Opéra Comique (Paris)

Le Barbier de Seville

Une bouffonnerie sans sel

Le Barbier de Seville

Ceux qui renâclent devant les transpositions de tout poil et de tout acabit des classiques dans les temps d’aujourd’hui pourraient se précipiter à l’Opéra Comique où Jérôme Savary leur a promis de raconter l’histoire du Barbier de Séville tout simplement, ni plus ni moins. Ils en sortiraient déçus.
Fidélité sans parti pris s’avère pire qu’un parti pris bizarre ou insolent. Dans sa volonté de s’en tenir à l’anecdote, Savary opère une sorte de double mise à plat de Beaumarchais et de Rossini. Tout ce que l’un et l’autre ont apporté à l’esprit révolutionnaire, tant du point de vue politique que musical, est ramené au niveau de la grosse farce que Figaro mitonne pour rouler le barbon Bartolo dans la farine.

Les décors de Serge Marzolff, jolis et sans histoire, ont un air de déjà vu tant et plus, tout comme les costumes d’Emmanuel Peduzzi qui semblent provenir de la boutique d’un loueur chic. La direction d’acteurs file à sens unique en direction de la bouffonnerie, sans autre arrière-plan. Et pourtant il y en a des arrière-plans dans ce petit bijou de satire, d’humour, d’appel à la liberté et à l’égalité où l’horlogerie de Beaumarchais champagnisée par la musique de Rossini atteint des sommets de virtuosité.

Une platitude qui attriste

Quelques clowneries façon Magic Circus fatigué, avec acrobates, jongleurs et danseuses sexy sans rapport avec l’œuvre, ne sauvent pas l’ensemble d’une platitude qui attriste. D’autant que la distribution se révèle sans envergure avec un Figaro que Jean-François Lapointe caricature en plastronnant sans jamais trouver le sel du chant rossinien, avec une Rosine certes charmante et juste mais loin encore des performances exigées par les acrobaties de ses vocalises... Bartolo/Michel Trempont s’affiche visiblement en fin de parcours et de souffle, Florian Laconi possède la puissance du timbre d’Almaviva sans pourtant en maîtriser le style. Quant au baryton Vincent Le Texier qui plonge ses graves vers des abysses caverneuses, prisonnier d’un festival de grimaces, il se trouve dans l’incapacité d’apporter le moindre danger à ce pervers de Basilio qui vante, grand air attendu, les vertus de la calomnie.
Direction musicale honnête mais dépourvue d’enthousiasme. Visiblement les musiciens malgré John Nelson, chef habituellement tout en finesse, ne prennent pas plaisir aux pitreries du plateau.

Le Barbier de Séville de Gioacchino Rossini, livret de Caesare Sterbini d’après C.A. Caron de Beaumarchais, Ensemble Orchestral de Paris, direction John Nelson, mise en scène Jérôme Savary, décors Serge Marzolff, costumes Emmanuel Peduzzi, avec Delphine Haiden, Jean-François Lapointe, Florian Laconi, Michel Trempont, Vincent le Texier, Cécile Gallois. Opéra Comique, les 9, 11, 13, 15, 17 juin - 08 25 00 00 58.

Crédit photos : S. Alvarez

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Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage,...

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