Paris- Théâtre de l’Athénée jusqu’au 4 janvier 2009, en tournée jusqu’au 29 janvier
Le Cour du roi Pétaud de Léo Delibes
Les décalages saugrenus d’une royale pétaudière
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- 23 décembre 2008
- Critiques
- Opéra & Classique
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Les Brigands sont de retour à l’Athénée ! Depuis décembre 2002 où une certaine Geneviève de Brabant faisait escale dans le théâtre de Louis Jouvet, c’est devenu une tradition. Offenbach, son Barbe-Bleue, son Docteur Ox et ses Brigands qui donnent leur nom à la troupe mettent chaque hiver le théâtre en fête. La trilogie Albert Willemetz (Ta Bouche de Maurice Yvain, Toi c’est moi de Moises Simons et Arsène Lupin de Marcel Lattès) ces petits bijoux de fantaisies musicales nous ont tous remis en bouche le goût de l’opérette française.
Pour 2008, c’est au tour de Léo Delibes de monter à l’affiche, pas le celui de Lakmé, Sylvia ou Coppélia, mais un Delibes méconnu qui en son temps se frotta avec succès à la musique en bulles de champagne faite pour éclater de rire. Dix opérettes aujourd’hui oubliées naquirent de sa verve, la dernière La cour du Roi Pétaud vient enfin de reprendre vie. Au train d’enfer que lui impriment les joyeux lurons « embrigadés » par Christophe Grapperon à la direction d’orchestre et Jean-Philippe Salério à la mise en scène.
Un dédale de quiproquos farfelus
Comme toutes les œuvres légères de cette fin de Second Empire, cette cour de carnaval royal masque à peine une solide charge contre le pouvoir en place. Les vaudevillistes Adolphe Jaime et Philippe Gille, auteurs du livret en pimentent largement la trame. Où un certain Roi Pétaud VIII, monarque heureux d’une gaillarde Pétaudière voit ses troupes mises KO par l’armée d’Alexibus XXIV, souverain autocrate d’un pays voisin. L’un et l’autre étant devenus pères au sommet de leurs batailles ils décident d’une paix future où Girandole, la fille du premier épouserait le prince Léo, dit Anatole, le fils du second. Dix huit ans plus tard, les amoureux se cherchent dans un dédale de quiproquos farfelus et finissent par se trouver là où ils ne s’attendent plus, dans le débordement des liesses des deux royaumes enfin réunis.
Fidèle au poste Thibault Perrine a formaté l’orchestration aux mesures des treize musiciens de l’orchestre des Brigands et la musique de Delibes s’échappe, légère, de la fosse et gambade en élégance. Ce que l’on entend se situe à l’inverse de ce que l’on voit. La mise en scène de Jean-Philippe Salério emballe, surcharge, pétarade dans la grosse farce et pousse les chanteurs-comédiens-danseurs de la troupe à un jeu outrancier ; Mais ce qui paraît en contradiction avec la musique ne l’est nullement avec la satire qu’elle débusque au fil des improbables aventures de ses royaux héros.
La plus singulière créatrice de chiffons de théâtre
La scénographie de Florence Evrard boitille entre minimalisme et bacchanale de trouvailles. Au premier acte le plateau est pratiquement nu, noir et nu, avec, côté cour, en fond de scène, une sorte de vilain boyau de draps blancs sensé figurer l’entrée de la maternité où va naître la fille du roi Pétaud, et, côté jardin une volée de gradins sans grande utilité. Ils en trouvent au deuxième acte, de dos, côté pile, dévoilant les murs, puis le cocon de soie où est cultivée, à la manière d’une plante, la fille du roi. Au troisième acte ces gradins s’épanouissent enfin, cette fois côté face, dévoilant une cascade de surprises végétales en total accord avec les costumes de poétique dinguerie signés Elisabeth de Sauverzac. Cette femme décidément, d’un spectacle à l’autre, se révèle la plus inventive, la plus inclassifiable, la plus singulière créatrice de chiffons de théâtre.
Chaque personnage a droit à sa touche baroque-barjot, le roi Pétaud en robe de chambre fatiguée (Rodolphe Briand en fait une attendrissante rondeur), l’inquiétant Alexibus en trois pièces blanc, col Mao et perruque noire à la Khadafi (Vincent Deliau très vilain-pas beau de BD), Girandole en falbalas de première communiante (Mélody Louledjian irrépressible oie blanche aux belles envolées de colorature), et, pour le Prince Léo une garde robe complète, de Zorro en cape noire à la tenue de trappeur en passant par un costard doré pour prince rock’n roll. : le rôle a été écrit pour une voix de femme, un travesti qu’Emmanuelle Goizé endosse avec sa voix souple, ses aigus joueurs et son sens du jeu toujours alerte et charmeur.
Si l’abominable Volteface caricaturé à l’excès par Flannan Obé en fait trop, les chœurs exultent en rythmes ravageurs et toute la troupe entraîne la salle en rires et en chansons.
La cour du roi Pétaud de Léo Delibes, livret de Adolphe Jaime et Philippe Gilles, direction musicale Christophe Grapperon, mise en scène Jean-Philippe Salério, orchestration Thibault Perrine, scénographie Florence Evrard, costumes Elisabeth de Sauverzac, lumières Philippe Lacombe , chorégraphie Jean-Marc Hoolbecq.
Avec : Rodolphe Briand, Jean-Philippe Catusse, Vincent Deliau, Claire Delgado-Boge, Gilles Favreau, Emmanuelle Goizé, Olivier Hernandez, François Rougier, Estelle Kaïque, Mélody Louledjian, Xavier Monconduit, Flannan Obé, Camille Slosse, Marie-Bénédicte Souquet, Ainhoa Rubira.
Paris – Théâtre de l’Athénée, les 18, 20, 27, 31 décembre et 3 janvier à 20h, les 23 & 30 décembre à 19h, les 21, 28 décembre & 4 janvier à 16h
05 53 05 19 19 – www.athenee-theatre.com
En tournée jusqu’au 29 janvier à Lannion, Saint Germain en Laye, Clamart, Rungis, Miramas, Alès, Saint Quentin, Beauvais, Besançon, Le Perreux.
Photos : Elisabeth de Sauverzac




