans qu’elle puisse les arrêter. Elle aime les couleurs, la couleur du sang, parce que c’est rouge. Elle aime lorsque Maman lui caresse la joue mais c’est si rare ! Lili n’est pas idiote, mais elle voudrait tellement ne plus sentir que Papa ne supporte pas de la voir manger.

La différence dérangeante

Le silence du cœur et le bruit assourdissant de ceux qui ne parlent pas le même langage que nous parce qu’ils sont différents est ici dépeint de façon poignante. Le texte de Clarisse Nicoïdski explore les neurones de Lili que l’ on a vite catégorisée, cataloguée comme idiote. La maladie ou la malformation dont souffre Lili importe peu. Ce qui importe ce sont ses émois, ses sentiments que l’on souhaiterait accessoires afin de mieux s’en débarrasser car Lili ne rentre pas dans le moule et cela n’est pas pardonnable. Autour de l’exceptionnelle Catherine Berriane qui compose une Lili attachante dans son humanité bouleversée, Daniel Mesguich fait apparaître par touches successives le monde carcéral et psychiatrique dans lequel on veut l’enfermer. Un comédien et deux comédiennes personnifient le monde de répression que va devoir subir cet être sans défense. Le texte est d’une poésie sauvage, ravageur car il pointe en nous comme un ardillon notre propre différence et le regard que nous portons (malgré nous) sur ceux qui ne sont pas d’une banalité de fait. Une banalité rassurante et dont les réactions correspondent aux schémas. Catherine Berrriane ne joue jamais sur la facilité de la déformation physique du personnage, même si elle porte une perruque, son travail intense tout en finesse donne à Lili une pathétique affinité avec le public. Lorsqu’elle chante avec cette voix magnifique, la voix intérieure de Lili, elle nous rappelle qu’il faut se méfier des apparences. Comme il faut se méfier de l’affiche qui ne rend pas compte de l’ambiance de ce spectacle exigeant, dérangeant, indispensable.

Mise en scène de Daniel Mesguich avec Catherine Berriane. Théâtre de la Luna Avignon à 13H15 jusqu’au 28 juillet 2007.
www.avignonfestivaletcompagnies.com

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