Opéra national de Paris – Bastille jusqu’au 9 octobre 2010
Le Vaisseau Fantôme de Richard Wagner
Belles voix pour une introspection psychanalytique de dix ans d’âge
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- 16 septembre 2010
- Critiques
- Opéra & Classique
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Exit le port mouillé de vagues, exit les voiliers balayés par les tempêtes : dans la mise en scène de Willy Decker le vaisseau du Hollandais volant n’est arrimé que dans la tête de Senta, la fille du marchand Daland, capitaine au long cours et vieux bourlingueur davantage attiré par les richesses que par les sentiments. Cette réalisation sur fond d’introspection psychanalytique a été forgée par le metteur en scène allemand il y a dix ans sur cette même scène de l’Opéra Bastille.
Elle n’a pas vraiment vieilli mais ne surprend plus. Cette fuite en avant sous forme de détournement de sens a fait bien des adeptes durant ces deux dernières décennies. Jusqu’à en paraître familière ou négligeable. Se justifie-t-elle encore ? La réponse repose sur le talent des interprètes, s’ils y croient, s’ils sont en voix et en présence, si l’orchestre épouse les tourments de la musique, la partie est gagnée.
Du dedans au dehors
Á Bastille, pour cette reprise qui ouvre la saison le résultat navigue entre deux eaux. L’élégant décor de Wolfgang Gussmann est toujours en place : murs gris pâle, porte géante s’ouvrant en biais sur le néant de l’océan, ouverture au centre meublé du tableau gigantesque de cette même masse de vagues et d’écume qui s’animera au gré des rêveries de Senta. Du dedans au dehors, l’espace est vide, tantôt salon bourgeois, tantôt no man’s land des fantasmes de la jeune femme qui a lu ou entendu parler de ce marin maudit qui erre depuis des siècles sur des mers hostiles et qui, tous les sept ans, peut jeter l’ancre pour tenter de trouver l’objet qui mettra fin à sa malédiction : une femme qui lui sera fidèle jusqu’à la mort. A travers un portrait qu’elle révère comme une icône, Senta s’est éprise du mystérieux navigateur, héros d’une ballade que lui chantait déjà sa nourrice quand elle était enfant. Le Hollandais débarque sous les dehors d’un capitaine fortuné. Daland lui promet sa fille. Celle-ci aussitôt lui jure fidélité. Mais elle aime aussi et est aimée du jeune chasseur Erik qui pressent que ça ne tourne pas rond dans le cœur de sa belle. Le Hollandais se croit trahi et retourne à son errance. Il ne reste à Senta qu’à mourir pour lui prouver sa foi. Elle se jette dans les flots mais chez Willy Decker, elle reste dans son salon et se poignarde. Tout cela n’était qu’une chimère…
Des wagnériens rôdés et deux belles découvertes
De belles voix ont été réunies pour défendre ce qui fut le premier véritable grand opéra de Wagner inspiré à la fois d’une nouvelle du poète Heinrich Heine sur le mythe du juif errant et de sa propre expérience en mer. Des wagnériens rôdés : le finlandais Matti Salminen chante Daland depuis des décennies et continue à 65 ans à en être l’écho fidèle, tant vocalement – malgré quelques hésitations dans les graves les plus abyssaux – que par son jeu direct. La basse américaine James Morris au jeu monochrome est également un habitué de ce Hollandais volant, la voix reste chaude dans les premières scènes mais elle se fatigue peu à peu et perd finalement son relief… Comme son personnage en somme, mais c’est involontaire.
Erik et Senta constituent les deux belles découvertes de la distribution. Le premier, Klaus Florian Vogt, blond aux yeux clairs comme un authentique héros aryen, ajoute à sa présence un timbre d’une clarté parfaite, un legato sans ombre, une diction de cristal, la deuxième, la soprano canadienne Adrianne Pieczonka, a les qualités d’une Senta presque idéale, une présence rayonnante, un timbre large, des aigus célestes et la respiration ample. Dans les seconds rôles du Steuermann et de Mary la nourrice, Marie Ange Todorovitch et Bernard Richter tiennent parfaitement leurs personnages et les chœurs sont, comme d’habitude à l’Opéra de Paris, de belle qualité.
L’orchestre dirigé par autre vieux routier, pilier de Bayreuth, Peter Schneider, file sans état d’âme. Musicalement correct, ce qui est, pour ce type de partition de feu et de flamme, platement insuffisant.
Le Vaisseau Fantôme de Richard Wagner, orchestre et chœur de l’Opéra National de Paris, direction Peter Schneider, mise en scène Willy Decker réalisée par Alejandro Stadler, décors et costumes Wolfgang Gussmann, lumières Hans Toelstede. Avec Matti Salminen, James Morris, Adrianne Pieczonka, Klaus Florian Vogt, Marie-Ange Todorovitch, Bernard Richter .
Opéra Bastille, les 9, 14, 21, 24, 27, 30 septembre, 6, 9 octobre à 19h30, le 3 octobre à 14h30.
08 92 89 90 90 - +33 1 72 29 35 35 – www.operadeparis.fr



