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Critiques / Théâtre

Le Chemin solitaire d’Arthur Schnitzler par tg STAN

par Jean Chollet

Les voies de la liberté sont pavées de mensonges

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Créée en 1989, par de jeunes comédiens flamands issus du conservatoire d’Anvers, la compagnie tg STAN : (S(top) T(hinking) A(bout) N(ames), s’est illustrée très vite par un engagement théâtral rejetant l’illusion pour privilégier dans le collectif une création fondée sur un travail d’acteurs qui libère la représentation de ses conventions. Notamment par une approche distanciée de la notion d’incarnation des personnages, comme dans la manière d’aborder et de porter un texte souvent réduit à l’essentiel. Aujourd’hui, la compagnie compte à son actif une soixantaine de créations, issues en majorité d’auteurs classiques (de Shakespeare à Tchekhov ou d’Ibsen et Brecht à Bernhard) dont certaines ont été présentées en France à partir de l’année 2000. Pour ses vingt ans, tg STAN a répondu aux invitations du Théâtre Garonne et du Festival d’Automne et du théâtre de la Bastille – fidèles partenaires – avec une version française de leur spectacle créé en 2007, qui revisite Le Chemin solitaire d’Arthur Schnitzler. Au cœur d’une famille bourgeoise de Vienne endeuillée par la disparition de Gabrielle, la mère ; le retour du peintre Julian Fichtner, qui a pris la fuite au lieu de l’épouser, lui fait découvrir le fils qu’ils ont conçu ensemble, Félix, élevé par son ami Wegrat et aujourd’hui militaire âgé de 23 ans. Julian entend révéler sa paternité au jeune homme, mû tout autant par un désir de vérité que par un besoin de rédemption problématique à l’aube de la vieillesse. Cette tentative le plonge dans une introspection de sa vie passée. Une existence placée sous l’exigence d’une liberté à même de lui offrir le plaisir sans contrainte et toute latitude pour exercer son art sans se préoccuper d’autrui. Mais, dans quelle mesure peut-on dominer son destin et évacuer la relation avec les autres sont des problématiques soulevées par Schnitzler dans une approche qui trouve écho dans les solitudes de l’écrivain Stephan von Sala ou de la comédienne Irène Herms, ancienne maîtresse de Julian. Trouver le sens de sa vie au regard de son vécu, ou, pour Félix et sa sœur, en puisant dans ses origines, est au cœur des interrogations portées par la pièce. Mensonges, égoïsmes, frustrations, hypocrisies ou trahisons, ponctuent cette quête existentielle âpre et troublante. Le tg STAN en restitue la teneur dans la continuité de sa pratique théâtrale. Sous un plafond technique porteur de néons éclairant un sol blanc, sont disposés quelques objets, chaises, des appareils ménagers et un broyeur industriel, qui tournent évidemment le dos à toute illustration de la Vienne du début du XXe siècle. Un dispositif cohérent au regard de la forme exploitée sur le plateau et à la liberté (apparente) de jeu adoptée par les cinq comédiens, interprètes de huit personnages. Car, une des innovations de la représentation tient dans leur permutation de rôles, signifiante de l’interrelation des destins et des blessures interchangeables dans la condition de chacun. Repoussant tout débordement psychologique et tout sentimentalisme, déconstruisant le texte pour se l’approprier par le verbe et la gestuelle avec une vitalité convaincante, Damian De Schrijver, Jolente De Keersmaeker, Natali Broods, Frank Vercuyssen et Nico Strum, réussissent le plus souvent à en traduire avec bonheur les accents et la complexité. Toutefois, ils ne parviennent pas totalement à s’évader des fondements de leur pratique originale, qui tend à s’ériger en système ayant fait ses preuves et a d’ailleurs inspiré depuis certains jeunes metteurs en scène.

Le Chemin solitaire d’Arthur Schnitzler, par le collectif tg STAN, avec Natali Broods, Jolente De Keersmaeker, Damiaan De Schrijver, Nico Strum, Frank Vercruyssen. Théâtre de la Bastille jusqu’au 17 décembre. Durée 2 heures. Le 19 décembre de midi à minuit, à l’occasion des vingt ans de tg STAN, impromptu XL, durée 12 heures.

© Thomas Walgrave

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