Paris – Opéra Comique jusqu’au 17 avril 2011

Le Freischütz de Carl Maria von Weber

Le bonheur est dans la fosse et dans les voix

Le Freischütz de Carl Maria von Weber

Avec ce Freischütz créé en 1821 à Berlin, Carl Maria von Weber (1786-1826) signait, à l’automne de sa vie, l’acte fondateur de l’opéra romantique allemand. Une histoire où le patriotisme se mêle au fantastique, où les relents de folklore rejoignent les accents d’une musique qui se veut résolument moderne, à la façon de l’opéra-comique français dont Weber était un grand admirateur. Si bien que vingt ans plus tard, Hector Berlioz assisté d’Emilien Pacini pour la traduction, en concocta une version française ornée de récitatifs inédits en remplacement des dialogues originaux.

C’est cette version, peu représentée, qui vient de s’installer salle Favart où musicalement elle trouve sa juste place, passant des dimensions pour grand orchestre à l’intimité d’un lieu dont l’acoustique colore judicieusement les élans fleuris. Un écrin sonore dont Sir John Eliot Gardiner à la tête de son Orchestre Révolutionnaire et Romantique se sert à merveille pour que jaillissent les mélodies et rythmes dans leur jus d’origine, des instruments d’époque, notamment ces cors naturels sans piston qui scandent les marches de la chasse et dérapent parfois joyeusement.

Car il en faut pour raconter en musique ce conte de fées et de diables pour enfants pas sages à la façon des frères Grimm : l’histoire du pauvre Freischütz (franc tireur)-Max qui ne peut épouser sa bien aimée Agathe que s’il est vainqueur d’un concours de tir organisé par le prince du Land de Bohème. Il a toujours été le meilleur mais voilà qu’il se fait battre par un paysan local. Désespéré il se confie au veneur Gaspard qui a vendu son âme au diable Samiel et qui cherche à la récupérer en lui offrant une victime toute fraîche. La noce se prépare tandis que Max, comme envoûté, se rend à l’inquiétante Gorge-aux-Loups pour y prendre les balles magiques qui doivent lui assurer un tir parfait… Tout va mal mais se terminera bien.

Finesse et allant dans la fosse et distribution de poids légers

En musique et dans le texte, c’est la nature qui est au centre de l’épopée. A l’inverse de ce que le metteur en scène Dan Jemmett a fabriqué, une sorte de bric-à-brac bourgeois des années 30 du 20ème siècle, sur fond de fête foraine dont les badauds nantis portent des gilets brodés à la mode tyrolienne. C’est d’une laideur à faire peur et ce n’est pas, hélas, le premier faux pas que l’Anglais fait subir à l’opéra (voir sur webthea, la critique d’Ormindo de Cavalli du 7 mai 2007 et celle de Béatrice et Bénédicte du 1er mars 2010).

L’âme de ce singspiel allemand complété par une délicieuse Invitation à la valse composée par Berlioz se trouve donc dans la justesse, la finesse, l’allant de la fosse, et, sur scène, grâce à une distribution de poids légers – à l’exception du Gaspard musclé du baryton basse israélien Gidon Saks se régalant en méchant -. Souple et pudique le ténor Andrew Kennedy donne de Max une image presque frêle, bienvenue dans le désordre mental où l’entraîne l’émule de Satan. Matthew Brook, en père de la promise, Alexander Asworth en concurrent loyal, Robert Davies en prince, Luc Bertin-Hugault en ermite sont tous parfaitement à leurs places et dans leurs rôles. C’est le comédien Christian Pélissier qui incarne avec morgue, cornes et voix éraillée Samiel le diable. Au rayon des filles Sophie Karthäuser, Agathe amoureuse et superstitieuse, fait entendre un legato d’une pureté angélique tandis que Virginie Pochon vive et primesautière en cousine Annette, lui donne la réplique du réconfort et de l’espoir.

Le Freischütz de Carl Maria von Weber, livret de Friedrich Kind. Version française établie par Hector Berlioz, récitatifs et traduction du compositeur et d’Emilien Pacini pour le texte.
Orchestre Révolutionnaire et Romantique et Monteverdi Choir, direction Sir Eliot Gardiner. Mise en scène Dan Jemmett, décors Dick Bird, costumes Sylvie Martin-Hyszka, lumières Arnauld Jung, chorégraphie Cécile Bon. Avec Sophie Karthäuser, Andrew Kennedy, Virginie Pochon, Gidon Saks, Matthew Brook, Samuel Evans et Alexander Asworth (en alternance), Luc Bertin-Hugault, Christian Pélissier.

Opéra Comique, les 7, 9, 11, 13, 15 avril à 20h, le 17 à 15h

0825 01 01 23 – www.opera-comique.com

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage,...

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