Opéra National de Paris – Palais Garnier jusqu’au 13 février 2013
Le Nain de Zemlinsky – L’Enfant et les Sortilèges de Ravel
Reprise d’un diptyque curieusement assorti mais non sans charmes
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- 28 janvier 2013
- Critiques
- Opéra & Classique
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Ravel, génie malicieux de la musique française et Zemlinsky, l’autrichien, chantre de la solitude n’ont sans doute rien en commun. Deux de leurs œuvres se trouvent pourtant jumelées en un seul spectacle. Deux contes fantastiques pour un public d’enfants ?
Pas si sûr !
Si Ravel a trouvé chez Colette la charmeuse le sujet d’une escapade enfantine dans les rêves d’un vilain garnement, les déboires de ce Nain offert comme un jouet et auquel Zemlinsky s’identifiait n’ont plus grand-chose à partager avec un conte de fées.
Les mises en scène que l’Opéra de Paris remet à l’affiche du Palais Garnier où elles furent créées en 1998, témoignent assez bien de ce hiatus. Elles sont signées par deux hommes de théâtre anglais Richard Jones et Antony McDonald qui ne feront plus qu’une seule apparition à Paris en 2002 avec la réalisation de Juliette ou la Clé des Songes de Martinu. Ils tentent de concilier l’inconciliable, la fantaisie de Ravel, la tragique de Zemlinsky, mais n’y arrivent pas. Il y a un an, à l’Opéra de Lyon une équipe venue de Pologne avaient davantage soutenu le pari. La féerie de Ravel était présentée en prologue et le drame de Zemlinsky en devenait le dénouement. Aux rêves d’un sommeil d’enfant succédait le réveil d’un mal être adulte. (voir WT du 29 mai 2012). Le choix était logique.
Le parti-pris inverse des metteurs en scène britanniques accentue l’absence de parenté entre les deux œuvres même si un rideau de scène où figurent leurs principaux inspirateurs leur sert d’ouverture commune. C’est donc Le Nain dont Zemlinsky trouva le sujet dans L’anniversaire de l’Infante, une nouvelle d’Oscar Wilde qui ouvre, si l’on peut dire, le bal.
Des sonorités qui brûlent
Zemlinsky, professeur puis beau-frère de Schönberg aimait Alma Schindler qui lui préféra Mahler. Zemlinsky attribua son échec à sa disgrâce physique, il se trouvait laid et reporta sa frustration sur le personnage de ce nain difforme qui, ne s’étant jamais vu dans un miroir, ignore son état. Il est offert en guise de cadeau d’anniversaire pour les 18 ans de l’Infante Clara. Par jeu pervers elle lui révèle son infortune physique. Il en meurt.
La toile de fond du décor avec sa forêt d’asperges phalliques en souligne lourdement le symbole. Les ocres sans grâce, les costumes sans charme accentuent le ridicule de la situation. On assiste à une farce dont la musique n’est pas farce du tout. Le langage de Zemlinsky est pathétique, c’est un romantique déchiré qui soigne ses plaies dans des sonorités qui brûlent.
Maniant une marionnette en habit blanc représentant un homme petit mais pas défiguré, le ténor américain Charles Workman tente d’incarner ce nain troubadour souffre-douleur. La voix est singulière et son étrangeté correspond à l’étrangeté du personnage, mais la présence, entravée par la manipulation du jouet, manque d’aplomb. Transformée en Barbie vicieuse, la soprano Nicola Beller Carbone au timbre clair fait de l’Infante une poupée sans cœur ni âme tandis que Beatrice Uria-Monzon insuffle au contraire à Ghita, la suivante, une belle dose d’humanité.
Jazz et blues
Ravel est davantage à la fête, son univers s’envole vers les cintres en objets géants, défigurés par l’imaginaire de l’enfant, théière, horloge, fauteuil, tasse chinoise, rainette, pastourelle et autre chouette ou créature aux proportions fantasmées. Le rythme est celui du music hall et il s’accorde au Ravel qui s’amusait à injecter du jazz et des blues à sa musique si latine. Gaëlle Méchaly est l’Enfant, gamin boudeur qui, en faisant le méchant, cherche à sortir des jupes de « maman », François Lis en Fauteuil, Alexandre Duhamel et Diana Axentii en chat et chatte énamourés délicieusement miaulant, Amel Brahim Djelloul en princesse glamour. L’ensemble de la distribution a du rythme et de l’allant. Une bonne moyenne, sans révélation et sans faux pas.
Paul Daniel dirige le diptyque en cadences ordonnées. Un peu cassantes pour Zemlinsky, toutes en vivacité pour Ravel.
Le Nain d’Alexander von Zemlinsky d’après Oscar Wilde, l’Enfant et les Sortilèges de Maurice Ravel et Colette, orchestre et chœur de l’Opéra National de Paris, direction Paul Daniel, maîtrise des Hauts de Seine, chœur d’enfants de l’Opéra National de Paris, chef de chœur Patrick-Marie Aubert, mises en scène, décors et costumes Richard Jones et Anthony McDonald, lumières Matthew Richardson, chorégraphie Amir Hosseinpour. Avec : Nicola Beller Carbone, Vincent Le Texier, Charles Workman, Béatrice Uria-Monzon, Melody Louled Jian, Diana Axentii, Pranvera Lennert, Marie-Cécile Chevassus. / Gaëlle Méchaly, Cornelia Onciou, Valérie Condoluci, Mélody Louledjian, Amel Brahim-Djelloul, Andrea Hill, Chenxing Yuan, François Lis, Alexandre Duhamel, François Piolino, Anne-Sophie Ducret, Caroline Petit, Vincent Morel, Chae Wook Lim
Palais Garnier, les 23, 26, 29 janvier, 4, 6, 9, 11, 13 février à 19h30
08 92 89 90 90 - +33 1 72 29 35 35 – www.operadeparis.fr






