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Critiques / Théâtre

Le Dindon de Georges Feydeau

par Jean Chollet

Scènes de la vie conjugale

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Plus que jamais, en cette période de morosité ambiante, le rire porte des vertus thérapeutiques dont le théâtre n’a pas à se priver. Et, parmi ses propagateurs, le maître du vaudeville, Georges Feydeau, tient le haut du pavé. Cette pièce en trois actes, créée en 1896 au Théâtre du Palais-Royal à Paris, en fournit une brillante illustration. Un tourbillon infernal porté par un comique féroce, qui croise les couples des amis Pontagnac et Vatelin, flanqués d’un célibataire cavaleur - qui en attendant mieux fréquente une cocotte - bientôt rejoints par une britannique volcanique et son époux anglais à l’accent marseillais, ou encore par un médecin major à la retraite et sa femme sourde comme un pot. Tous entrainés dans une ronde extravagante faite de rencontres intempestives, de quiproquos et de rebondissements en cascade, pour tisser à travers les intrigues d’une logique absurde imparable un tableau hilarant et cruel de la bourgeoisie du XIX° siècle. Un bijou de précision, dont les situations et les répliques percutantes éclairent différents aspects des rapports conjugaux et de l’adultère, des lâchetés et des ruses qu’ils suscitent, comme des désirs et des besoins de vengeance qu’ils engendrent. Et, dans ces registres, les hommes en prennent pour leur grade. Comme le dit un des protagonistes - qui ne sera pas le plus mal loti – “ Les maris des femmes qui nous plaisent sont toujours des imbéciles.”, une affirmation vérifiée tout au long de cette délirante comédie qui au bout du compte préserve la morale établie et sauve les apparences.

Cette nouvelle version est animée avec tonicité et allégresse par la mise en scène de Philippe Adrien, habituellement porté vers d’autres univers, qui introduit dans le respect des modes du vaudeville une modernité et un souffle dévastateur. Entre farce et gravité. Il pousse la fameuse mécanique scénique de Feydeau jusqu’au délire cauchemardesque, variant les rythmes de sa progression émaillée de trouvailles, mêlant l’expressionisme à l’onirisme, le burlesque aux gags, sans hésiter parfois à un peu trop grossir le trait. Dans le décor à double tournette de Jean Haas, animant habilement les localisations et les fluctuations des intrigues, la première scène durant laquelle Pontagnac poursuit Lucienne Vatelin de ses assiduités relève ainsi d’un modèle du genre. Mais ce sommet comique n’atteindrait pas toute sa mesure sans l’interprétation épatante de douze comédiens unis par un bel esprit de troupe et un engagement corporel de tous les instants. Tous contribuent à rendre jubilatoire un spectacle à consommer sans modération.

Le Dindon de Georges Feydeau, mise en scène Philippe Adrien, avec Vladimir Ant, Caroline Arrouas, Pierre – Alain Chapuis, Eddie Chignara, Bernadette Le Saché, Pierre Lefebvre, Guillaume Marquet, Luce Mouchel, Patrick Paroux, Alix Poisson, Juliette Poissonnier, Joe Sheridan. Décor Jean Haas, lumières Pascal Sautelet, musique et son Stéphanie Gibert, costumes Hanna Sjödin. Durée 2 heures 10. Théâtre de la Tempête, Paris, jusqu’au 24 octobre 2010. Réservations 01 43 28 36 36 et www.la-tempete fr
© Antonia Bozzi

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