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Critiques / Théâtre

Le Ministre japonais du commerce extérieur de Murray Schisgal

par Jean Chollet

Journées de dupes

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Auteur et scénariste américain, né en 1926 à New-York, Murray Schisgal a été révélé en France entre 1963 et 1965 à travers les créations de Laurent Terzieff et Maurice Garel (Les Dactylos, Le Tigre, Love ). Descendant d’une famille d’immigrés russes, vivant à Brooklyn, ses pièces, situées entre la comédie de mœurs et la satire, sont issues de son observation de la société new-yorkaise d’après la Seconde Guerre mondiale. En prenant distance avec la réalité, pour porter les accents du vaudeville aux frontières de l’absurde, à travers les situations et les mutations identitaires de ses personnages.

Cette pièce datée de 1992, fait ici l’objet d’une première mondiale dans l’adaptation et la mise en scène de Stéphane Valensi. Inspirée par Le Revizor de Nikolaï Gogol, elle se situe au cœur de l’Amérique profonde dans le New-Jersey. Le maire de la petite ville de Dukpond, Roger Echelberry (Marc Berman), est persuadé de l’arrivée imminente du ministre japonais du Commerce extérieur. Voyant dans cette venue manière d’en tirer profit, il convoque son conseil municipal, composé d’une juge alcoolique (Nathalie Gauvin), d’un médecin spéculateur (Daniel Kenigsberg) et du chef - black et réac - de la police locale (William Edimo). Puis charge deux agents immobiliers, les frères Chichinsky (Bartholomew Boutellis et Marc Schapira) de s’enquérir du prestigieux visiteur pour l’inviter dans sa maison avec la complicité de sa femme (Nathalie Lacroix) et de sa fille (Ariane Pawin). L’arrivée du ministre Hakara (Matthieu Marie) flanqué de se servante Toshiba (Juliette Savary) en costumes traditionnels, déclenche une suite de situations délirantes et cocasses, puisque les deux acolytes sont des comédiens fauchés en rupture d’une tournée de Miss Saïgon, exploitant sans vergogne la méprise de leur nouvel entourage.

A travers leur aveuglement et leur crédulité, les protagonistes révèlent leurs ambitions mercantiles et leurs esprits
étroits, refusant jusqu’au bout l’évidence comme une ultime bouée de sauvetage à leurs destins médiocres. Le rêve américain a changé de camp, puisqu’après Pearl Harbour et Hiroshima, il se situe dans l’ambition d’une tournée de conférences au pays du soleil levant. Dans le décor à deux niveaux de André Acquart, dont les articulations contribuent au rythme et à la résonance de la pièce, la représentation s’attache surtout à orchestrer ses ressorts comiques en relation avec l’écriture syncopée de Schisgal, par ailleurs passionné de jazz. Dans sa grande majorité, l’ensemble de l’interprétation abonde dans ce sens et ménage quelques scènes hilarantes qui donnent tout le sel de cette comédie. On peut toutefois regretter que cette orientation dominante gomme une part de la charge grinçante portée par la pièce. Mais les occasions de rire étant rares, on ne boudera pas pour autant son plaisir.

© Arnaud Regnier-Loilier

Le Ministre japonais du commerce extérieur, de Murray Schisgal, adaptation française et mise en scène Stéphane Valensi, avec Marc Berman, Bartholomew Boutellis, William Edimo, Nathalie Grauwin, Daniel Kenigsberg, Nathalie Lacroix, Matthieu Marie, Ariane Pawin, Juliette Savary et Marc Schapira. Scénographie André Acquart, lumière Pierre Gaillardot, costumes Rose – Marie Melka, musique et son Denis Gamblez. Durée : 1 h 45. Théâtre 13 – Paris jusqu’au 16 décembre 2012.

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1 Message

  • Le Ministre japonais du commerce extérieur de Murray Schisgal 15 novembre 2012 09:53, par denis jansolin

    Excellent spectacle,et ce n’est pas parce que j’aime bien Schisgal et Valensi mais c’est vrai que leur heureuse collaboration fait la difference.Il y a longtemps que Valensi travaille sur M.Schisgal et là on en voit tout le résultat.
    La pièce est légère et sérieuse en même temps, il n’y a pas de gros message bien lourd et bien de gôche ; non on passe un très bon moment de pur théâtre et on se régale...surtout à la fin qui est très belle.
    Valensi mérite de continuer sa belle carrièreavec des moyens adhoc.D.J

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